samedi 19 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | OPYRCHAL |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2402462, les 30 septembre 2024 et 16 octobre 2024, M. C E, représenté par Me Opyrchal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 9 heures et 10 heures à la gendarmerie de Vrigne-aux-Bois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de motivation ;
- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté porte gravement atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- les horaires de présentation sont contraignants au regard de la nécessité d'accompagner les enfants à l'école, qui n'est pas à proximité de son lieu d'hébergement, et méconnaissent ainsi les articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2402463, les 30 septembre 2024 et 16 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Opyrchal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 9 heures et 10 heures à la gendarmerie de Vrigne-aux-Bois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de motivation ;
- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté porte gravement atteinte à sa liberté d'aller et venir.
- les horaires de présentation sont contraignants au regard de la nécessité d'accompagner les enfants à l'école, qui n'est pas à proximité de son lieu d'hébergement, et méconnaissent ainsi les articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Alvarez, conseiller, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Alvarez ;
- et les observations de M. E, assisté de Mme D, interprète en langue anglaise, qui précise que les décisions en litige empêchent le couple de poursuivre leur apprentissage du français, de faire progresser leurs enfants dans la maitrise de la langue française et le concernant de s'investir dans une activité bénévole auprès d'Emmaus.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme B, ressortissants nigérians nés respectivement le 3 avril 1995 et le 6 juillet 1998, sont entrés en France en 2018. Ils ont chacun fait l'objet d'un arrêté du 4 juillet 2022 les obligeant à quitter le territoire français. Par des arrêtés du 3 juin 2024, le préfet des Ardennes les a assignés à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en leur faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures à la gendarmerie de Vrigne-aux-Bois. Par jugement du 6 juin 2024, les modalités de contrôle prévoyant que les intéressés devaient se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures à la gendarmerie de Vrigne-aux-Bois ont été annulés. Par arrêté du 7 juin 2024, le préfet a pris de nouveaux arrêtés prévoyant une présentation entre 9h et 10h. Les requêtes introduites contre ces arrêtés ont été rejetées. Le préfet a décidé d'assigner à résidence, par deux arrêtés datés du 17 septembre 2024, M. E et Mme B. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. E et Mme B demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Les décisions attaquées mentionnent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et sont ainsi suffisamment motivées. La circonstance que le préfet ne mentionne pas l'arrêté du 3 juin 2024, le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 6 juin 2024, l'arrêté du 7 juin 2024 ni le fait qu'il s'agirait d'un renouvellement d'assignation ne nuit pas à la motivation suffisante des arrêtés.
3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En vertu de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du même code, régissant les modalités de mise en œuvre de la procédure contradictoire imposée préalablement à l'adoption de décisions devant faire l'objet d'une motivation, ne sont pas applicables aux " décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".
4. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert et des décisions d'assignation à résidence. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté contesté. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige sont entachés d'un vice de procédure.
5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
6. Il ressort des termes du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté du 17 septembre 2024, que l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. D'une part, il résulte des dispositions du 2° du VI de l'article 72 et de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 que ces dispositions sont entrées en vigueur le lendemain de leur publication au Journal officiel de la République française, soit le 28 janvier 2024. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le préfet des Ardennes a fait une application rétroactive des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi modifiées, lesquelles étaient en vigueur à la date des arrêtés contestés. D'autre part, il est constant que, par des arrêtés du 4 juillet 2022, les intéressés ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai qu'ils n'ont pas exécutés. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces décisions n'ont, faute d'exécution par les intéressés, pas perdu leur caractère exécutoire. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les obligations de quitter le territoire français prise à leur encontre le 4 juillet 2022 n'étaient plus exécutoires à l'expiration d'un délai d'un an suivant leur notification. Par suite, le préfet des Ardennes a pu, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des lois et sans entacher sa décision d'erreur de droit, procéder à l'assignation à résidence de M. E et Mme B sur le fondement d'une mesure d'éloignement prise moins de trois ans auparavant.
7. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Si une décision d'assignation à résidence prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
8. Les requérants soutiennent que les arrêtés portant assignation à résidence compromettent la scolarisation de leur leurs enfants qui seraient scolarisés à l'école primaire publique Albert Jacquot de Charleville-Mézières. Toutefois, ils ne produisent aucune pièce aux débats permettant d'établir le lieu de scolarisation de leurs enfants. Dès lors, faute d'éléments établissant que la plage horaire retenue par le préfet rendrait extrêmement difficile l'accompagnement de leurs enfants le matin et le respect de leur obligation de pointage quotidien, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les assignant à résidence seraient dans leurs modalités disproportionnées au regard de l'obligation d'exécuter les mesures d'éloignement. Pour les motifs qui viennent d'être énoncés, en assignant les requérants à résidence, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ces modalités d'assignation ne peuvent non plus être regardées comme caractérisant une violation des article 3 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que celui tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
9. Si M. E soutient à la barre qu'ils ne peuvent plus participer aux ateliers d'apprentissage du français, faire progresser leurs enfants dans la maîtrise de langue française et s'investir le concernant dans des activités bénévoles au sein d'Emmaus, les seules attestations produites à l'instance, peu circonstanciées et circonscrites, au demeurant, à l'apprentissage de la langue ne sont pas suffisantes pour caractériser davantage une disproportion des modalités d'assignation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E et Mme B doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. E et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme A B, à Me Opyrchal et au préfet des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
O. ALVAREZ
La greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s2402462 et 2402463
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026