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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402372

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402372

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAudience de référé
Avocat requérantFOULEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. A B, représenté par

Me Fouley, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a renouvelé, pour une durée de trois mois, la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance dont il fait l'objet ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait concernant ses déclarations relatives à son " impatience de mourir en martyr " et la consultation de contenus djihadistes ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dans l'application de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué M. , président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. , magistrat délégué, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de M. B une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance régie par les articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. Par un arrêté du 18 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, prolongeant les effets de cette mesure pour une durée de trois mois à compter du 27 septembre 2024, lui a interdit de se déplacer en dehors de la commune de Reims sous réserve d'avoir obtenu préalablement un sauf-conduit, lui a fait obligation de se rendre tous les jours de la semaine, y compris les dimanches et les jours fériés, à 9 heures au commissariat de police de Reims et lui a fait obligation de justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de celui-ci. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. ". L'article L. 228-2 du même code prévoit que : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République de Paris et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de :

/ 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; /2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ;

/3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. () /Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. / La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. (). ".

3. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la note blanche produite par le ministre de l'intérieur, qui est précise et circonstanciée et a été soumise au contradictoire, et des motifs du décret du 26 juin 2024 portant dissolution de l'association Jonas Paris dont l'intéressé a été élève, il y a deux ans, de l'école coranique dirigée par l'association Jonas Paris, association qui a été dissoute par décret ministériel du 26 juin 2024 en raison de son idéologie dont le contenu relevait de l'islam radical, prônait la supériorité de la charia et la guerre sainte, rejetait les valeurs de la République française et de ses institutions par un discours haineux, discriminatoire incitant à la violence envers les juifs, les chrétiens, les homosexuels et légitimait cette violence ainsi que l'usage de la violence physique pour punir son épouse. Il en ressort également qu'il est rentré d'un séjour en Arabie-Saoudite le 23 juin 2024, où il dit avoir étudié les sciences religieuses et la langue arabe à l'Université islamiste de Médine. De plus, il est constant que lors des deux visites domiciliaires réalisées les 7 juin et 13 décembre 2023, a été trouvée notamment une vidéo le mettant en scène sur un fond sonore pro-djihadiste où il lève l'index au ciel, ce geste étant devenu, ces dernières années, malgré ce que dit le requérant, un acte militant islamiste. Dans ces conditions, à supposer même que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait retenu, à tort, qu'il avait affirmé vouloir mourir en martyr, eu égard à l'ensemble de ces éléments qui ne sont entachés ni d'erreur de fait ni d'inexactitude matérielle, c'est à bon droit que le ministre a estimé qu'il existait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public résultant de son comportement.

5. Si M. B conteste plusieurs faits mentionnés dans l'arrêté, il ressort toutefois des éléments relevés par le ministre de l'intérieur et des outre-mer qu'il a fréquenté M. C connu pour ses positions radicales au sein de l'association Jonas Paris, et qu'il utilise également une messagerie chiffrée et est abonné à la chaîne Telegram " Irchad ", réseau social utilisé par l'association dissoute qui permet de compléter la formation des élèves ainsi que de recruter des nouveaux membres en diffusant un contenu reprenant l'idéologie de l'association. De plus, les deux visites domiciliaires réalisées les 7 juin et 13 décembre 2023 ont permis de constater que l'intéressé consultait, via internet, des contenus djihadistes et détenait des dizaines d'ouvrages salafistes dont la possession révèle l'adhésion aux thèses qu'elles véhiculent. Il résulte de ce qui vient d'être dit que ce dernier adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes mentionnés à l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. Ainsi, au regard de ces éléments qui ne sont entachés ni d'erreur de fait, ni d'inexactitude matérielle ni d'erreur de qualification juridique des faits, le ministre de l'intérieur a pu légalement estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que M. B entretenait des relations avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme.

6. Toutefois, en premier lieu, les jeux olympiques et paralympiques de Paris, qui constituaient un évènement particulièrement ciblé par la menace terroriste et qui justifiaient les premières mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prescrites à l'intéressé le 27 juin 2024, ont pris fin. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B fait l'objet d'un suivi médical par un médecin spécialisé dans la chirurgie du pied opérant à Boulogne-Billancourt (Hauts-de Seine), le requérant indiquant que ce médecin l'avait déjà opéré à quatre reprises, et qu'aucune suite n'a été donnée à ses demandes de sauf-conduits pour consulter ce médecin le 1er juillet 2024 et le 9 septembre 2024. La mesure attaquée fait ainsi obstacle à la poursuite de ce suivi. Par ailleurs, il ressort de la fiche de suivi de l'intéressé, établie par la mission locale de Reims, avec laquelle il a signé un contrat d'engagement jeune, que celui-ci est titulaire d'un diplôme de conducteur de bus qu'il expose avoir obtenu par la voie de l'alternance en ayant été embauché par la Régie Autonome des Transports Parisiens. Dès lors que le réseau de bus rémois concerne l'ensemble de l'agglomération et non la seule ville de Reims, la mesure attaquée fait obstacle à l'insertion professionnelle de M. B. Enfin, alors qu'il est âgé de vingt-trois ans,

M. B est hébergé chez son père à Reims, et ne peut, du fait de la mesure attaquée, répondre favorablement à une proposition de logement à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) qui lui a été faite par un bailleur social, ce qui fait obstacle à sa prise d'autonomie. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de la disproportion de l'arrêté contesté doit être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 18 septembre 2024 doit être annulé.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en remboursement des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 septembre 2024 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le magistrat-délégué,La greffière,

..

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