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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402882

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402882

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGUILLEMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, complétée par un mémoire présenté par Me Guillemin enregistré le 28 novembre 2024, M. A D demande au tribunal :

1°) l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter trois fois par semaine, le lundi et le jeudi, à la brigade de gendarmerie de Langres ;

3°) subsidiairement d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai et sous astreinte une autorisation provisoire de séjour avec possibilité de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 110 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est signée par une personne incompétente ;

- elle a été prise sans qu'il ait pu présenter ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- sa vie serait en danger en cas de retour en Arménie ;

- il réside chez sa mère, qui bénéficie de la protection subsidiaire et la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,

- et les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue arménienne. Il précise qu'il ne lui est pas possible de retourner en Arménie en raison du risque de violences de la part de son père et d'un risque d'arrestation du fait de sa désertion, et que son épouse et son enfant se trouvent en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. D, ressortissant arménien né le 29 novembre 1988 qui dit être entré en France le 22 novembre 2022, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et la requête tendant à l'annulation de cette décision a été rejetée par un jugement du 24 janvier 2023. Par la décision attaquée du 15 novembre 2024 la préfète de la Haute-Marne a d'une part prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et d'autre part l'a assigné à résidence à Langres pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter le lundi et le jeudi à 16 heures à la brigade de gendarmerie de Langres.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, par un arrêté du 31 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, et d'ailleurs visé dans l'arrêté contesté, la préfète de la Haute-Marne a donné délégation à M. Guillaume Thirard, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de la décision attaquée, manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, la décision attaquée fait état des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée, et cette motivation révèle un examen de la situation personnelle de l'intéressé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ", et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. D'une part, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de prononcer l'éloignement du requérant, et l'invocation de ces stipulations est inopérante à l'encontre de la décision d'assignation à résidence dès lors qu'elle n'a pas pour effet de séparer la famille.

9. D'autre part, il ressort de la décision attaquée que l'épouse du requérant se trouve en situation irrégulière en France, ce que celui-ci ne conteste pas sérieusement. Dès lors que son épouse est également de nationalité arménienne, rien ne fait obstacle à ce qu'elle l'accompagne en Arménie. Il en va de même de leur enfant mineur. La circonstance que M. D soit hébergé en France chez sa mère, qui a bénéficié de la protection subsidiaire jusqu'au 15 novembre 2024, n'est pas de nature, en l'absence de circonstances particulières qui seraient invoquées, à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au vu des buts en vue desquels l'interdiction de retour a été prononcée, et cette décision ne porte pas non plus atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des stipulations citées au point précédent doivent être écartés.

10. Enfin, les décisions attaquées ont pour objet d'interdire au requérant de retourner en France pour une durée de deux ans et d'autre part de l'assigner à résidence à Langres pour une durée de quarante-cinq jours. Dès lors qu'elles n'ont pas pour objet de prononcer l'éloignement de M. D vers l'Arménie, l'invocation de risques qu'il encourrait en cas de retour dans ce pays est sans influence sur la légalité de l'arrêté en cause.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Maxence Guillemin et à la préfète de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Marne en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402882

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