mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402868 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GUILLEMIN |
Vu les procédures suivantes :
I° Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024 sous le numéro 2402868, complétée par un mémoire présenté par Me Guillemin enregistré le 28 novembre 2024, M. D B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 29 octobre 2024 par lesquels le préfet de la Marne d'une part l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et d'autre part l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Reims ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions attaquées émanent d'un signataire incompétent ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans qu'il ait pu présenter ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant à la régularité de son entrée en France ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public dès lors qu'il a été victime et non pas auteur des faits qui lui sont reprochés ;
- il est venu en France accompagner son père malade ;
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne caractérise pas le risque de fuite.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 3 décembre 2024.
Par un courrier du 2 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par celles du 2° du même article.
II°) Par une requête enregistrée le 30 novembre 2024 sous le numéro 2403012, complétée par un mémoire enregistré le 3 décembre 2024, M. D B, représenté par Me Mfenjou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter sans délai le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'abus de pouvoir.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 3 décembre 2024.
Par un courrier du 2 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par celles du 2° du même article.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,
- et les observations de Me Mfenjou, représentant M. B et celui-ci en ses explications. Me Mfenjou reprend ses observations écrites et M. B précise qu'il s'est tourné vers Me Mfenjou après ne pas avoir eu de retour de l'avocat commis d'office dont le tribunal lui avait indiqué les coordonnées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 12 avril 2001, est entré en France le 5 juin 2022 sous couvert d'un visa dont la validité expirait le 1er novembre 2022. Il s'y est maintenu au-delà de cette date, pour accompagner son père malade, selon ses dires. Il a fait l'objet, le 29 octobre 2024, de deux arrêtés par lesquels le préfet de la Marne d'une part l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, et d'autre part l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours, sauf les dimanches et les jours fériés, entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Reims. Il demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun aux deux arrêtés :
4. Par un arrêté du 7 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, M. A C, préfet de la Marne a donné délégation à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter sans délai le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté obligeant M. B à quitter le territoire français comporte les éléments de droit qui la fondent et précise qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France. Elle est ainsi suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En troisième lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :
1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;
2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() ".
9. Le préfet a à tort fondé l'arrêté contesté sur le 1° des dispositions citées au point précédent dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant était entré en France sous couvert d'un visa. Toutefois, le requérant s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité de son visa, et entrait ainsi dans le champ du 2° du même article. Dès lors que cela ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'autorité administrative dispose du même pouvoir d'appréciation, il y a lieu de substituer le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au 1° du même article comme base légale de l'arrêté attaqué. Par suite les moyens d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant aux conditions de l'entrée en France de M. B ne peuvent qu'être écartés.
10. Si le requérant expose qu'il est venu en France pour accompagner son père malade, cette circonstance est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si le requérant expose souhaiter poursuivre des études en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande en ce sens, et, ainsi qu'il a été dit, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé sur un refus de demande de titre de séjour mais sur l'expiration de la durée de validité du visa de l'intéressé. Cette décision n'est ainsi entachée ni d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation de sa situation particulière.
11. Enfin, si le préfet retrace dans son arrêté les conditions de l'interpellation de M. B, cela ne constitue pas un motif de la décision attaquée. Par suite, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir de ce qu'il ne serait pas l'auteur des faits qui ont conduit à son interpellation. Pour les mêmes raisons, il ne peut utilement se prévaloir d'une absence d'atteinte à l'ordre public.
Sur la décision d'assignation à résidence :
12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B est demeuré irrégulièrement en France depuis deux ans sans engager aucune démarche pour régulariser sa situation. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne risquait pas de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des requêtes de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Maxence Guillemin, et au préfet de la Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
A. DESCHAMPS
La greffière,
Signé
S. VICENTE La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402868, 2403012
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026