mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, sous le n° 2402419, M. A C B, représenté par Me Malblanc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré le 16 septembre 2024, en tant que ce récépissé ne l'autorise pas à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Malblanc au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que le récépissé méconnait les articles L. 423-22 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête et les pièces ont été communiquées au préfet de la Marne qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Une pièce complémentaire, produite le jour de l'audience a été enregistrée le 22 janvier 2025 et n'a pas été communiquée.
II°) Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, sous le n° 2402445, M. A C B, représenté par Me Malblanc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet du préfet de la Marne à sa demande de titre de séjour déposée le 25 avril 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Malblanc au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que le préfet de la Marne n'a pas motivé son refus implicite dans le délai d'un mois, à la demande de communication de ses motifs et qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article de L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit d'observations mais des pièces non communiquées.
Une pièce complémentaire, produite le jour de l'audience a été enregistrée le 22 janvier 2025 et n'a pas été communiquée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 16 octobre 2024.
Vu :
- les ordonnances du juge des référés n° 2402420 du 30 septembre 2024 et n° 2402446 du 15 octobre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amelot, premier conseiller,
- les observations de Me Malblanc, représentant M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2402419 et n° 2402445, présentées par M. A C B concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. B, ressortissant tchadien né le 10 avril 2005, entré en France à l'âge de 14 ans, a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) et scolarisé au lycée professionnel de Reims pour obtenir un CAP Boucherie. Il a sollicité, pour la première fois, le 25 avril 2023 du préfet de la Marne la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Marne a délivré à l'intéressé des récépissés de demande de titre les 19 décembre 2023, 21 mai 2024 et 16 septembre 2024, sans les assortir d'une autorisation de travail. M. B demande l'annulation d'une part, du récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré le 16 septembre 2024, en tant que ce récépissé ne l'autorise pas à travailler, et d'autre part, en l'absence de réponse à sa demande de titre de séjour, de la décision implicite de rejet du préfet de la Marne.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En qui concerne le récépissé de demande de titre de séjour du 16 septembre 2024 :
4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
5. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour () autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article () L. 423-22 () ".
6. En l'espèce, en délivrant à M. B un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le 16 septembre 2024, valable jusqu'au 15 décembre 2024 sans l'autoriser à travailler, le préfet de la Marne a méconnu les dispositions susvisées des articles L. 431-3 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation du récépissé de demande de titre de séjour du 16 septembre 2024, en tant qu'il ne l'autorise pas à travailler. Ce récépissé doit donc être annulé.
En ce qui concerne la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Il résulte de la combinaison des dispositions de l'article R. 432-1 et de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité, par un courriel du 1er décembre 2023, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée le 25 avril 2023 à la préfecture de la Marne. Le préfet de la Marne n'a pas répondu à cette demande. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision née le 25 août 2023 par laquelle le préfet de la Marne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. B doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard aux motifs d'annulation des décisions attaquées, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
13. L'Etat versera à Me Malblanc, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le récépissé de demande de titre de séjour du préfet de la Marne du 16 septembre 2024 est annulé en tant qu'il n'autorise pas M. B à travailler.
Article 3 : La décision née le 25 août 2023 par laquelle le préfet de la Marne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B le 25 avril 2023 est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travailler.
Article 5 : L'Etat versera à Me Malblanc, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Malblanc et au préfet de la Marne.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le rapporteur,
signé
F. AMELOT
La présidente,
signé
S. MEGRET
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2402419, 2402445
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026