lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2403124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Malblanc, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension des effets de la décision implicite du 11 mai 2024 par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou un récépissé dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence de délivrance d'un titre de séjour la prive d'une carte vitale nécessaire à la prise en charge de ses soins, que la CARSAT de Normandie met en question le paiement de la contribution sociale généralisée sur le montant de sa pension de retraite et qu'elle doit s'occuper de son fils handicapé ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite en cause.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.
Vu la requête enregistrée le 13 décembre 2024 sous le n°2403122 par laquelle Mme A C, représentée par Me Malblanc, demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 11 mai 2024 par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 décembre 2024 à 9 h 30 :
- le rapport de M. Deschamps, juge des référés ;
- et les observations de Me Malblanc, représentant Mme C, présente, qui reprend ses observations écrites. Pour sa part, Mme C précise que son fils B est revenu en France en 2020 et qu'alors qu'elle se trouvait en Grande-Bretagne, elle a dû se rendre fréquemment auprès de lui pour l'assister.
L'instruction a été close à 10 h, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de suspension des effets de la décision implicite du 23 août 2024 :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
2. Mme C, ressortissante britannique née le 17 avril 1957, a résidé en France de 1972 à 1994, et a eu quatre enfants de nationalité française. Elle est ensuite retournée en Grande-Bretagne avec son second compagnon, également de nationalité française. A leur retraite, le couple est revenu en France le 7 décembre 2023, et la requérante a sollicité du préfet de la Marne la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le dossier de demande de titre de séjour a été reçu le 11 janvier 2024, et cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite dont Mme C demande la suspension des effets.
Sur les conclusions à fin de suspension des effets de la décision implicite :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour établir l'urgence qu'il y a à statuer sur sa demande, la requérante invoque l'impossibilité pour elle de bénéficier de l'assurance maladie en l'absence de titre de séjour. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de son âge, elle n'établit pas que son état de santé justifie des soins dont le défaut serait de nature à créer une situation d'urgence. Toutefois, elle fait également état de la nécessité de sa présence auprès d'un fils né de son premier mariage, qui est handicapé. Elle a exposé à l'audience, sans que cela ne soit contredit par les pièces du dossier, que ce fils est revenu en France en 2020 et qu'elle-même, tout en résidant en Grande-Bretagne, s'est trouvée dans l'obligation de faire de fréquents séjours en France dans une maison dont elle est pour partie propriétaire afin de l'accueillir et de le soutenir. Dans ces conditions particulières, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander la suspension des effets de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. D'une part, le motif de la suspension prononcée implique seulement que le préfet de la Marne statue sur la demande de titre de séjour dont il demeure saisi. Il doit lui être enjoint d'y procéder à titre provisoire par une décision explicite qui interviendra dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. D'autre part, dès lors que Mme C a complété le dossier de demande de titre de séjour qu'elle avait adressé au préfet de la Marne, il appartient à celui-ci de mettre la requérante en possession d'un récépissé de sa demande. A titre provisoire dans l'attente de la décision relative au titre de séjour ou du jugement au fond, il lui délivrera ce document dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E
Article 1er : Les effets de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme C sont suspendus jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de statuer par une décision explicite, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, sur la demande de titre de séjour présentée par Mme C, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer, à titre provisoire, à Mme C un récépissé de sa demande de titre de séjour, et ce dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
A. DESCHAMPSLa greffière,
signé
I. DELABORDE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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