mercredi 26 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2500367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 février 2025 enregistrée au greffe du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le même jour, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête présentée par M. B A.
Par une requête, enregistré le 31 janvier 2025 au tribunal administratif de Nancy complété par un mémoire présenté par Me Opyrchal le 19 février 2025, M. B A, représenté par Me Opyrchal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté 31 janvier 2025 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté 5 février 2025 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;
4°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Opyrchal au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 Juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été édictés à l'issue d'une procédure irrégulière car il n'a pas été entendu préalablement à leur édiction en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- les arrêtés en litige ne sont pas suffisamment motivés ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision relative à l'absence de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision relative à l'absence de délai de départ volontaire est illégale car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant interdiction de retour est disproportionnée car sa compagne et son enfant résident sur le territoire français ;
- la décision portant assignation à résidence méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car la préfecture n'établit pas qu'il pourrait être éloigné dans un délai raisonnable ;
- les mesures qui lui sont imposées dans le cadre de son assignation à résidence sont excessives.
Le préfet des Ardennes, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Henriot, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Henriot, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 4 octobre 1998, a été interpelé par les services de gendarmerie le 30 janvier 2025. Par deux arrêtés, le préfet des Ardennes, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an le 31 janvier 2025 et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de 45 jours le 5 février 2025. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les demandes du requérant, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
3. Si l'intéressé ne peut utilement se prévaloir des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'union européennes, il peut invoquer le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne qui se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. S'agissant plus particulièrement d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise après expiration du délai de départ volontaire dont est assortie la mesure d'éloignement, ce principe n'implique toutefois pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur une telle décision dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou sur la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé par les services de police le 30 janvier 2025, préalablement à l'édiction des arrêtés en litige. Néanmoins, il ne ressort pas des motifs des décisions attaquées que M. A aurait été informé, lors de son audition, qu'une obligation de quitter le territoire français était susceptible d'être édictée à son encontre, ce que le requérant conteste explicitement. Le préfet de Ardennes, qui n'a produit aucune défense, ne conteste pas les allégations du requérant et ne produit pas le procès-verbal retranscrivant son audition par les services de police. Par suite, M. A n'ayant pas informé de ce qu'une décision lui faisant grief était susceptible d'être prise à son encontre, il a été privé de la possibilité d'exposer ses observations de manière utile et effective.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté 31 janvier 2025 par lequel le préfet des Ardennes a fait obligation au requérant de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an doit être annulé. Il en est de même, par voie de conséquence, de l'arrêté du 5 février 2025 par lequel le préfet des Ardennes a assigné M. A à résidence pour une durée de 45 jours.
6. Les arrêtés en litige n'ont pas été édictés à la suite d'une demande du requérant. Par suite, l'annulation de ces arrêtés n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet des Ardennes de réexaminer sa situation.
7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, Me Opyrchal, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Opyrchal de la somme de 1 200 euros, sous réserve que Me Opyrchal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet des Ardennes du 31 janvier 2025 et du 5 février 2025 sont annulés.
Article 3 : L'État versera à Me Opyrchal la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Opyrchal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurore Opyrchal et au préfet des Ardennes.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
J. HENRIOTLa greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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