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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402472

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402472

samedi 19 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro n°2402472 le 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Marne et l'a astreint à se présenter tous les jours y compris les jours fériés excepté le dimanche entre 9h00 et 10h00 au commissariat d'Epernay ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne procède pas d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été entendu préalablement à l'assignation à résidence ni mis en mesure de formuler ses observations assisté d'un interprète ;

- l'arrêté méconnait l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a méconnu l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'arrêté contrevient à la liberté d'aller et venir du requérant dès lors qu'il doit ne peut se rendre au commissariat d'Epernay compte tenu de son éloignement géographique dans la mesure où il réside à Vitry le François ;

- il contrevient à sa liberté d'aller et venir dès lors qu'il doit répondre aux convocations de la préfecture de Strasbourg ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés de M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des pièces enregistrées sous le numéro n°2402473 les 2 octobre 2024 et les 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de déclarer la France compétente pour l'examen de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été informé de ses droits, qu'aucun document ne lui a été remis ;

- il méconnait l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que l'entretien n'a pas été mené par un personnel qualifié et qu'il n'a pas eu accès au résumé de l'entretien dans une langue qu'il comprend ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas reçu

les informations prévues par les dispositions du 3 de l'article 29 du règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision méconnait l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la préfète du Bas - Rhin devait démontrer qu'il venait d'un Etat tiers ;

- la France est devenue l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des articles 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été transféré dans le délai d'un mois à compter de l'acceptation de la requête ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle au regard des articles 16 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il justifie ne pas pouvoir retourner en Espagne du fait de la maladie chronique dont il souffre ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas tenu compte de son impossibilité à voyager ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne

des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Gabon pour le requérant qui reprend oralement

les moyens et conclusions de sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1999, a fait l'objet de deux arrêtés, par lesquels la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est a décidé de son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours. Par les présentes requêtes, il demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les demandes du requérant, il y a lieu d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

4. Aux termes de l'article L. 572-1 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".

5. L'arrêté querellé vise les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il précise le caractère irrégulier de l'entrée sur le territoire français du requérant, mentionne que la consultation du système Eurodac a montré que l'intéressé a franchi irrégulièrement les frontières espagnoles dans les douze mois précédant l'introduction de sa première demande d'asile, indique la date et le fondement de la saisine des autorités espagnoles et mentionne que les autorités espagnoles, qui doivent être regardées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont donné leur accord implicite à sa prise en charge. L'arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui le fonde. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand-Est n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. " Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Tout demandeur reçoit, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, une information sur les droits et obligations qui découlent de l'application du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, dans les conditions prévues

à son article 4. "

8. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et les mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de 1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de ne pas instruire la demande de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit ou, si nécessaire pour la bonne compréhension du demandeur, oralement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance complète par l'autorité administrative, notamment par la remise de la brochure prévue par les dispositions précitées, constitue pour le demandeur d'asile une garantie. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu délivrer, comme en atteste sa signature datée sur les pages de garde de ces documents, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 24 avril 2024, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées en langue soninké que l'intéressé a déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Par ailleurs, ces brochures ont été remises à l'intéressé en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. L'entretien réalisé à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé signé par le requérant, qui a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue soninké. En outre, il ressort du compte-rendu de cet entretien que l'intéressé a eu la possibilité de faire part de toute observation et de toute information pertinente à la détermination de l'Etat membre responsable. Enfin, il résulte des mentions portées sur ce compte-rendu que celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture de police de Paris, lequel doit être regardé, en l'absence de tout élément permettant de le remettre en cause en l'espèce, comme une personne qualifiée en vertu du droit national pour mener ces entretiens au sens du paragraphe 5 de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1,

ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'Etat membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n° 604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les Etats membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; c) des destinataires des données ; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées

à l'article 30, paragraphe 1. () / 3. Une brochure commune, dans laquelle figurent au moins les informations visées au paragraphe 1 du présent article et celles visées à l'article 4, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 est réalisée conformément à la procédure visée à l'article 44, paragraphe 2, dudit règlement. () ".

