jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402974 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Opyrchal, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 juin 2019 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est actuellement placé en centre de rétention en vue de son expulsion ;
- l'arrêté d'expulsion pris à son encontre porte une atteinte grave et manifestement illégale d'une part à son droit au recours effectif dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une saisine de la commission d'expulsion et que la mesure de rétention dont il fait l'objet fait obstacle
à ce qu'il puisse réunir les éléments lui permettant d'étayer son dossier, et d'autre part à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est marié et père de trois enfants, qu'il bénéficie d'une protection particulière contre l'expulsion dès lors qu'il est entré en France à l'âge de onze ans et qu'il ne représente plus une menace actuelle et suffisamment grave à l'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi
d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code,
le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative,
qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, né en 1990, est entré régulièrement en Guyane en 2001. Installé depuis 2013 en France métropolitaine, il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion, pris par le préfet de police
le 11 juin 2019, en raison d'une conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique,
et d'une importation en contrebande de produits stupéfiants. Le 26 juillet 2024, il a été placé en rétention administrative en vue de l'exécution de cette mesure, et la juge des libertés
et de la détention a ordonné sa remise en liberté le 31 juillet 2024. Faisant à nouveau l'objet
d'un placement en rétention administrative depuis le 14 octobre 2024 en vue de la mise en œuvre de son éloignement, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 juin 2019.
3. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe et sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de l'exécution de cette décision. Il appartient au juge des référés, saisi d'une telle décision sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'apprécier si la mesure d'expulsion porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, en conciliant les exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique avec la liberté fondamentale que constitue, en particulier, le droit de mener une vie familiale normale. La condition d'illégalité manifeste de la décision contestée, au regard de ce droit, ne peut être regardée comme remplie que dans le cas où il est justifié d'une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure contestée a été prise.
4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 11 juin 2019, par lequel le préfet de police a prononcé l'expulsion de M. A du territoire français, a été notifié à l'intéressé en 2019 et comportait les voies et délais de recours. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'il n'aurait eu connaissance de cet arrêté qu'à l'occasion de la notification de l'arrêté du 14 octobre 2024
le plaçant en rétention administrative, alors au surplus que l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel
le préfet de la Marne l'avait une première fois placé en rétention administrative était fondé sur l'arrêté du 11 juin 2019 qui était visé dans cet arrêté. Ainsi, l'arrêté du 11 juin 2019 est devenu définitif, et si le requérant en a demandé l'abrogation le 26 novembre 2024, aucune réponse n'a à ce jour été apportée à cette demande. Par ailleurs, il résulte de l'arrêté de placement en rétention du 14 octobre 2024 que M. A a déjà refusé d'embarquer à au moins deux reprises et qu'il n'a pas respecté une précédente mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. Dans
ces conditions, la circonstance que l'arrêté d'expulsion a été dépourvu de mesure d'exécution pendant plusieurs années ne saurait ici être regardée comme exclusivement imputable à l'administration, ce qui fait en tout état de cause obstacle à ce que l'existence d'un nouvel arrêté, qui se substituerait à l'arrêté initial et ne serait pas devenu définitif, soit révélée par la mise en œuvre de l'exécution d'office. Enfin, si M. A expose qu'il aurait été privé de ses droits
à la défense en l'absence de réunion de la commission d'expulsion avant l'intervention de
la mesure en cause, il résulte des termes même de cette décision que cette commission s'est réunie
le 21 mai 2019. Ainsi, l'arrêté attaqué ne porte aucune atteinte à la liberté fondamentale constituée par le droit d'exercer un recours effectif devant une juridiction.
5. A la date de la décision attaquée, les condamnations pénales qui la fondent avaient été prononcées moins de trois ans auparavant, et n'étaient donc pas anciennes. Si M. A a trois filles nées en 2007 pour la première et en 2013 pour les deux suivantes, ses enfants résident tous en Guyane, loin de leur père, sans que celui-ci n'établisse ni même ne soutienne être resté en contact avec eux. Par ailleurs, si le requérant s'est remarié en 2021 avec une ressortissante haïtienne titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, rien ne fait obstacle à ce qu'ils poursuivent leur vie conjugale dans le pays dont ils ont la nationalité. Ainsi, la mesure attaquée ne porte pas une atteinte manifestement illégale au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 28 novembre 2024.
Le juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne
les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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