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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2502103

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2502103

jeudi 24 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2502103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantMOUNTAP MOUNBAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi d'un recours en excès de pouvoir contre une décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à une ressortissante ivoirienne mineure, au motif que sa demande d'asile avait été déposée tardivement. Le tribunal a prononcé l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Il a examiné les moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen individuel de la vulnérabilité, et la violation des articles L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la directive 2013/33/UE. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'instruction a été clôturée après l'audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2025, Mme F C et M. E A agissant au nom de leur fille mineure Mlle B D A, représentés par Me Mountap Mounbain, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 juin 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mlle A ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'admettre Mlle A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser

à Me Mountap Mounbain au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à l'examen individuel et familial de la situation de Mlle A et à l'évaluation correcte de sa vulnérabilité ;

- l'évaluation de vulnérabilité n'indique pas le nom et la qualité de l'agent qui l'a effectuée, ni s'il a été formé spécifiquement pour cette évaluation conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la précarité

de la situation de Mlle A et de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée " d'erreur de fait " dès lors que l'administration a seulement retenu le motif que les requérants n'ont pas sollicité l'asile sans motif légitime dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France sans toutefois prendre en compte ses conditions de subsistance ;

- la décision est contraire à l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle porte une atteinte excessive à la liberté fondamentale de solliciter l'asile ;

- elle est entachée " d'abus de pouvoir ".

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Rifflard, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, magistrat désigné,

- les observations de Me Mountap Mounbain, représentant Mlle A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et qui soutient en outre que les requérants n'ont pas été mis en mesure de justifier auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, préalablement à l'édiction de la décision en litige, d'un motif légitime du caractère tardif

de la demande d'asile ;

- et les observations de Mme C au nom de sa fille Mlle A.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mlle A est une ressortissante ivoirienne née le 4 mai 2015. Une demande d'asile a été enregistrée à son nom en guichet unique le 28 mars 2025. Par une décision du 25 juin 2025,

le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mlle A, au motif que cette demande d'asile a été déposée au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Mme C et M. A demandent, au nom de Mlle A, l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret

du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat

dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission des requérants agissant au nom de Mlle A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article L. 551-15 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. () ".

5. La décision en litige mentionne les dispositions de droit, dont les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités, qui en constituent le fondement, ainsi que le motif de fait retenu en l'espèce, à savoir la circonstance que l'asile au nom de Mlle A n'a pas été sollicité, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France le 19 juillet 2024. Par suite, et dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas tenu de préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle des requérants, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure

de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

7. Premièrement, les requérants font valoir qu'ils n'ont pas pu faire valoir auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'existence d'un motif légitime du caractère tardif de la demande d'asile de Mlle A au regard du délai de quatre-vingt-dix jours, préalablement à l'édiction de la décision en litige. Cependant, il ressort des pièces du dossier que la situation de Mlle A a donné lieu le 28 mars 2025 à un entretien d'évaluation de vulnérabilité, dans le cadre duquel il a été fait valoir un certain nombre d'éléments concernant sa situation, que la fiche de compte-rendu de cet entretien a été signée par le représentant légal de Mlle A et par laquelle celui-ci a certifié avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil, et qu'il disposait sur cette fiche d'une rubrique dédiée pour faire valoir toute information complémentaire éventuelle. Par ailleurs, les requérants ne font pas valoir qu'ils auraient tenté de porter à la connaissance de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'existence d'un tel motif légitime ou tout autre élément et qu'ils en auraient été toutefois empêchés, ultérieurement à cet entretien et avant l'édiction de la décision en litige près de trois mois plus tard. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mlle A n'a pas été mise en mesure de faire valoir l'existence de circonstances particulières de nature à justifier sa situation et en particulier un motif légitime au regard du dépassement de ce délai de quatre-vingt-dix jours avant l'édiction de la décision en litige. Ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

8. Deuxièmement, aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien personnel n'aurait pas été conduit par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin et aucun texte n'impose la mention du nom de l'agent dans le document rédigé lors de cet entretien. Par suite, le moyen tiré

de la méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Troisièmement, il ressort notamment de la motivation de la décision en litige

et de la fiche d'évaluation de vulnérabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précédemment indiquée que ce dernier a bien procédé à l'évaluation de la vulnérabilité de Mlle A et de sa famille, ainsi qu'à l'examen particulier de sa situation personnelle. Si Mlle A soutient que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas examiné l'existence d'un motif légitime, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elle en aurait présenté un à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de Mlle A doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort en particulier du compte-rendu de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité effectué par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précédemment indiqué qu'il a été déclaré par le représentant légal de Mlle A que celle-ci est hébergée chez un ami de la famille à Romilly-sur-Seine, Mme C confirmant à l'audience qu'elle bénéficie d'un tel hébergement précaire pour elle et sa fille, et précisant que le père

de Mlle A est hébergé chez d'autres tiers. Il n'a été fait état, lors de cet entretien, d'aucune situation spécifique de vulnérabilité liée à un handicap, une nécessité d'assistance pour les actes essentiels de la vie quotidienne ou un problème de santé. Il n'en est pas fait davantage état

par les requérants dans le cadre de cette instance. Lors du même entretien, il a été déclaré

que Mme C a de la famille en France, à savoir un fils. Dans ces conditions,

si les requérants font valoir qu'ils n'ont pas de ressources et bien que la demandeuse d'asile en l'espèce soit mineure, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en décidant de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité ou de la précarité de Mlle A.

11. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que la décision est entachée " d'erreur de fait " dès lors que l'administration a seulement retenu le motif que les requérants n'ont pas sollicité l'asile sans motif légitime dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France sans toutefois prendre en compte ses conditions de subsistance. Toutefois, à supposer même que l'Office français de l'immigration et de l'intégration eût seulement retenu un tel motif sans prendre en compte les conditions de subsistance des requérants, une telle circonstance ne serait en tout état de cause pas de nature à constituer une erreur de fait. Ce moyen doit être écarté comme non fondé.

12. En dernier lieu, en soutenant que la décision en litige méconnaît l'article 20

de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qu'elle porte une atteinte excessive à la liberté fondamentale de solliciter l'asile et qu'elle est entachée " d'abus de pouvoir ", les requérants n'assortissent pas ces moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C et M. A agissant au nom de leur fille Mlle A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et M. A agissant au nom de leur fille Mlle A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et M. E A agissant au nom de Mlle B D bile, et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

R. RIFFLARDLe greffier,

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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