mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402681 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2024, la société civile immobilière (SCI) Quatre C, représentée par Me Opyrchal, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la démolition de l'immeuble qu'elle possède au 28 quater avenue Val des Bois à Warmeriville ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Warmeriville une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, eu égard au caractère imminent de la démolition de son immeuble, au coût de cette démolition, et à l'atteinte causée par une telle démolition à la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ;
- la démolition en cause porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété ;
- l'ordre public n'a jamais justifié l'arrêté de péril du 17 novembre 2016 ;
- à tout le moins, la situation de l'immeuble ne compromet plus la sécurité publique ;
- la démolition est disproportionnée et impose des sujétions qui ne sont pas justifiables ;
- les désordres qui affectent l'immeuble sont en partie dus à des travaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de Warmeriville.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son Préambule ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. A pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Par un arrêté de péril ordinaire du 28 mars 2017, le maire de Warmeriville a mis en demeure la SCI Quatre C de procéder, dans un délai de quatre mois à compter de la notification dudit arrêté, à des travaux de réparation sur l'immeuble qu'elle possède au 28 quater avenue Val des Bois sur le territoire de la commune, ou d'envisager la démolition de cet immeuble si le coût des travaux était supérieur à celui de la reconstruction à neuf du bâtiment. Par une ordonnance du 24 juillet 2019, le juge des référés du tribunal de grande instance de Reims a, sur la demande du maire de Warmeriville, autorisé la démolition de l'immeuble en cause. Cette ordonnance a été confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Reims du 26 mai 2020, qui a cependant été annulé par la Cour de cassation le 10 novembre 2021, au motif que la cour d'appel ne pouvait autoriser la démolition après avoir constaté l'absence de notification de l'arrêté de péril ordinaire du
28 mars 2017. A la suite de cet arrêt de cassation, l'arrêté de péril ordinaire du 28 mars 2017 a été notifié le 10 décembre 2021. Statuant après renvoi, la cour d'appel de Reims a, par un arrêt du
31 janvier 2023, à nouveau confirmé l'ordonnance du juge des référés du tribunal de grande instance de Reims du 24 juillet 2019. Ce nouvel arrêt a fait l'objet d'un pourvoi, toujours pendant. La SCI Quatre C a alors constaté la volonté de la commune de mener à bien la démolition sans attendre l'issue de ce pourvoi. En attestent ainsi, d'une part, le dépôt d'une requête auprès du président du tribunal judiciaire de Reims en avril 2024 afin d'obtenir l'évacuation des meubles se trouvant dans le bâtiment en cause, et d'autre part, la mention, dans une délibération du conseil municipal de Warmeriville portant approbation de l'avenant n° 1 au marché de démolition du bâtiment en litige, que " la démolition de ce bâtiment est imminente, prévue en une seule fois ". Elle demande en conséquence au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la démolition dudit immeuble.
3. Aux termes de l'article L. 511-16 du code de la construction et de l'habitation, applicable, en vertu de l'article 19 de l'ordonnance du 16 septembre 2020 relative à l'harmonisation et à la simplification des polices des immeubles, locaux et installations, aux arrêtés de péril notifiés à compter du 1er janvier 2021 : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. Elle peut prendre toute mesure nécessaire à celle-ci. Elle peut également faire procéder à la démolition prescrite sur jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond, rendu à sa demande. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, si le juge administratif est compétent pour statuer sur la légalité d'un arrêté de péril ou, après le 1er janvier 2021, sur celle d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, le législateur a néanmoins entendu confier au juge judiciaire la compétence pour autoriser une mesure de démolition d'un immeuble menaçant ruine par exécution forcée. Le litige ici présenté par la SCI Quatre C, qui est né alors que l'arrêté de péril du
28 mars 2017 est devenu définitif, faute d'avoir fait l'objet d'un recours contentieux, et qui a trait à l'exécution d'office de la démolition expressément autorisée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Reims et en dernier lieu par la cour d'appel de Reims dans un arrêt du
31 janvier 2023 qui a fait l'objet d'un pourvoi dépourvu de tout caractère suspensif, n'est pas détachable de cette autorisation donnée par le juge judiciaire. Il n'appartient, dès lors, pas à la juridiction administrative d'en connaître.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SCI Quatre C tendant à la suspension de la démolition de l'immeuble qu'elle possède au 28 quater avenue Val des Bois à Warmeriville doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Doivent être rejetées, par voie de conséquence et toujours selon la même procédure, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la SCI Quatre C étant dans la présente instance la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : Les conclusions de la SCI Quatre C tendant à la suspension de la démolition de l'immeuble qu'elle possède au 28 quater avenue Val des Bois à Warmeriville sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Quatre C.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 29 octobre 2024.
Le juge des référés
B. A
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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