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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402570

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402570

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 26 août 2024 par laquelle la préfète de l'Aube avait suspendu le permis de conduire de M. C pour six mois. Le requérant invoquait l'urgence liée à son activité professionnelle, mais le juge a estimé que la gravité de l'infraction (excès de vitesse de plus de 40 km/h, avec une vitesse retenue de 153 km/h sur une route limitée à 80 km/h) constituait un danger grave et immédiat pour la sécurité routière, faisant obstacle à la caractérisation de l'urgence. La condition d'urgence n'étant pas remplie, la demande a été rejetée sans examen des moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Guillemin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension des effets de la décision du 26 août 2024 par laquelle la préfète de l'Aube a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui restituer son titre de conduite dans un délai de 15 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie du fait qu'il a un besoin impérieux de son permis de conduire pour l'exercice de son activité professionnelle en raison de l'impossibilité de se rendre chez les clients de ses deux sociétés ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées pour les motifs suivants :

* le signataire de la décision attaquée est incompétent ;

* la décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire alors qu'aucune situation d'urgence n'est caractérisée ;

* la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

* le cinémomètre utilisé n'a pas été identifié ;

* la matérialité de l'infraction n'est pas caractérisée.

Vu la requête n° 2402569 enregistrée le 14 octobre 2024 par laquelle M. A C, représenté par Me Guillemin, demande au tribunal l'annulation de la décision du 26 août 2024 par laquelle la préfète de l'Aube a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Le 25 août 2024, M. C a été contrôlé à une vitesse retenue de 153 kilomètres heure sur une route limitée à 80 kilomètres heure, ce qui a conduit à la rétention de son permis de conduire. Par arrêté du 26 août 2024, la préfète de l'Aube a prononcé la suspension de la validité du permis de conduire du requérant pour une durée de six mois. Par la présente requête, il demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des effets de cette décision.

4. Pour établir l'urgence qu'il y a à statuer à bref délai sur sa requête, M. C invoque l'impossibilité, faute de permis de conduire valide, de poursuivre l'activité de création et d'entretien d'espace verts qu'il exerce dans le cadre de deux sociétés qu'il a créées. Toutefois, il résulte de l'avis de rétention de son permis de conduire, sur lequel il a apposé sa signature, qu'il a commis sur la route nationale 77, sur le territoire de la commune d'Ervy-le-Châtel, le 25 août 2024 à 15 heures 50, un dépassement de vitesse de plus de 40 kilomètres/heure (153 km/h retenus alors que la vitesse autorisée était de 80 km/h). Le requérant, qui ne peut pas utilement se prévaloir devant le juge administratif des conditions dans lesquelles l'infraction a été constatée, ne conteste pas sérieusement la réalité de cette infraction en se bornant à exposer que la décision attaquée n'indique pas le lieu précis de l'infraction, alors que l'avis de rétention du permis de conduire comporte cette précision, et que la commune d'Ervy-le-Châtel ne se trouve pas sur le trajet entre Auxerre et Troyes qu'il empruntait, alors que la route nationale 77 sur laquelle l'infraction a été constatée relie ces deux villes. Cette circonstance est de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Ainsi, eu égard à la gravité de cette infraction au code de la route, les exigences de protection et de sécurité routière, dont il appartient au juge des référés de tenir compte, font obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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