vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. B A représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas Rhin a décidé sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de faire droit à sa demande d'asile, de lui délivrer une admission au séjour en France et de se déclarer compétent pour étudier sa demande d'asile et ce sous astreinte de 200 jours de retard à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été informé de ses droits, qu'aucun document ne lui a été remis ;
- il méconnait l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que l'entretien n'a pas été mené par un personnel qualifié et qu'il n'a pas eu accès au résumé de l'entretien dans une langue qu'il comprend ;
- il méconnait l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la France est devenue l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des articles 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été transféré dans le délai d'un mois à compter de l'acceptation de la requête ;
- la décision méconnait l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la préfète du Bas - Rhin devait démontrer qu'il venait d'un Etat tiers ;
- son transfert en Espagne l'expose à des conséquences d'une exceptionnelle gravité dans la mesure où il dépend de sa famille qui réside en France depuis plus de 7 mois et qu'il bénéficie des conditions matérielles d'accueil ;
- il serait exposé à des traitements inhumains au sein de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il serait isolé en Espagne et que cet Etat présente des défaillances systémiques ;
- la préfète du Bas-Rhin n'a pas tenu compte de l'impossibilité à voyager du requérant ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les articles 8 à 11 et 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors notamment que des membres de sa famille sont présents en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II) Par une requête en date du 20 septembre 2024, M. A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 septembre 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il n'a pas été entendu préalablement à l'assignation à résidence ni mis en mesure de formuler ses observations assistées d'un interprète ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le délai de l'assignation à résidence excède celui du transfert ;
- la préfète du Bas-Rhin n'établit pas qu'il souhaitait se soustraire à toute mesure de transfert ainsi qu'à son exécution ;
- la décision méconnait l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'assignation a résidence doit être limité au temps nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
- la préfète méconnait l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme dès lors qu'elle a édicté la décision d'assignation à résidence alors que le recours contre la décision de transfert a suspendu son exécution ;
- il ne ressort d'aucun élément du dossier que le transfert serait une perspective raisonnable ;
- elle contrevient à la liberté d'aller et venir du requérant dès lors qu'il doit répondre aux convocations de la préfecture de Strasbourg et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Alibert pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 623-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert, magistrate désignée,
- les observations de Me Gabon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute qu'il est impossible de savoir si toutes les pages de la brochure ont bien été traduite par l'interprète et les observations de M. A entendu via le truchement de M. C, interprète en langue peul qui a expliqué avoir des cousins résidant sur le territoire français.
La préfète de la région Grand -Est n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2402370 et n° 2402371 concernent la situation d'un même requérant, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A, ressortissant mauritanien né en 1993, a fait l'objet de deux arrêtés du 4 septembre 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est a décidé son transfert aux autorités en vue de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours. Il demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
4. M. A, qui est déjà représenté par une avocate, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. A, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :
5. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
6. L'arrêté litigieux vise les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il relève le caractère irrégulier de l'entrée en France du requérant et précise que la consultation du système Eurodac a montré que l'intéressé avait franchi irrégulièrement les frontières espagnoles dans les douze mois précédent l'introduction de sa première demande d'asile, indique la date et le fondement de la saisine des autorités espagnoles et mentionne que les autorités espagnoles, qui doivent être regardées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont donné leur accord implicite à sa prise en charge. L'arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui le fonde. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
7. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. Les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué et affectent uniquement les voies et délais de recours contentieux. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est relatif aux conditions de notification d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et les mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de 1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de ne pas instruire la demande de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit ou, si nécessaire pour la bonne compréhension du demandeur, oralement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance complète par l'autorité administrative, notamment par la remise de la brochure prévue par les dispositions précitées, constitue pour le demandeur d'asile une garantie. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien individuel avec les services du préfet de la Marne, le 28 mars 2024. Le résumé de cet entretien, versé au dossier et sur lequel sont apposés la signature de M. A, le cachet de la préfecture, le nom et le prénom de l'agent de la préfecture qui a mené cet entretien ainsi que sa qualité, est suffisant pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. L'entretien a donné lieu en temps utile à l'établissement d'un résumé auquel à un accès le requérant qui l'a paraphé et signé en présence d'un interprète. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre, le 28 mars 2024, les documents d'information A et B, intitulés respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et sur lesquels il a apposé sa signature et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. La circonstance que les premières pages des brochures d'information ne comportent pas la mention du nombre de pages effectivement remises à l'intéressé n'est pas de nature à démontrer que M. A n'aurait pas reçu ces documents dans leur totalité, alors qu'en signant le compte-rendu de l'entretien individuel, sans observation, le requérant a formellement reconnu avoir été pleinement informé. Il ressort en outre des mentions du résumé de l'entretien individuel signé par M. A que, si les deux brochures lui ont été remises en langue française, en l'absence de version officielle de ces brochures en peul, langue que le requérant a déclaré comprendre, les informations qu'elles contenaient ont été oralement traduites dans cette langue par un interprète, dès le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile en France, soit en temps utile avant qu'intervienne la décision de transfert litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
12. Aux termes de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicable aux requêtes aux fins de prises en charge : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 et du délai d'un mois prévu au paragraphe 6 équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite".
