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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402547

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402547

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) retirant la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, compte tenu de l'atteinte grave à la sécurité publique que constituerait le maintien de l'autorisation, au regard des faits reprochés au requérant. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, complétée par un mémoire enregistré le 29 octobre 2024, M. D B, représenté par Me Opyrchal, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de la décision par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a prononcé le retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée a conduit à la modification des clauses de son contrat de travail qui implique une baisse de revenus et qu'il n'est plus à même d'être embauché pour d'autres missions alors que son épouse est sans emploi, qu'il a un enfant à charge et qu'il doit faire face à des dépenses contraintes ;

-les moyens tirés de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée, l'urgence absolue permettant que cette décision ne soit pas motivée n'étant pas établie, de l'absence de procédure contradictoire alors que la situation d'urgence n'est ni motivée ni justifiée et de la disproportion de cette mesure en l'absence de faits récents, circonstanciés et établis sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie au vu de l'atteinte portée à la sécurité publique par le requérant, que l'urgence à prononcer la suspension justifie que cette décision ne soit pas motivée et qu'elle n'ait pas été précédée d'une procédure contradictoire et que cette mesure n'est pas disproportionnée.

Vu la requête n° 2402546, enregistrée le 11 octobre 2024, par laquelle M. D B, représenté par Me Opyrchal, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a prononcé le retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-le code de la sécurité intérieure ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 octobre 2024 à 9 h 30 :

- le rapport de M. Deschamps, juge des référés ;

- et les observations de Me Opyrchal pour M. B qui reprend ses observations écrites, et qui ajoute qu'à supposer même qu'il ait assisté à des réunions d'un mouvement islamiste, cette seule présence ne saurait révéler une adhésion aux thèses développées.

L'instruction a été close à 9 h 55, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension des effets de la décision du 26 septembre 2024 :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

2. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

3. M. B dit avoir bénéficié depuis 2012 d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité et il résulte de l'instruction que la dernière carte qui lui a été délivrée était valable jusqu'au 18 avril 2028. Par une décision du 18 juillet 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité en a prononcé le retrait. Le requérant a contesté cette décision devant le tribunal, et, dans le cadre de l'instance en référé que celui-ci avait introduite, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a indiqué avoir prononcé le 11 septembre 2024 le retrait de cette décision. Si M. B se prévaut d'une nouvelle décision de retrait révélée, selon lui, par la consultation, le 28 septembre 2024, du site du CNAPS qui fait état du statut " non valide " de l'autorisation qui lui avait été délivrée et de sa carte professionnelle, il résulte de l'instruction qu'une nouvelle décision de retrait de sa carte professionnelle est intervenue le 26 septembre 2024. Le requérant doit être regardé comme demandant la suspension des effets de cette décision.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre les effets de la décision en litige, M. B invoque la perte de revenus liée à la modification de son contrat de travail du fait du retrait de sa carte professionnelle, ce qui le rendra moins employable et le privera d'heures supplémentaires, alors que son épouse ne travaille pas, qu'il a à sa charge un enfant de trois ans et qu'il percevait un revenu mensuel de 1 583 euros alors que le montant de ses charges fixes s'élève à 1 029 euros. Le CNAPS fait valoir que la décision attaquée est fondée sur les éléments figurant dans une note des services de renseignements du 11 septembre 2024 qui fait état de ce que le requérant serait un cadre du mouvement Hizb-ut-Tahrir, mouvement interdit en Allemagne du fait d'incitations à la violence et de déclarations antisémites qui préconise l'instauration d'un califat islamique regroupant tous les croyants sous l'autorité d'un calife et qui considère la démocratie comme anti-islamique. Cette assertion est fondée sur le fait que le requérant aurait participé en 2018 et 2019 à des réunions de membres de cette mouvance islamiste radicale en présence de M. C et de M. A, cadres de ce mouvement. La note des services de renseignements, qui n'apporte aucune précision quant aux dates et aux lieux où se seraient déroulées ces réunions, ne permet pas au requérant de remettre utilement en cause ces faits qu'il conteste. Dans ces conditions, et alors que le requérant exerce une activité d'agent privé de sécurité depuis douze ans sans qu'il ne soit fait état d'aucune difficulté, cette note ne présente pas une valeur probante qui permettrait de faire prévaloir l'intérêt public qui s'attache à ce que l'exécution de la décision en cause ne soit pas suspendue. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, du défaut de procédure contradictoire préalable et du caractère disproportionné de cette mesure et de l'erreur de fait sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 26 septembre 2024 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a prononcé le retrait de la carte professionnelle d'agent privé de sécurité de M. B jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 26 septembre 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 30 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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