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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2500149

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2500149

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2500149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2025, complétée par des mémoires enregistrés le 19 janvier 2025 et le 4 février 2025, M. B A, représenté par Me Malblanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et a procédé à un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans ce département en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Reims ;

4°) d'enjoindre à la suppression du signalement dans le système d'information Schengen ou à tout le moins à sa rectification ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- il bénéficie d'une bonne intégration en France ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait le champ d'application de la loi ;

- le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- le requérant n'a pas indiqué ne pas vouloir se conformer à l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- le signalement dans le fichier du système d'information Schengen est une mesure disproportionnée ;

- l'identité mentionnée dans ce signalement est erronée ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- l'impossibilité mentionnée ne peut résulter que des seules difficultés de l'autorité administrative ;

- les horaires auxquels il doit se présenter au commissariat de police sont incompatibles avec l'exécution de son contrat de travail.

Le préfet de la Marne a produit des pièces enregistrées le 30 janvier 2025 et le 5 février 2025 qui ont été communiquées.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence en raison de leur tardiveté.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,

- et les observations de Me Malblanc, représentant M. A, qui reprend ses observations écrites.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. A, ressortissant algérien né le 4 novembre 1995, est entré en France en septembre 2022, selon ses dires, a bénéficié d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant valable du 13 décembre 2022 au 5 septembre 2023, et a été ajourné à la troisième année de licence de lettres modernes pour laquelle il était inscrit auprès de l'université de Reims Champagne-Ardenne. Sans bénéficier d'un renouvellement de ce titre de séjour, il s'est inscrit à l'université de Sorbonne Paris-Nord en langues littératures et civilisations étrangères, tout en exerçant des missions de manutentionnaire ou de chauffeur-livreur pour une entreprise rémoise. A la suite de son interpellation, par un arrêté du 17 janvier 2025, le préfet de la Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et a procédé à un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par un second arrêté du 17 janvier 2025, le préfet de la Marne a prononcé son assignation à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Reims. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. D'une part, si M. A exerce un emploi pour lequel lui sont confiées des missions à temps très partiel, il n'apporte aucun élément quant aux relations qu'il aurait nouées en France alors qu'il n'y est rentré que récemment et y a suivi des études sans résultat probant. Il invoque la perturbation que lui a causée la mort de son grand-père, sans pour autant l'établir, mais cet évènement ne saurait justifier qu'il n'ait pas entrepris de démarche alors qu'il ne bénéficiait plus d'un droit au séjour. Dans ces conditions, alors même que le requérant ne représente pas une menace pour l'ordre public, la mesure d'éloignement n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il remplirait les conditions résultant de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien qui lui permettraient de bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence. Par suite, le préfet, qui n'était nullement tenu de motiver la décision attaquée au regard de ces stipulations, n'a pas méconnu le champ d'application de la loi en s'abstenant d'y faire référence.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3°) il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ".

7. Alors même que le requérant n'aurait pas fait part de son intention de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, ce risque de soustraction est établi dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de la validité de celui-ci, les démarches en vue de son renouvellement n'ayant été entreprises qu'au-delà de ce délai.

8. Si le requérant n'est pas parvenu à déposer sur le site de l'administration numérique des étrangers en France sa demande de renouvellement de titre de séjour, la décision attaquée en fait état, et n'est ainsi pas entachée d'erreur de fait.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant n'est arrivé en France qu'en septembre 2022 et ne fait état d'aucun lien qu'il aurait noué sur le territoire national, se bornant à se prévaloir de son souhait de poursuivre des études qu'il a abandonnées. Dans ces conditions, alors même que M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et sans qu'il puisse utilement se prévaloir de ce qu'il a tenté d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour, la durée de douze mois retenue pour l'interdiction de retour prononcée n'est, en l'espèce, pas disproportionnée.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, lors de son interpellation par les forces de police, celles-ci l'ont invité à présenter ses observations sur une éventuelle interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, sont droit à être entendu préalablement à l'intervention de cette mesure n'a pas été méconnu.

14. Enfin, si l'article 3 de l'arrêté contesté, relatif au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, comporte une erreur de plume du fait de l'ajout du prénom Mahmoud après le patronyme du requérant, il n'est pas établi que cette erreur de plume aurait été reproduite dans le signalement effectué. Si cette mesure a pour conséquence d'étendre les effets de l'interdiction de retour sur le territoire français au territoire de l'ensemble des Etats ayant adhéré à la convention de Schengen, aucun élément figurant au dossier ne permet de retenir qu'elle serait disproportionnée.

15. Il résulte de ce qui précède que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois opposée à M. A n'est pas illégale.

Sur la décision d'assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté portant assignation à résidence, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifié à M. A le 17 janvier 2025. Les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté ont été présentées pour la première fois dans le mémoire complémentaire enregistré le 4 février 2025, soit au-delà du délai de recours. Par suite, elles doivent être rejetées comme irrecevables.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, celles à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens de la requête de M. A doivent être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTELa République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500149

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