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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2500135

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2500135

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2500135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantMERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16, 22 et 24 janvier 2025, M. C A, représenté par Me Merger, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît son droit de circuler librement ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, le préfet de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Torrente, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant des dispositions des articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, magistrat désigné,

- les observations de M. A, qui a indiqué à l'audience renoncer à être assisté d'un interprète en langue arabe et fait valoir, en outre, qu'il travaille et a développé ses attaches en France ; qu'il avait rendez-vous avec son avocat pour régulariser sa situation au moment de son interpellation par les services de police ; qu'il n'est pas connu des forces de l'ordre ; qu'il travaille actuellement dans la restauration en qualité de serveur, qu'il a une relation avec une française depuis un an et demi et qu'il vit avec elle depuis 15 jours ; qu'ils sont hébergés par une connaissance ; qu'il entretient des relations avec ses cousins et oncles installés à Paris et à Lyon ainsi qu'avec ses relations de travail et amicales.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité algérienne né le 15 janvier 1995, est entré sur le territoire français en 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 9 janvier 2025, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence à Saint-Dizier pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 31 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, et d'ailleurs visé dans l'arrêté contesté, la préfète de la Haute-Marne a donné délégation à M. Guillaume Thirard, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de la décision attaquée, manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Marne a procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. A au regard de l'ensemble des éléments portés à la connaissance de l'administration.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A soutient qu'il réside sur le territoire français depuis 2022, qu'il exerce la profession de serveur en contrat à durée indéterminée dans un restaurant de Saint-Dizier depuis le mois d'octobre 2023 et qu'il entretient depuis un an et demi une relation avec une ressortissant française avec laquelle il projette de créer une famille. Toutefois, il ne justifie de sa présence que depuis la fin de l'année 2022, ainsi qu'il l'a déclaré à l'occasion de son audition par les services de police du commissariat de Saint-Dizier le 9 janvier 2025, soit depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il ne justifie pas de la réalité, de l'intensité et de la stabilité de la relation qu'il allègue entretenir avec une ressortissante française en se bornant à produire une attestation peu circonstanciée de cette personne, alors, au demeurant, qu'il ne s'est pas prévalu de cette circonstance à l'occasion de son audition. De même, il ne justifie pas entretenir des liens intenses et stables avec ses cousins et oncles qui sont établis dans d'autres régions, selon ses allégations, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Enfin, le requérant, qui n'a entamé aucune démarche en vue de régulariser sa situation depuis son arrivée en France, n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de son insertion professionnelle. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En second lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit, mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer au préfet d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte que M. A, ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet de la Haute-Marne n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. ". En vertu de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

11. Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

12. En l'espèce, l'arrêté en litige fait obligation au requérant de se présenter deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, à 10h au commissariat de Saint-Dizier et lui fait interdiction de sortir de cette commune. Si M. A se prévaut de son emploi en qualité de serveur dans un restaurant où il travaille tous les jours de la semaine excepté le lundi et le mercredi, de 10h30 à 13h30 et de 17h30 à 22h30, une telle considération est insuffisante pour établir que la mesure contestée ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée, ni qu'elle porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Marne n'a pas méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 précité, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît son droit de circuler librement. Ces moyens doivent, par suite, être écarté.

13. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence dans la commune de Saint-Dizier pour une durée de 45 jours. Sa requête doit, ainsi, être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. C A, à Me Charles-Eloi Merger et au préfet de la Haute-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

V. TORRENTELa greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500135

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