mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par l'ordonnance n°2411974 du 18 septembre 2024 le tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête présentée par M. B.
Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé
le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 avril 2024 par lequel le préfet de police et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 2 octobre 2023 :
- il a été édicté par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'une contradiction de motifs ;
- la date mentionnée dans la décision est erronée ;
- il méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'arrêté du 14 avril 2024 :
- il a été édicté par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'une contradiction de motifs ;
- la date mentionnée dans la décision est erronée ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet de police, représenté par Me Tremeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Henriot, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois né le 15 février 1988, est entré en France
le 13 février 2022. M. B a déposé une demande d'asile le 18 octobre 2022 qui a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 19 juillet 2023. Par un arrêté
du 2 octobre 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans
un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Par un second arrêté du 14 avril 2024, le préfet de police a
prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'arrêté du 2 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français :
2. Par un arrêté n° 202301047 du 11 septembre 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-511 le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée principale d'administration de l'État, directement placée sous l'autorité du chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise un justificatif de cette délégation, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient
le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous
les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté. En outre, les motifs de cet arrêté de révèlent aucune contradiction.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21
et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants,
qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être
une considération primordiale ".
6. Si M. B soutient qu'il est marié depuis le 12 août 2023 avec une femme titulaire d'une carte de résidente et avec laquelle il aurait une enfant née le 22 juin 2023 à Reims,
il ne produit aucune pièce de nature à établir ces faits, qui ne sont par ailleurs par mentionnés dans la décision en litige, malgré une demande de production du tribunal qui lui a été adressée par un courrier du 20 novembre 2024. Par conséquent, M. B n'établit pas qu'il entretiendrait des liens familiaux en France ou qu'il serait le père d'un enfant. Dès lors, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été édicté. Par suite, les moyens tirés
de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
Sur l'arrêté du 14 avril 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation
à Mme F E, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient
le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous
les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté. En outre, les motifs de cet arrêté de révèlent aucune contradiction.
9. Le moyen tiré de ce que la date de l'arrêté en litige serait erronée est inopérant.
10. Pour les motifs exposés au points 6, les moyens tirés de la méconnaissance
des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de police des 2 octobre 2023 et 14 avril 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous
les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre
les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026