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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402330

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402330

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Miltat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le président du CCAS de Fismes lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au président du CCAS de Fismes de la réintégrer dans ses droits et fonctions à compter du 18 juillet 2024, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au président du CCAS de Fismes d'effacer la sanction disciplinaire de son dossier individuel, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de reconstituer sa carrière ;

4°) de mettre à la charge du CCAS le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que l'exécution de l'arrêté en litige la prive de rémunération ; alors qu'elle ne dispose d'aucune autre ressource pour subvenir à ses besoins ; ses charges mensuelles sont de 1 086 euros et elle ne dispose que de 147 euros au crédit de son compte bancaire ; elle ne peut assumer ses charges que grâce à l'aide de son fils et de sa mère ;

- l'arrêté en litige a été pris par un auteur incompétent ; il est insuffisamment motivé ; la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie et la sanction est excessive. Ces moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 17 juillet 2024.

Vu :

- la requête enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n° 2402329 par laquelle Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le président du CCAS de Fismes lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été informées, à l'audience, en application des dispositions de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ce qu'il soit adressé une injonction au CCAS d'effacer la mention de la sanction disciplinaire du dossier individuel de l'intéressée excédent l'office du juge des référés statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nizet, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Après avoir entendu :

- le rapport de M. Nizet,

- les observations de Me Milta, représentant Mme A qui reprend à l'oral les moyens et conclusions contenus dans sa requête ;

- les observations de Me Nicolas représentant le CCAS de Fismes et de M. Gossard président du CCAS qui concluent au rejet de la requête et soutiennent que la décision est suffisamment motivée dès lors que l'intéressée ne pouvait ignorer les faits qui lui étaient reprochés qui étaient explicités dans le procès-verbal du conseil de discipline. La décision a été prise dans l'attente de l'issue de la procédure pénale ouverte à l'encontre de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, auxiliaire de puériculture affectée au CCAS de Fismes, a fait l'objet, le 17 juillet 2024 de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de douze mois. Par le présent recours, elle demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024 :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. La décision excluant pour une durée de douze mois, Mme A de ses fonctions, a pour effet de la priver de tout revenu. Il n'est pas contesté qu'elle ne dispose pas d'autres ressources lui permettant de subvenir à ses besoins. Si le CCAS fait valoir qu'il y aurait urgence à l'éloigner des enfants et donc à ce que la décision en litige trouve à s'appliquer, il était loisible à cet établissement, dès lors qu'une enquête pénale était ouverte, de prononcer la suspension de fonctions de l'intéressée. Dans ces conditions, et alors même que le fils et la mère de l'intéressée l'aident financièrement, dans la limite de leurs moyens, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 17 juillet 2024 :

5. Aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Par cette disposition, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe ; que la volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction ne comporte en elle-même aucun motif précis et se borne à viser un document dont le texte n'est ni incorporé, ni joint à la décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour motiver la décision en litige, le président du CCAS, après avoir constaté que le conseil de discipline n'avait proposé aucune sanction faute pour les faits d'être établis, relève que " la sanction proposée par le conseil de discipline ne sanctionne par Mme B A en raison des faits qui lui sont reprochés : gestes de contusion sur plusieurs enfants et saisine du Procureur de la République par les services de la PMI de la Marne, concernant les faits reprochés à l'encontre de B A ". Alors en outre, que la syntaxe de cette citation en rend la compréhension délicate, elle n'indique pas de manière précise et datée les faits, qui sont reprochés à l'intéressée, ne permettant pas à cette dernière de connaitre les faits qui ont été retenus par l'autorité territoriale pour fonder sa décision. La circonstance que ces informations seraient contenues dans le rapport du conseil de discipline, qui n'était pas joint à la décision en cause, ne saurait obvier à cette lacune.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision en cause.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il y a lieu d'enjoindre au président du CCAS de Fismes de réintégrer, à titre provisoire, sans délai, Mme A à compter de la notification de la présente ordonnance dans l'attente du jugement de la requête au fond.

9. En revanche, ces conclusions excédant l'office du juge des référés statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu d'adresser une injonction d'effacer la mention de la sanction disciplinaire du dossier individuel de l'intéressée.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge du CCAS de Fismes le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au président du CCAS de Fismes de réintégrer, à titre provisoire, sans délai, Mme A à compter de la notification de la présente ordonnance dans l'attente du jugement de la requête au fond.

Article 3 : La CCAS de Fismes versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au CCAS de Fismes.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 2 octobre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

signé signé

O. NIZETI. DELABORDE

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