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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2000390

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2000390

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2000390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2020, Mme A B, représentée par Me Richard demande au tribunal :

1°) d'annuler le courrier en date du 30 septembre 2019 par lequel le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, l'a informée du fait qu'un ordre de reversement allait être émis à son encontre via deux titres de recettes pour un montant total de 955,60 euros ;

2°) d'annuler le titre de perception n°0005007 rendu exécutoire le 8 octobre 2019 d'un montant de 477,80 euros, ensemble la décision du 28 janvier 2020 ayant rejeté son recours gracieux ;

3°) d'annuler le titre de perception n° 0005008 rendu exécutoire le 8 octobre 2019 d'un montant de 477,80 euros ensemble la décision du 28 janvier 2020 ayant rejeté son recours gracieux ;

4°) de condamner l'Etat au versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 30 septembre 2019 est entachée d'incompétence ;

- les deux avis des sommes à payer sont entachés d'illégalité dès lors qu'ils sont fondés sur la décision du 30 septembre 2019 qui est illégale du fait de l'incompétence de son auteur ;

- les deux avis des sommes à payer qui lui ont été notifiés ne comportent ni le nom, ni le prénom, ni la qualité, ni la signature de l'auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le recteur a commis une erreur de droit, la demande de justificatif d'absence pour les mois de mai et juin 2017 par courrier recommandé et courriel du 8 juillet 2019 est tardive, elle devait avoir lieu pendant l'année scolaire concernée, conformément à l'article 2-1 de l'annexe 4 de la circulaire n°2016-088 du 6 juin 2016 du ministère de l'éducation nationale ;

- la demande de justificatif d'absence pour les mois de mai et juin 2017 par courrier recommandé et courriel du 8 juillet 2019 est tardive, elle se heurte à l'autorité absolue de la chose jugée dont est revêtu le jugement du 14 février 2019 ;

- les justificatifs d'absence ont déjà été transmis au rectorat lors de la première procédure engagée contre elle.

Par un mémoire, enregistré le 2 juillet 2020, le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions dirigées contre la décision du 30 septembre 2019 sont irrecevables et que les moyens de la requérante dirigés contre le titre de recettes ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi de finances n°2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boulangé, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. En raison d'absences considérées comme injustifiées au cours des mois de mai et juin 2017 alors qu'elle était étudiante en L1 de psychologie à l'université de Lorraine, Mme B s'est vu adresser deux titres de perception d'un montant de 955,60 euros correspondant aux deux mensualités de la bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux dont elle bénéficiait. Ces deux titres de perception ont été annulés par jugement du tribunal administratif de Nancy du 14 février 2019. A la suite, une nouvelle procédure de reversement a été prise à l'encontre de l'intéressée et deux nouveaux titre de perception ont été émis pour un même montant, rendus exécutoires le 8 octobre 2019, Mme B ayant été informée préalablement de l'émission de ces titres, par courrier du 30 septembre 2019. Le recours gracieux de Mme B en date du 4 décembre 2019 a été rejeté par le recteur par une décision du 28 janvier 2020. Mme B demande l'annulation du courrier du 20 septembre 2019 et celle des deux titres d'un montant total de 955,50 euros rendus exécutoires le 8 octobre 2019, ensemble la décision du 28 janvier 2020 ayant rejeté son recours gracieux. Par les moyens qu'elle invoque, Mme B doit également être regardée comme demandant la décharge de la somme qui lui est réclamée.

Sur les conclusions dirigées contre le courrier du 30 septembre 2019 :

2. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du recteur du 30 septembre 2019 se borne à rappeler à Mme B, que dans le cadre de l'exécution du jugement du tribunal administratif de Nancy du 14 février 2019, elle a été relancée par courrier recommandé et courriel du 8 juillet 2019 pour justifier ses absences pour les mois de mai et de juin 2017 et que cette relance est restée sans effet. Ce même courrier l'informe de ce qu'une procédure d'émission de deux titres de perception dont il précise les numéros va être engagée pour un montant de 955,60 euros. Ce courrier n'a d'autre finalité que de préparer l'établissement des titres de perception et a en conséquence le caractère d'un acte simplement préparatoire insusceptible de recours, alors qu'une voie de recours spécialement prévue permet de contester les titres de perception. Par suite la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que les conclusions dirigées contre ce courrier sont irrecevables doit être accueillie.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Par ailleurs, l'article 55 de la loi de finances rectificative du 29 décembre 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions : " aux titres de perception délivrés par l'Etat () afférents aux créances de l'Etat () la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ".

4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

5. Les titres de perception, qui ne sont pas signés, indiquent que l'ordonnateur est Mme F D, responsable du budget. Si le recteur produit un état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement qui comporte les références des titres de perception en litige, ce dernier est signé pour l'ordonnateur par Mme E C, cheffe du bureau à la division des affaires financières et non par l'ordonnateur désigné dans le titre de perception. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les titres de perception contestés méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, sont irréguliers en la forme et doivent être annulés, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du recteur du 28 janvier 2020 portant rejet de son recours gracieux.

En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge :

6. En premier lieu, Mme B soutient que la demande de justificatif d'absence pour les mois de mai et juin 2017 envoyée par courrier recommandé du 8 juillet 2019 serait tardive. Toutefois, un tel argument ne saurait prospérer puisque cette procédure a été mise en œuvre en exécution du jugement du tribunal administratif de Nancy du 14 février 2019.

7. En second lieu, les documents médicaux produits à l'instance par Mme B ne portent pas sur les mois de mai et juin 2017. Ils ne permettent donc pas de justifier de ses 22 absences sur ces deux mois ni du fait qu'elle n'a pas rendu 8 devoirs.

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des sommes mises à sa charge. Elle est seulement fondée à demander l'annulation des titres de perception rendus exécutoires le 8 octobre 2019 en vue du recouvrement de la somme totale de 955,60 euros ainsi que celle de la décision du 28 janvier 2020 du recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, rejetant son recours gracieux.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à titre principal dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres de perception rendus exécutoires le 8 octobre 2019 en vue du recouvrement de la somme totale de 955,60 euros et la décision du 28 janvier 2020 du recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, chancelier des universités rejetant le recours gracieux de Mme B sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

P. Boulangé

Le président,

D. Marti

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2000390

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