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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402329

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402329

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantNICOLAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a annulé l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le président du centre communal d'action sociale de Fismes avait infligé à Mme B, auxiliaire de puériculture, une exclusion temporaire de fonctions de douze mois. La solution retenue est fondée sur l'absence de preuve de la matérialité des faits reprochés, à savoir des gestes de contention sur des enfants, les témoignages étant imprécis et contredits par d'autres attestations. Le tribunal a jugé que ces faits n'étaient pas établis, annulant ainsi la sanction pour erreur d'appréciation, sans examiner les autres moyens. Cette décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2024 et le 28 octobre 2024 Mme C B, représentée par Me Miltat, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le président du centre communal d'action sociale de Fismes l'a sanctionnée d'une exclusion temporaire de fonctions de douze mois ;

2°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale de Fismes de la réintégrer dans ses droits et fonctions à compter du 18 juillet 2024, date de notification de l'arrêté du 17 juillet 2024, et de reconstituer sa carrière, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, et enfin d'effacer la sanction de son dossier disciplinaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Fismes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait le principe de la présomption d'innocence ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024 , le centre communal d'action sociale de Fismes, représenté par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,

- les observations de Me Miltat, représentant Mme B, et de Me Nicolas, représentant le centre communal d'action sociale de Fismes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été nommée en qualité d'adjointe territoriale spécialisée des écoles maternelles stagiaire à compter du 1er septembre 2004 au sein de la " maison des Toupetix ", crèche gérée par le centre communal d'action sociale de Fismes. Elle a été titularisée dans cette fonction le 1er septembre 2005. En 2013, elle est devenue auxiliaire de puériculture au sein de cette structure. Par un arrêté du 17 juillet 2024, le président du centre communal d'action sociale de Fismes l'a sanctionnée d'une exclusion temporaire de fonctions de douze mois, pour la période allant du 20 juillet 2024 au 20 juillet 2025. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer la sanction en litige, le président du centre communal d'action sociale de Fismes a estimé que Mme B avait pratiqué à plusieurs reprises des gestes de contention " sur un [ou] plusieurs enfants " qui n'étaient pas justifiés par leur comportement. Pour ce faire, il s'est fondé sur quatre témoignages d'agents de la " maison des Toupetix ", qui auraient vu pratiquer des gestes de contention de la part de l'intéressée, laquelle aurait placé ses mollets ou ses jambes, voire même ses bras, sur les enfants au moment de l'endormissement. Toutefois, le premier témoin a changé de version au cours de la séance du conseil de discipline du 21 mai 2024, affirmant tout d'abord avoir observé de tels gestes à une reprise, puis indiquant ultérieurement les avoir vus deux fois. Les trois autres témoins se sont montrés imprécis, étant incapables d'indiquer quand s'étaient produits les gestes qu'ils avaient vus pendant leur endormissement. Les pratiques décrites variaient selon les témoins, et ont toutes été considérées improbables par le conseil de discipline, compte-tenu de l'âge de Mme B et de la structure des lits dans la crèche, qui rendait difficile le fait de placer les jambes sur les enfants. La réaction de ces derniers variait elle aussi selon les témoins, allant d'un enfant qui ne pleurait pas à des enfants qui pleuraient et se débattaient. Mme B, de son côté, produit de nombreux témoignages d'agents ayant travaillé avec elle dans la crèche, notamment en binôme, ainsi que de parents d'enfants dont elle s'est occupée. Tous attestent de son professionnalisme et de l'absence de gestes inadaptés. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que Mme B a exercé pendant près de vingt ans dans la structure en cause sans qu'il y ait la moindre difficulté. Enfin, si des problèmes sont apparus dans la période récente, ils n'étaient que d'ordre relationnel, Mme B ayant du mal à s'entendre avec sa nouvelle supérieure hiérarchique. Dans ces conditions, et eu égard à l'ensemble de ces éléments, les faits reprochés ne sauraient être regardés comme établis. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le président du centre communal d'action sociale de Fismes l'a sanctionnée d'une exclusion temporaire de fonctions de douze mois.

5. L'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement que le président du centre communal d'action sociale de Fismes réintègre Mme B dans son emploi ou dans un emploi équivalent à compter du 20 juillet 2024, date de prise d'effet de l'exclusion temporaire de fonctions, et reconstitue sa carrière, en effaçant notamment la sanction annulée de son dossier disciplinaire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre audit président de procéder à une telle réintégration, ainsi qu'à une telle reconstitution et à un tel effacement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre communal d'action sociale de Fismes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Fismes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le président du centre communal d'action sociale de Fismes a sanctionné Mme B d'une exclusion temporaire de fonctions de douze mois, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au président du centre communal d'action sociale de Fismes de réintégrer Mme B dans son emploi ou dans un emploi équivalent à compter du 20 juillet 2024, et de reconstituer sa carrière, en effaçant notamment la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de son dossier disciplinaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre communal d'action sociale de Fismes versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre communal d'action sociale de Fismes.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Benoit Bricquet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024 .

Le rapporteur,

B. A

Le président,

B. BRIQUET Le greffier,

N. MASSON

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ".

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