mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2500134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SELARL LE CAB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Boia, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 janvier 2025 par lequel le préfet de la Marne l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision contestée ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation ;
- les modalités de son assignation à résidence sont disproportionnées et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Torrente, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant des dispositions des articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, magistrat désigné,
- les observations de Me Boia, représentant Mme A, qui reprend à l'oral les conclusions et moyens développés dans ses écritures.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de nationalité arménienne née le 7 février 1969, est entrée sur le territoire français avec son fils en 2022, selon ses déclarations, et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 7 décembre 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 août 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Par un arrêté du 20 octobre 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 5 janvier 2024, le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 10 janvier 2025, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Marne l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. ". En vertu de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
5. D'une part, Mme A soutient que le préfet de la Marne n'a pas tenu compte de son état de santé et de celui de son fils majeur, qui souffre de schizophrénie, qu'elle accompagne au quotidien, ni, en la contraignant à se présenter quotidiennement au commissariat de police de Reims et en lui interdisant de sortir de cette commune, de son lieu d'hébergement actuelle. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à démontrer que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de la requérante en décidant de l'assigner à résidence afin d'assurer l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 20 octobre 2023.
6. D'autre part, il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
7. En l'espèce, l'arrêté en litige fait obligation à la requérante de se présenter tous jours de la semaine, entre 8h et 9h au commissariat de police de Reims et lui fait interdiction de sortir de cette commune. Si Mme A, qui souffre de divers anévrismes et de troubles anxiodépressifs et bénéficie d'un suivi médical régulier, se prévaut de son état de santé ainsi que celui de son fils, de telles considérations sont insuffisantes pour démontrer que la mesure contestée ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée dans son principe même, ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de la requérante et de son fils ferait obstacle à ce que cette dernière se présente quotidiennement aux services de police. En revanche, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est hébergée à l'HUDA de Châlons-en-Champagne. Le préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'établit pas que les obligations faites à la requérante de se présenter tous les jours de la semaine entre 8h00 et 9h00 au commissariat de police de Reims, soit à plus de 40 kilomètres de son lieu d'hébergement, et de ne pas sortir de cette commune, seraient nécessaires, adaptées et proportionnées au but poursuivi par la mesure d'assignation à résidence contestée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir que la mesure d'assignation contestée est entachée d'illégalité en tant seulement qu'elle la contraint à se présenter au commissariat de police de Reims tous les jours de la semaine entre 8h00 et 9h00 et qu'elle lui interdit de quitter le territoire de cette commune. Le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête doit ainsi être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 10 janvier 2025 du préfet de la Marne est annulé en tant qu'il oblige la requérante à se présenter tous les jours de la semaine entre 8h00 et 9h00 au commissariat de police de Reims et qu'il lui fait interdiction de quitter le territoire de cette commune.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié Mme B A, à Me Alexandrine Boia et au préfet de la Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
V. TORRENTELa greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2500134
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