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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2501244

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2501244

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2501244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantMOUNTAP MOUNBAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en juge unique, a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que la décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était suffisamment motivée et que l'administration avait procédé à un examen sérieux de sa situation. Il a considéré que le refus était justifié car M. B n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France, sans motif légitime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2025, M. A B, représenté par Me Mountap Mounbain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Reims du 15 avril 2025 refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est dans une situation de vulnérabilité du fait de son extrême précarité ;

- la décision en litige ne précise pas que la personne qui a conduit l'entretien de vulnérabilité aurait reçu la formation spécifique prévue par les dispositions de l'article

L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'erreur de fait ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles

L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle porte atteinte à l'exercice effectif de la liberté fondamentale de solliciter l'asile ;

- elle méconnait l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 qui ne prévoit que de limiter les conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,

- et les observations de M. B, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1989, est entré en France le 24 juillet 2023. Le 15 avril 2024, il a sollicité une protection internationale auprès des autorités françaises et une attestation de demande d'asile en procédure accélérée lui a été délivrée. Par une décision du même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Reims a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide

juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 avril 2025 :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de la requérante, les conditions matérielles d'accueil lui sont refusées au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée sur le territoire français. Cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort du compte-rendu des entretiens de vulnérabilité, que le requérant a pu faire état de sa situation, et il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni d'aucune autre pièce du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas pris en considération l'ensemble des éléments portés à sa connaissance avant de statuer. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier et complet de sa situation doit ainsi être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

7. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où il envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

8. En l'espèce, la demande d'asile présentée par M. B a été enregistrée le 15 avril 2025, soit plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français, le 21 juillet 2024. Si ce dernier se prévaut de ce qu'il est hébergé de façon précaire et n'a ni ressources ni patrimoine, cela ne constitue pas un motif légitime de nature à justifier de l'enregistrement tardif de sa demande. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées au point 6 et de l'erreur de fait doivent être rejetés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dalatou Mountap Mounbain et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée pour information au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Reims.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 mai 2025.

La présidente-rapporteure

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2501244

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