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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402510

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402510

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. D C, représenté par la SELARL Pelletier et associés, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués suite à l'accident domestique dont il a été victime le 7 avril 2021 sont conformes aux règles de l'art.

Il soutient que :

- le 7 avril 2021, il a été victime d'une chute d'escabeau à son domicile;

- il a été transporté aux urgences du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes pour une plaie frontale et d'intenses douleurs s'étendant de la nuque aux poignets ;

- une radiographie du rachis a été réalisée ainsi qu'une suture du scalp ;

- le 9 avril 2021 il a consulté son médecin traitant en raison de douleurs persistantes, celui-ci lui prescrivant une IRM à la recherche d'une éventuelle lésion médullaire ;

- le 22 avril 2021 de nouvelles radiographies ont été réalisées puis un scanner du rachis cervical le 30 avril 2021, ce dernier mettant en évidence une fracture des charnières C1-C2 ;

- il a été transporté en urgence au centre hospitalier de Charleville-Mézières puis pris en charge dans le service de chirurgie orthopédie où un corset minerve lui a été posé ;

- le port de l'immobilisation a été prolongé en raison de l'absence de consolidation satisfaisante de pseudarthrose ainsi que de troubles de la sensibilité au niveau de la commissure de la main droite et de douleurs avec hypoesthésies de la région cervicale gauche ;

- le 26 août 2021, un scanner cérébral a mis en évidence une fracture inchangée ;

- le 9 novembre 2021, il a passé une radiographie du rachis cervical mettant en évidence une fracture de l'odontoïde sans cal osseux identifié et sans recul fragmentaire lors des différentes manœuvres de flexion et d'extension, un discret rétrolisthésis de C3/C4 et une discopathie dégénérative C3-C4 à C6-C7 ;

- il souffre de douleurs et d'une limitation articulaire diffuse post traumatique, de troubles de la concentration et appréhension de l'imprévu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée. Il demande en outre d'étendre les opérations d'expertise au docteur G A et de confier cette expertise à un chirurgien orthopédique spécialisé en rachis. Il demande enfin de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Il soutient que dès lors qu'il ressort des pièces produites à la procédure que M. C a bénéficié d'une IRM du rachis cervical le 12 avril 2021 et d'une radiographie du rachis cervical le 22 avril 2021, toutes deux interprétées par le docteur G A, radiologue exerçant à titre libéral, il apparaît utile de mettre en cause ce praticien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARLU RRM, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves sur le bien-fondé de sa mise en cause. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

La procédure a été communiquée le 22 octobre 2024 au docteur G A qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R.621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par M. C entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise en cause du docteur G A :

3. Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes fait valoir que la mise en cause du docteur G A, radiologue, est nécessaire, dès lors qu'elle a interprété deux examens dont a bénéficié M. C à la suite de son accident, les 12 avril et 22 avril 2021, sans mettre en évidence la fracture des charnières C1-C2. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. En l'espèce, alors que la présence du docteur A apparaît utile au bon déroulement des opérations d'expertise, rien ne s'oppose, dans le cadre d'une bonne administration de la justice, à ce qu'au stade du référé-instruction et sans qu'y fasse obstacle la répartition des compétences entre les deux ordres de juridiction y compris dans l'hypothèse où la responsabilité personnelle de l'intéressée, radiologue exerçant à titre libéral, pourrait être finalement engagée devant le juge judiciaire, une expertise médicale contradictoire soit organisée en sa présence. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la participation du docteur A aux opérations d'expertise. En tout état de cause, il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, dès les investigations réalisées lors de la première réunion d'expertise, de solliciter du juge des référés la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le docteur E F, exerçant 12 rue Pierre Castets à Sens (89100) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes et par Mme le docteur G A ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. C et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. C ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de M. C et des complications dont il souffre ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. C, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. C une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. C de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. C a été informée de la nature des examens qu'il allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et s'il a été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. C a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si l'état de M. C a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) indiquer à quelle date l'état de M. C peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dire si l'état de M. C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de M. C.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressé, sans que puisse leur être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ayant donné des soins à M. C.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 mai 2025. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à Mme le docteur G A et à M. le docteur E F, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 16 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. B

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