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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402858

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402858

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, ressortissant comorien, qui contestait un arrêté du préfet de l'Aube du 11 novembre 2024 l’assignant à résidence pour 45 jours avec obligation de pointage. Le juge a écarté les moyens d’incompétence, d’insuffisance de motivation et d’atteinte disproportionnée aux libertés, estimant que la mesure était fondée sur l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a également refusé de suspendre l’arrêté en attendant l’appel de M. A devant la cour administrative de Nancy. Seule l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle a été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Reich, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Aube l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 9 heures et à 17 heures au commissariat de police de Troyes ;

3°) subsidiairement de prononcer la suspension des effets de cet arrêté jusqu'à ce que la cour administrative d'appel de Nancy statue sur l'appel qu'il a formé contre le jugement du 21 août 2024 par laquelle le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'elle avait prononcée à son encontre.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision attaquée est mal motivée en ce qu'elle ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée, à son droit à la liberté de mouvement et à son droit au travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

1. M. A, ressortissant comorien né le 29 juillet 2000, a fait l'objet le 7 mars 2022 d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, mesure qu'il a refusé d'exécuter. Il demande l'annulation de l'arrêté pris par le préfet de l'Aube le 11 novembre 2024 prononçant son assignation à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 9 heures et à 17 heures au commissariat de police de Troyes.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par le préfet de l'Aube, qui est l'autorité administrative visée par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de son incompétence ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, si le requérant souligne qu'il est entré en France à l'âge de sept ans, que sa mère et ses frères et sœurs résident régulièrement en France, qu'il a la possibilité d'être hébergé chez un cousin et qu'il souhaite vivement s'intégrer en France, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence ici en cause. Si le requérant a suivi une formation et a travaillé lors de sa détention, l'irrégularité de sa situation fait obstacle à ce qu'il puisse travailler, de sorte que son droit au travail n'est pas affecté par la décision en cause. Enfin, alors que l'assignation à résidence porte moins atteinte à la liberté de déplacement d'un étranger qu'une mesure de placement en rétention administrative, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que les mesures de contrôle du respect de l'assignation à résidence porteraient une atteint disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.

8. Enfin, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de prononcer la suspension d'une décision administrative, alors au surplus que le litige dont est saisi la cour administrative d'appel de Nancy et qui justifie cette demande est sans rapport avec l'assignation à résidence en cause.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aube.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402858

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