11. A la différence de l'obligation d'information instituée par

le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début

de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue

par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013

du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Ainsi, si le requérant entend se prévaloir de l'article 29 cité au point précédent, la méconnaissance de l'obligation d'information qu'il consacre ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français transfère

un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite,

le moyen doit être écarté.

12. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien individuel que le requérant est malien, a quitté son pays d'origine, est passé par la Mauritanie pour ensuite traverser l'Espagne avant de demander l'asile en France. Par suite, le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'il n'est pas entré en Espagne en venant d'un Etat tiers.

13. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". Aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : /a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'Etat membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 et du délai d'un mois prévu au paragraphe 6 équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

14. D'une part, il résulte de ces dispositions que l'article 25 de ce règlement, applicable uniquement aux réponses à une requête aux fins de reprise en charge n'est pas applicable au litige qui concerne une requête aux fins de prise en charge. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions. D'autre part, en l'absence d'accord explicite, les autorités espagnoles doivent être regardées comme ayant implicitement accepté la prise en charge de M. A à l'expiration du délai de deux mois suivant la demande de prise en charge dont elles ont été saisies le 30 avril 2024. Ainsi, à la date de l'arrêté contesté du 10 septembre 2024, le délai de six mois pour procéder à l'exécution du transfert de M. A n'avait pas expiré. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

15. Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. () ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ".

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, en particulier au regard des articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, alors, notamment, que l'arrêté fait mention de ses déclarations lors de l'entretien individuel précédemment indiqué et en particulier de l'absence d'autres membres de sa famille en France, et que par ailleurs, le requérant ne faisait état d'aucun problème de santé. Ce moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.

17. Si M. A soutient qu'il est atteint d'une maladie chronique, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même qu'il produit une attestation de l'association Aides indiquant qu'il souffre d'une hépatite B, qu'il serait dans un état de vulnérabilité exceptionnelle faisant obstacle à son transfert aux autorités espagnoles. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en écartant l'application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

18. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

19. Il ressort des éléments développés au point n°16 que l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Si l'intéressé fait valoir que la décision de transfert en Espagne méconnait

les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen de précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

21. Si M. A soutient que la pathologie dont il souffre l'empêcherait de voyager sans risque à destination de l'Espagne, il ne l'établit pas par aucun élément produit aux débats.

22. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas Rhin a décidé sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

23. L'arrêté en litige, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte en litige, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

24. M. A a bénéficié le 24 avril 2024 dans le cadre de la procédure de transfert d'un entretien individuel en présence d'un interprète. Il ne soutient pas ne pas avoir pu au cours de cet entretien faire valoir toute observation utile. En outre, il ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.

25. M. A soutient que la préfète de la région Grand-Est ne peut lui opposer l'existence d'un risque à la mesure d'éloignement dès lors qu'il présente des garanties de représentation. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, la préfète de la région Grand-Est ne s'est pas fondée sur le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation du risque de soustraction à la mesure d'éloignement.

26. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ".

27. D'une part, le requérant fait valoir que la détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile est intervenue le 30 avril 2024 et fait obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une assignation à résidence en application du premier alinéa de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prononcer l'assignation à résidence de M. A, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur l'existence d'une décision de remise aux autorités espagnoles exécutoire et dont l'exécution demeure une perspective raisonnable en application du troisième alinéa de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A ne démontre pas que l'exécution de cette décision de remise aux autorités espagnoles ne demeurait pas une perspective raisonnable à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

28. La décision attaquée n'a pas pour effet de priver M. A de son droit à un recours effectif protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

29. Les obligations susceptibles d'assortir l'assignation à résidence ordonnée

sur le fondement de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée

à la liberté d'aller et venir. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer de son respect, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

30. Le requérant, en se bornant à alléguer qu'il ne peut se rendre au commissariat d'Epernay en raison de son éloignement géographique dès lors qu'il réside à Vitry-le-François et qu'il doit répondre aux convocations de la préfecture de Strasbourg sans expliquer les difficultés concrètement rencontrées, ne démontre pas que l'arrêté attaqué ni ses modalités porteraient une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

31. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

32. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

33. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des requêtes de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gabon et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. CLa greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2402472 et 2402473

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