mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 27 septembre 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal de céans une requête de M. A B enregistrée le 16 septembre 2024.
Par cette requête et des mémoires enregistrés le 30 septembre et le 9 octobre 2024, M. B représenté par Me Andreini demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a retiré sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par laquelle la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans l'intervalle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Andreini au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
- la décision portant retrait de sa carte de résident est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de résident ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de résident ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de résident ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète de l'Aube n'a pas fait état de sa qualité de réfugié ;
- la décision prononçant une interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de résident ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation tiré de l'existence de circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation tiré de la méconnaissance de son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de résident ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il vit sur le territoire français avec sa compagne et trois de ses enfants et qu'il présente un taux d'incapacité de 80 %.
Par un mémoire en défense en date du 23 septembre 2024, la préfète de l'Aube représentée par Me Ancelet conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, le 10 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Alibert pour statuer sur les litiges visés à sur les requêtes relevant des dispositions de l'article L. 921-1 et suivantes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert, magistrate désignée, qui a informé les parties présentes à l'audience de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés d'une part de l'inapplicabilité L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la situation du requérant qui bénéficiait du statut de réfugié et d'autre part, de l'inapplicabilité de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le cadre d'un retrait de carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de Me Opyrchal, substituant Me Andreini, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens en ajoutant qu'en ne pouvant bénéficier d'une procédure d'expulsion et de l'examen de sa situation devant la commission d'expulsion, M. B avait été privé d'une garantie.
La préfète de l'Aube n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté en date du 14 septembre 2024, la préfète de l'Aube a retiré à M. B, ressortissant kosovar, sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans. Par arrêté en date du 19 septembre 2024, la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence pendant 45 jours dans le département de l'Aube. M. B demande l'annulation des décisions attaquées.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin au statut de réfugié par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce statut, la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 et L. 424-3 est retirée. L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de menace grave à l'ordre public ou que l'intéressé ne soit pas retourné volontairement dans le pays qu'il a quitté ou hors duquel il est demeuré de crainte d'être persécuté, la carte de résident ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
5. Il ressort des pièces du dossier que d'une part, M. B a été condamné en 2014 à une peine d'amende pour des faits de vol, en 2019 à une peine de 3 ans d'emprisonnement ferme dont 22 mois avec sursis pour des faits de recel de vol, trafic et usage de stupéfiants, en 2021 à une peine de trois mois d'emprisonnement et en 2023 à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour des délits routiers. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la condamnation la plus grave date de 2021 et que les faits les plus récents ont donné lieu à un aménagement de peine sous la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique que le requérant a mené à son terme sans incident. D'autre part, M. B est en situation régulière sur le territoire français depuis le 30 novembre 2006. Il s'est installé sur le territoire français avec sa compagne et leurs 4 enfants. Quatre enfants sont nés sur le territoire français : Sultana, née en 2005, Suada, née en 2008, Hisen né en 2009 et Semaja née en 2012. Ils n'ont jamais vécu au Kosovo et le M. B justifie que trois d'entre eux ont la nationalité française. M. B justifie de sa vie commune avec sa compagne et ses trois plus jeunes enfants. En outre, il apparait que la reconstitution de la cellule familiale au Kosovo est impossible, l'épouse du requérant, de nationalité kosovare, bénéficiant d'une carte de résident en qualité de réfugié. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B représente une menace pour l'ordre public qui justifierait l'atteinte portée par la décision attaquée à sa vie privée et familiale. Par suite, les décisions portant retrait de la carte de résident et obligation de quitter le territoire français portent au droit de M. B au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la préfète de l'Aube a retiré au requérant sa carte de résident doit être annulée ainsi que par voie de conséquence, les décisions par lesquelles la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans et l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours.
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve du changement des circonstances de fait ou de droit, que la préfète de l'Aube délivre à M. B une carte de résident. Il y a lieu de l'enjoindre à y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
8. M. B a été admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Andreini, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Andreini d'une somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 euros lui sera versée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 14 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a retiré la carte de résident de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 19 septembre 2024 par laquelle la préfète de l'Aube a assigné M. B à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours est annulé.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer une carte de résident à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement
Article 5 : L'État versera à Me Andreini, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 euros lui sera versé.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Orianne Andreini à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
B. ALIBERT La greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne à la préfète de L'Aube en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026