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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402560

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402560

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui contestait la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour par le préfet de la Marne. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'absence de communication des motifs, le défaut de motivation et l'absence d'examen particulier, faute de preuve de la demande de communication. Il a également jugé que le droit d'être entendu n'avait pas été méconnu et que le requérant ne pouvait se prévaloir de l'accord franco-congolais. Enfin, le tribunal a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. B au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2024, M. A B, représenté par

Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Marne sur sa demande de titre de séjour enregistrée le 4 avril 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à verser à Me Gabon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- la décision est illégale dès lors que le préfet de la Marne n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été mis en mesure d'être entendu et de formuler des observations ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnait l'article 11 de l'accord franco-congolais ;

- il ne peut retourner dans son pays d'origine du fait des persécutions qu'il a subies.

Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

3 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention franco - congolaise relative à la circulation et au séjour des étrangers signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Gabon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, est entré sur le territoire français le 25 avril 2019. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a donné lieu à la délivrance d'un récépissé le

20 octobre 2023. Le silence gardé par le préfet de la Marne à cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B conteste cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si le requérant soutient qu'il a sollicité auprès du préfet de la Marne les motifs de la décision implicite de rejet, il ne produit aucune pièce permettant de constater qu'il a formulé cette demande. Par suite, le moyen tiré de l'absence de communication des motifs doit être écarté. La décision en cause étant une décision implicite et, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté. Pour le même motif, il n'est pas établi que sa demande ait été rejetée en l'absence d'examen particulier de sa situation.

4. Le requérant ne démontre pas, alors même qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a pu produire tout document utile à l'examen de sa demande, qu'il aurait été privé de la possibilité de faire état d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et susceptibles d'influer sur le sens de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

5. Le requérant, de nationalité ivoirienne, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 11 de l'accord franco-congolais.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, arrivé sur le territoire français à l'âge de 33 ans, se déclare père d'un enfant. Cet enfant et la totalité des membres de sa famille vivent en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, eu égard à la brièveté au jour de la décision contestée du séjour en France de l'intéressé, et alors que le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français, le préfet de la Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation familiale du requérant.

8. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le requérant explique avoir été agressé dans son pays d'origine par des membres d'un groupe appelé " les microbes ". Toutefois, les faits décrits, qui portent sur des faits isolés dont le principal auteur aurait été incarcéré, ne permettent pas d'établir qu'il pourrait être l'objet de traitement inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, ces faits n'ont pas été tenus pour établis par le directeur de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Marne sur sa demande de titre de séjour. Ainsi, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

B. C

Le président,

O. NIZETLe greffier,

N. MASSON

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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