13. Tout d'abord, il résulte de ces dispositions que l'article 25 de ce règlement, applicable uniquement aux réponses à une requête aux fins de reprise en charge n'est pas applicable au litige qui concerne une requête aux fins de prise en charge. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de cet article. Ensuite, en l'absence d'accord explicite, les autorités espagnoles doivent être regardées comme ayant implicitement accepté la prise en charge de M. A à l'expiration du délai de deux mois suivant la demande de prise en charge dont elles ont été saisies le 4 avril 2024. Ainsi, à la date de l'arrêté contesté du 4 septembre 2024, le délai de six mois pour procéder à l'exécution du transfert de M. A n'avait pas expiré. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
14. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien individuel que le requérant est mauritanien et a quitté son pays d'origine pour traverser l'Espagne avant de demander l'asile en France. Par suite, le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'il n'est pas entré en Espagne en venant d'un Etat tiers.
15. Aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 11 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsque plusieurs membres d'une famille et/ou des frères ou sœurs mineurs non mariés introduisent une demande de protection internationale dans un même État membre simultanément, ou à des dates suffisamment rapprochées pour que les procédures de détermination de l'État membre responsable puissent être conduites conjointement, et que l'application des critères énoncés dans le présent règlement conduirait à les séparer, la détermination de l'État membre responsable se fonde sur les dispositions suivantes: / a) est responsable de l'examen des demandes de protection internationale de l'ensemble des membres de la famille et/ou des frères et sœurs mineurs non mariés, l'État membre que les critères désignent comme responsable de la prise en charge du plus grand nombre d'entre eux; / b) à défaut, est responsable l'État membre que les critères désignent comme responsable de l'examen de la demande du plus âgé d'entre eux. ". Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. () ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ".
16. Le requérant déclare être marié sans indiquer la nationalité et la localisation de son épouse et ne pas avoir d'enfant. Il se prévaut de la présence en France de ses cousins alors qu'il a déclaré lors de son entretien ne pas avoir de famille en France. Toutefois, le requérant est arrivé en France récemment, est hébergé par la Croix-Rouge française. S'il allègue avoir des cousins en France, il n'établit ni la réalité, ni l'intensité de ces liens. S'il affirme sans en justifier être vulnérable, il n'établit pas être dans une situation de dépendance à leur égard. En outre, la circonstance selon laquelle il bénéficie des conditions matérielles d'accueil est sans conséquence sur l'examen de sa situation au regard des articles susvisés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à affirmer que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de des articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la région Grand-Est a méconnu les articles 8 de ce même texte.
17. Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ".
18. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
19. M. A soutient que sa demande d'asile ne pourra être traitée convenablement en Espagne du fait des défaillances de cet État dans ce domaine et notamment du fait qu'il aurait été maintenu à plusieurs reprises dans des camps. Cet élément, à le supposer même établi bien que M. A n'en justifie par aucun élément, ne permet pas d'établir que, à la date de l'arrêté en litige, en cas de retour dans cet Etat il encourrait des mauvais traitements. Il ne démontre pas non plus que son état de santé l'empêcherait de voyager sans risque à destination de l'Espagne. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions des articles 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté comme non fondé. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
20. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
21. Il ressort des éléments développés au point n° 16 que l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas Rhin a décidé sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
23. L'arrêté en litige, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.
24. M. A a bénéficié dans le cadre de la procédure de transfert d'un entretien individuel en présence d'un interprète. Il ne soutient pas ne pas avoir pu au cours de cet entretien faire valoir toute observation utile. En outre, il ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.
25. Les autorités espagnoles ayant été saisies le 4 avril 2024 et ayant implicitement donné leur accord au transfert à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la demande, la durée de l'assignation à résidence n'excède pas le délai de six mois au cours duquel la France peut procéder à l'exécution du transfert de M. A.
26. M. A fait valoir que la préfète de la région Grand-Est ne peut lui opposer l'existence d'un risque à la mesure d'éloignement dès lors qu'il présente des garanties de représentation. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, la préfète de la région Grand-Est ne s'est pas fondée sur le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation du risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
27. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ".
28. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de la région Grand-Est a assigné M. A à résidence lors de la notification de la décision de transfert et a donc fait une exacte application de l'alinéa 3 de l'article précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.
29. La décision attaquée n'a pas pour effet de priver M. A de son droit à un recours effectif protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
30. M. A fait valoir que la préfète ne peut lui opposer l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement au regard des risques auxquels il serait exposé en cas de transfert. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, la préfète ne s'est pas fondée sur l'existence de perspective raisonnable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'existence de perspective raisonnable d'éloignement.
31. Le requérant en se bornant à alléguer qu'il ne peut se rendre au commissariat d'Epernay et qu'il doit répondre aux convocations de la préfecture de Strasbourg sans expliquer les difficultés concrètement rencontrées ne démontre pas que l'arrêté attaqué contrevient de façon excessive à sa liberté d'aller et venir.
32. La décision assignant M. A à domicile l'oblige à se présenter au commissariat d'Epernay une fois par jour tous les jours exceptés le dimanche. Par suite, le requérant n'est pas privé de la possibilité de visiter sa famille. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation sur les conséquences sur sa situation familiale doivent être écartés.
33. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
34. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
B. ALIBERTLa greffière,
signé
I. DELABORDE
N°s 2402370 ; 2402371
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026