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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402721

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402721

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLOMBARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Lombardi demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée.

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2025, le préfet de l'Aube, représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez ;

- et les observations de Mme C épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante marocaine née le 25 janvier 2000 déclare être entrée en France le 28 mars 2023 après son arrivée le même jour en Italie sous couvert d'un visa de long séjour italien valide du 25 mars 2023 au 12 janvier 2024, multi-entrées 279 jours obtenu pour un motif professionnel. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le

21 mai 2024. Par arrêté du 1er octobre 2024, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée. Par la présente requête, Mme C épouse A demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, sans revêtir un caractère stéréotypé. Le moyen tiré de son absence de motivation doit, dès lors, être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Mme C se prévaut du couple qu'elle forme depuis 2021 avec M. A qui bénéficie d'une carte de résident de dix ans et avec lequel elle s'est mariée le 27 mai 2023. Elle soutient également disposer d'attaches familiales sur le territoire dès lors que son frère réside dans le nord de la France et estime justifier de son intégration en produisant des attestations émanant de ses relations. Toutefois, alors que la préfète de l'Aube indique que la vie commune avec son époux n'est démontrée qu'à compter du 19 mai 2023, elle n'établit pas, en se bornant à produire des billets d'avions et des réservations d'hôtel pris au nom de son mari dans le cadre de séjours au Maroc, pays dont il a, au demeurant, la nationalité, que la vie commune entre les époux remonterait à l'année 2021. En outre, elle ne justifie pas de l'intensité des liens existant avec son frère ni de son intégration sur le territoire par la seule communication d'attestations rédigées en termes généraux. Enfin, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches au Maroc, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, alors que la cellule familiale pourrait se reconstituer au Maroc, pays dont le couple a la nationalité,

Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ni que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Les éléments avancés au point 4 ne permettent pas d'établir que l'admission au séjour de l'intéressée répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels au titre de sa vie privée et familiale. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté refusant son admission exceptionnelle au séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

I. DELABORDE

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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