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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2502092

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2502092

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2502092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAVOUNGOU ALOÏSE CHRISTIAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi de deux requêtes distinctes, l'une par Mme C... et l'autre par M. A..., visant à contester des arrêtés préfectoraux des 4 novembre 2022 et 16 mai 2025 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour. Le tribunal a relevé d'office un moyen d'ordre public tiré de l'autorité de la chose jugée, constatant que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 4 novembre 2022 avaient déjà été rejetées par un jugement définitif du 23 janvier 2023. Par conséquent, les requêtes sont irrecevables en ce qui concerne cet arrêté, et les conclusions contre l'arrêté du 16 mai 2025, qui se fondent sur les mêmes moyens, sont également rejetées. La solution retenue est le rejet des requêtes, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens, en application des principes de l'autorité de la chose jugée et des dispositions du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


I. Par une requête, enregistrée sous le n°2502092 le 4 juillet 2025,
Mme E..., représentée par Me Mavoungou, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’annuler l’arrêté du 16 mai 2025 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat les dépens.

Elle soutient que :
- l’arrêté du 16 mai 2025 est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 111-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen individualisé de sa demande ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences
qu’il emporte sur sa situation personnelle.


Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2025, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Par un courrier du 25 août 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen d’ordre public relevé d’office tiré de l’autorité de la chose jugée qui s’attache au jugement n° 2202797, 2202798 devenu définitif du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 23 janvier 2023 rejetant les conclusions de Mme C... tendant à l’annulation de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Les parties n’ont pas produit d’observation en réponse à ce courrier.


Par une ordonnance du 7 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée
au 19 septembre 2025.


II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2502233 le 15 juillet 2025,
M. B... F... A..., représenté par Me Mavoungou, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’annuler l’arrêté du 16 mai 2025 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat les dépens.

M. A... soulève les mêmes moyens que Mme C... dans la requête n° 2502092.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2025, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Par un courrier du 25 août 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen d’ordre public relevé d’office tiré de l’autorité de la chose jugée qui s’attache au jugement n° 2202797, 2202798 devenu définitif du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 23 janvier 2023 rejetant les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Les parties n’ont pas produit d’observation en réponse à ce courrier.


Par une ordonnance du 22 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée
au 19 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Paggi, conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :


Mme C... et M. A..., ressortissants angolais nés respectivement les 28 août 1999 et 23 septembre 1996, soutiennent être entrés en France le 25 février 2019. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par des décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 avril 2021, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d’asile du 27 octobre 2022. Par des arrêtés du 4 novembre 2022, le préfet des Ardennes les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Par un jugement du 23 janvier 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leur demande tendant à l’annulation de ces arrêtés, jugement confirmé par un arrêt du 15 novembre 2024 de la cour administrative d’appel de Nancy. Par des demandes du 13 décembre 2024, Mme C... et M. A... ont sollicité auprès du préfet des Ardennes leur admission au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des arrêtés
du 16 mai 2025, le préfet des Ardennes a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et les a interdits de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Par la requête n°2502091, Mme C... demande l’annulation des arrêtés du 4 novembre 2022 et du 16 mai 2025 du préfet des Ardennes. Par la requête n°2502233, M. A... demande l’annulation des arrêtés du 4 novembre 2022 et du 16 mai 2025 du préfet des Ardennes.

Les requêtes de Mme C... et de M. A... présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.


Sur les conclusions aux fins d’annulation des arrêtés du 4 novembre 2022 :

Mme C... et M. A... demandent l’annulation des arrêtés
du 4 novembre 2022 par lesquels le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé leur pays de destination et les a interdits de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Toutefois, par un jugement
n° 2202797, 2202798 du 23 janvier 2023, le président du tribunal administratif
de Châlons-en-Champagne, saisi par les mêmes requérants, a rejeté au fond deux requêtes tendant aux mêmes fins. Eu égard à l’autorité de la chose jugée qui s’attache à ce jugement, les conclusions à fin d’annulation susvisées présentées par Mme C... et M. A..., qui ont la même cause juridique et le même objet que leurs précédentes requêtes, ne peuvent par suite qu’être rejetées.


Sur les conclusions aux fins d’annulation des arrêtés du 16 mai 2025 :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale »



Il ressort des pièces du dossier que Mme C... et M. A... sont en couple et ont un enfant. Ils sont rentrés en France le 25 février 2019 dans des conditions indéterminées et déclarent s’être maintenus sur le territoire national depuis. Ils n’établissent pas disposer d’attaches familiales ni avoir noué des liens d’une particulière intensité sur le territoire français, et ne démontrent pas non plus être dépourvus d’attaches familiales dans leur pays d’origine, où Mme C... a vécu jusqu’à l’âge de 19 ans et M. A... jusqu’à l’âge de 22 ans. S’ils font état d’un besoin de soins de leur enfant en raison de son état de santé, lequel ferait obstacle à un retour en Angola, ils ne produisent, au soutien de leurs prétentions, aucun élément permettant de l’établir. Par ailleurs, ils ne font pas état d’obstacles à ce qu’ils reconstituent la cellule familiale dans leur pays d’origine dont ils ont tous trois la nationalité. En outre, ils ne produisent aucun élément de nature à caractériser une insertion socio-professionnelle notable, alors qu’il ressort des pièces du dossier qu’ils ont déjà fait l’objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français le 4 novembre 2022, à l’exécution desquelles ils se sont soustraits. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, le préfet des Ardennes, en prenant les arrêtés en litige, n’a pas porté au droit de Mme C... et de M. A... au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation eu égard aux dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés et celui tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences que les arrêtés emportent sur leur situation personnelle doit également être écarté.

En deuxième lieu, si Mme C... et M. A... soutiennent que l’arrêté méconnaît les dispositions de l’article L. 111-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ces dispositions ont été abrogées par l’ordonnance du 16 décembre 2020 à compter du 1er mai 2021. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l’arrêté contesté que le préfet des Ardennes se serait abstenu de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation administrative et personnelle de Mme C... et de M. A... en prenant les décisions d’éloignement. Ces moyens doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation et d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administratif de Mme C... et de M. A... doivent être rejetées.





D E C I D E :





Article 1er : Les requêtes de Mme C... et de M. A... sont rejetées.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme E...,
à M. B... F... A... et au préfet des Ardennes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 10 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Paggi, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2025.

Le rapporteur,
signé
F. PAGGI
Le président,
signé
A. DESCHAMPS


Le greffier,


signé


A. PICOT



La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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