mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Pepiezep Pehuie demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aube a refusé son admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée et l'a interdit de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- la décision lui refusant le séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle réside en France de manière continue et ininterrompue depuis plus de 13 ans ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle est parent d'un enfant français dont elle a la charge ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est entrée en France à l'âge de seize ans ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de l'Aube, représentée par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Lors de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Oscar Alvarez ;
- les observations de Me Pepiezep Pehuie, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 22 décembre 1995 déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 15 août 2011. Elle a sollicité le 22 février 2024 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 1er octobre 2024, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,
L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire en 2011 âgée alors de moins de seize ans. En 2021, elle a donné naissance à un enfant né de sa relation avec un ressortissant ivoirien titulaire d'une carte de résident en cours de validité qui n'a pas vocation à retourner, à brève échéance, dans son pays d'origine. La vie commune est établie depuis mai 2022. En outre, elle allègue sans être contredite, que sa mère, son frère et sa sœur résident de manière régulière sur le territoire et qu'elle est dépourvue d'attaches en Côte d'Ivoire depuis le décès de son père. Dans ces circonstances et alors même qu'aucun élément ne viendrait établir sa présence en France entre 2011 et 2014 puis entre 2016 et 2019, Mme A dont le centre de la vie privée et familiale est situé en France, est fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ont été méconnues.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2024 doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction
5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique que le préfet de l'Aube délivre un titre de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à Mme A dans un délai de deux mois à compter de sa notification et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er octobre 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aube de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Aube.
Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Bénédicte Alibert, première conseillère
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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