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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402583

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402583

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402583
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par M. C. Le requérant contestait le refus implicite du ministre de l'intérieur de faire droit à son recours hiérarchique contre un arrêté d'expulsion de 2015, mais le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie. Il a relevé que le requérant, condamné pour meurtre, n'établissait pas que l'examen d'accès au barreau prévu en avril 2025 constituait une urgence justifiant la suspension, compte tenu du délai restant à courir. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. A D C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet du 9 août 2024, née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le recours hiérarchique qu'il avait formé le 23 février 2023 à l'encontre de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 23 janvier 2023 refusant de faire droit à sa demande d'abrogation de son arrêté du 6 août 2015 portant expulsion du territoire français.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, eu égard à l'examen de contrôle des connaissances en droit français destiné à permettre son inscription à un barreau français, qu'il doit passer en avril 2025 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2402158, tendant à l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. M. C, né en 1972, de nationalité haïtienne, est entré sur le territoire français en 1996. Par un arrêt de la cour d'assises de Créteil du 2 avril 2010, il a été reconnu coupable de meurtre et condamné en conséquence à une peine de quinze ans de réclusion criminelle. Par un arrêté du 6 août 2015, la préfète de l'Aube a prononcé son expulsion du territoire français. M. C a demandé à deux reprises l'abrogation de cet arrêté. Ces deux demandes ont été rejetées par la préfète de l'Aube, la première le 1er mars 2021, la seconde le 23 janvier 2023. Par un courrier du 14 février 2023, reçu le 23 février 2023, M. C a formé un recours hiérarchique contre l'arrêté de refus d'abrogation pris le 23 janvier 2023 par la préfète de l'Aube. En l'absence de toute réponse de la part du ministre de l'intérieur et des outre-mer, ce recours hiérarchique a été implicitement rejeté le 23 avril 2023. L'existence de cette décision implicite de rejet a été rappelée à l'intéressé par un courriel du 9 août 2024, adressé en réponse à un message électronique du 25 juillet 2024 par lequel M. C souhaitait savoir où en était l'état d'avancement de son dossier. M. C a, par un recours pour excès de pouvoir enregistré sous le n° 2402158 le 26 août 2024, demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler la décision implicite de rejet du 9 août 2024, née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le recours hiérarchique qu'il avait formé le 23 février 2023 à l'encontre de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 23 janvier 2023 refusant de faire droit à sa demande d'abrogation de son arrêté du 6 août 2015 portant expulsion du territoire français. Il demande à présent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette même décision implicite. Toutefois, du fait de l'absence de toute décision implicite prise à cette date du 9 août 2024 et du caractère non décisoire du courriel informatif du 9 août 2024, la présente requête de M. C doit être regardée comme tendant à la suspension, d'une part, de l'exécution de l'arrêté de refus d'abrogation pris le 23 janvier 2023 par la préfète de l'Aube, et, d'autre part, de celle de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique, née le 23 avril 2023.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". Aux termes de l'article L. 411-3 de ce code : " Les articles L. 112-3 et L. 112-6 relatifs à la délivrance des accusés de réception sont applicables au recours administratif adressé à une administration par le destinataire d'une décision. ".

5. Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. ".

6. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai () ".

7. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

8. Il ressort des pièces du dossier que le délai de recours contre l'arrêté de refus d'abrogation du 23 janvier 2023 a été prorogé par l'exercice du recours hiérarchique le 23 février 2023 et par la naissance le 23 avril 2023 d'une décision implicite de rejet de ce recours hiérarchique. En l'absence de preuve de délivrance d'un accusé de réception à la suite de la présentation du recours hiérarchique, seul était opposable à l'intéressé le délai raisonnable d'un an, qui a ici commencé à courir le 23 avril 2023. Ce délai raisonnable expirait le 23 avril 2024. Il n'a en tout état de cause pas pu être prorogé par la demande de désignation d'un avocat commis d'office qui a été présentée le 26 août 2024, dans le recours pour excès de pouvoir enregistré sous le n° 2402158. Une telle demande est ainsi irrecevable, aucun texte ni aucun principe ne prévoyant le droit à l'assistance d'un avocat commis d'office dans le cadre de la contestation d'une décision de refus d'abrogation d'un arrêté d'expulsion. Par ailleurs, et à supposer même que cette demande puisse être regardée comme une demande d'octroi de l'aide juridictionnelle, une telle demande n'est susceptible de proroger le délai de recours que pour autant que le terme du délai n'est pas déjà atteint. Dans ces conditions, le recours pour excès de pouvoir de M. C, enregistré sous le n° 2402158 le 26 août 2024, quatre mois après l'expiration du délai raisonnable susmentionné, est tardif. Il apparaît dès lors apparaît entaché d'une irrecevabilité insusceptible d'être couverte au cours de l'instance. Par suite, la présente requête, qui tend à la suspension de l'exécution de l'arrêté de refus d'abrogation du 23 janvier 2023 et de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé à l'encontre de cet arrêté, est manifestement mal fondée et doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D C.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés

Signé

B. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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