vendredi 3 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2403196 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL MAINNEVRET-MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Mainnevret, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension des effets de la décision implicite du 27 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée la place en situation de précarité financière et prive l'un de ses enfants d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite en cause.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu la requête enregistrée le 19 décembre 2024 sous le n° 2403195 par laquelle Mme C B épouse A, représentée par Me Mainnevret, demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 27 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 janvier à 14 h 30 :
- le rapport de M. Deschamps, juge des référés ;
- et les observations de Me Malblanc, substituant Me Mainnevret, pour Mme A qui reprend ses observations écrites en précisant que la décision implicite de rejet est née le 24 novembre 2024 et qui indique en outre que la fille de la requérante est atteinte d'une schizophrénie juvénile qui s'exprime par des crises quotidiennes et qu'elle ne peut être laissée seule, l'urgence étant d'autant plus établie que l'absence de titre de séjour ou de récépissé fait obstacle au versement d'aides financières par la maison départementale des personnes handicapées et la caisse primaire d'assurance maladie nécessaires à sa prise en charge, et qu'elle ne peut pas, de ce fait, être scolarisée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. Mme B épouse A, qui est déjà représentée par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de Mme B épouse A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur la demande de suspension des effets des décisions du 24 novembre 2024 :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et l'article R. 432-2 de ce code énonce que " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
6. Mme B épouse A, ressortissante albanaise née le 22 août 1988, dit avoir séjourné en France avec son mari et ses trois enfants de 2016 à 2018 et être retournée en Albanie à la suite du rejet de sa demande d'asile. Elle expose que sa famille est revenue en France depuis le 4 février 2019, et la période de ce retour est attestée par les certificats de scolarité de ses enfants. Elle dit avoir bénéficié, à compter du mois d'août 2020, d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, et il n'est pas contesté, en l'absence de défense du préfet, que cette autorisation n'a pas été renouvelée au-delà de l'année 2022. Elle a sollicité du préfet de la Marne, par un dossier daté du 24 juillet 2023 dont il n'est pas contesté qu'il a été reçu au plus tard le 27 juillet 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le caractère complet de ce dossier de demande de titre de séjour n'est pas contesté. Par application des dispositions citées au point 3, une décision implicite de rejet de cette demande est née au plus tard le 27 novembre 2023. Le conseil des requérants a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite par un courriel du 4 novembre 2024 auquel il a été répondu par un message d'attente. Mme B épouse A demande la suspension des effets de cette décision implicite.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
8. Pour établir l'urgence qu'il y a à statuer sur sa demande, Mme B épouse A invoque l'état de santé de sa fille, son avocat indiquant à l'audience que celle-ci souffrait d'une schizophrénie juvénile. Si aucun document médical n'a été produit pour justifier cette pathologie et ses conséquences, l'existence d'un important trouble de santé psychologique de cette mineure de 17 ans est attestée par la note établie le 10 juillet 2023 par l'éducatrice spécialisée qui suit la famille, cette note faisant état d'un traitement par antidépresseurs et psychotropes prescrit par un pédopsychiatre du centre hospitalier universitaire de Reims. Alors même qu'il n'est aucunement établi que la jeune fille ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine de soins appropriés, l'absence de réponse autre qu'un engagement, plus d'un an après la demande, d'informer la requérante lorsque l'instruction de son dossier sera engagée et le silence opposé à la demande de motifs du refus implicite dont a fait l'objet cette demande est de nature, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de l'impossibilité qui résulte de cette décision de bénéficier d'une prise en charge financière des soins à apporter à la fille de la requérante, à faire naître une situation d'urgence.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
9. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour, en l'absence de réponse adaptée à la demande de communication des motifs, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
10. Il résulte de ce qui précède que les effets de la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour formulée par Mme B épouse A doivent être suspendus jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Compte tenu du motif de suspension des effets de la décision attaquée, il y a seulement lieu d'enjoindre, à titre provisoire et dans l'attente du jugement statuant au fond sur la légalité de la décision en cause, au préfet de la Marne de statuer explicitement sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B épouse A. Il y procèdera dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
12. Du fait de la suspension prononcée, la requérante doit se voir délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour dont le préfet demeure saisi. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de lui remettre ce document, à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Toutefois, les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui définissent les titres de séjour dont les récépissés autorisent leur titulaire à travailler, ne mentionne pas les demandes de titre de séjour formulées sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code. Par suite, les conclusions tendant à ce que la délivrance de ce récépissé soit assortie d'une autorisation de travailler doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département de la Marne une somme de 1 200 euros à verser à Me Mainnevret, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E
Article 1er : Mme B épouse A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour de Mme B épouse A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond du litige.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Marne de statuer explicitement, à titre provisoire et dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B épouse A.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Marne de remettre à Mme B épouse A un récépissé de sa demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance, à titre provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de titre de séjour.
Article 5 : L'Etat versera à Me Mainnevret, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A, à Me Romain Mainnevret et au préfet de la Marne.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 3 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
A. DESCHAMPSLa greffière,
signé
I. DELABORDE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026