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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2403051

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2403051

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2403051
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A qui contestait un avis d’imposition à la taxe d’habitation pour 2024. Le juge estime que la méconnaissance alléguée du principe d’égalité devant la loi fiscale ne constitue pas une atteinte à une liberté fondamentale, et que la taxe en litige ne saurait être qualifiée d’acte de barbarie ou de traitement inhumain. Aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n’étant établie, la requête est rejetée comme manifestement mal fondée. Le tribunal rappelle toutefois à M. A la possibilité de contester le bien-fondé de l’imposition par une réclamation préalable auprès de l’administration fiscale, assortie d’une demande de sursis de paiement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, M. C A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'avis d'imposition émis le 25 octobre 2024 en vue du recouvrement de la taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2024 à raison d'un immeuble situé 97 rue Gambetta à Reims ;

2°) d'enjoindre aux services fiscaux de communiquer les éléments objectifs sur lesquels ils se sont fondés pour établir l'avis d'imposition en litige, afin de satisfaire à l'exigence posée par le second alinéa de l'article 40 du code de procédure pénale.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, eu égard à ses ressources très inférieures au seuil de pauvreté et à l'incidence du recouvrement de la taxe d'habitation sur ses conditions d'existence ;

- la taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti porte une atteinte grave et manifestement illégale au principe d'égalité devant la loi fiscale, dès lors d'une part que depuis le 1er janvier 2023, les seuls locaux imposables au titre de cette taxe sont les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l'habitation principale, et d'autre part que l'immeuble en cause constitue sa résidence principale ;

- elle constitue par ailleurs en l'espèce un acte de barbarie, constitutif d'une infraction pénale et contraire au droit à la vie ainsi qu'à celui de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521- 2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'avis d'imposition émis le 25 octobre 2024 en vue du recouvrement de la taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2024 à raison d'un immeuble situé 97 rue Gambetta à Reims.

3. Si M. A se prévaut d'une méconnaissance du principe d'égalité devant la loi fiscale, une telle méconnaissance, à la supposer même établie, ne porte pas par elle-même atteinte à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

4. Par ailleurs, la taxe d'habitation en litige ne constitue en elle-même ni un acte de barbarie, ni un traitement inhumain ou dégradant. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'elle porterait atteinte au droit à la vie, ou à celui de ne pas être soumis à l'un des traitements susmentionnés.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune atteinte à une liberté fondamentale n'est ici constituée. Par suite, la requête de M. A est manifestement mal fondée. Les conclusions de cette requête doivent dès lors être rejetées, y compris celles à fin d'injonction, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

6. Un tel rejet ne fait pas obstacle à ce que M. A, s'il s'y croit fondé, conteste le bien-fondé des impositions mises à sa charge, en faisant valoir que l'immeuble en cause est sa résidence principale et qu'ainsi la taxe d'habitation, instituée par l'article 1407 du code général des impôts " sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l'habitation principale ", n'est pas due. Il lui appartiendra, le cas échéant, de déposer directement une réclamation auprès de l'administration fiscale, dans le délai prévu au a) de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, en demandant expressément dans cette réclamation à bénéficier du sursis de paiement institué par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, lequel dispose que " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / () ".

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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