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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402894

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402894

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantLOMBARDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, ressortissant congolais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral du 14 novembre 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la durée de l'interdiction n'était pas entachée d'erreur d'appréciation, compte tenu de l'absence de preuve d'une présence continue en France depuis 2018 et d'une insertion sociale ou professionnelle significative. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la vie familiale du requérant se situant au Congo. Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Convention européenne des droits de l'homme et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2024 M. B A, représenté par Me Lombardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme de des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

1. M. A, ressortissant congolais né le 20 novembre 1995 qui dit être entré en France le 20 novembre 2018, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 mars 2022 et par la cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2023. La préfète de l'Aube a prononcé à son encontre le 8 février 2023 une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il demande l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. L'arrêté attaqué fait état des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.

5. Si M. A se prévaut d'une présence en France depuis 2018, il ne l'établit d'aucune manière, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a déposé une demande d'asile que le 22 juin 2020 et qu'après le rejet définitif de celle-ci notifié le 28 janvier 2023, il n'a entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation. Par ailleurs, s'il exerce une activité bénévole au sein des Restos du Cœur, les témoignages produits par des membres de cette association ne suffisent pas à démontrer une insertion particulière dans la société française, alors qu'il ne bénéficie d'aucun logement fixe et d'aucune ressource. Dans ces conditions, le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Pour les raisons exposées au point 3, et alors qu'il ressort en outre des pièces du dossier que la mère, les frères et sœurs et les deux enfants du requérant se trouvent au Congo, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté, y compris les conclusions tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lombardi et au préfet de l'Aube.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTELa République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402894

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