mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2000618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHOLLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2020 et un mémoire enregistré le 10 juillet 2022, M. C E, représenté par Me Chollet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal à lui verser la somme totale de 11 400 euros, à titre subsidiaire celle de 5 000 euros, en réparation des différents préjudices qu'il estime avoir subis, outre son préjudice moral évalué à 2 000 euros au titre de son licenciement irrégulier ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal à lui verser la somme totale de 9 600 euros, à titre subsidiaire celle de 3 200 euros, en réparation des différents préjudices qu'il estime avoir subis, outre son préjudice moral évalué à 2 000 euros, du fait du non-respect par ce dernier, de son engagement d'embauche ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal d'établir et de transmettre une attestation pôle emploi relative à son contrat de travail ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal, la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le contrat de travail était valablement conclu le 22 février 2022 ;
- le courriel du 1er mars 2019 de Mme B doit être considéré comme un courrier de rupture de contrat ;
-aucune période d'essai n'était prévue dans le contrat de travail, la rupture du contrat s'apparente donc à un licenciement ;
- la procédure de licenciement n'a pas respecté les termes de l'article 7 du décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- le centre hospitalier n'a pas motivé sa décision ;
- il est dans une situation précaire suite à la rupture de son contrat de travail, il est en droit de demander la réparation du préjudice subi ;
- le recours ayant été formé dans un délai raisonnable de neuf mois après le courrier du 13 mai 2019, la requête de M. E est recevable et il s'agit bien d'un recours indemnitaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2020, le centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la demande est tardive et que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boulangé, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chollet, avocate, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 janvier 2019, M. C E a déposé une candidature spontanée pour un poste de contrôleur de gestion au centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal. A la suite d'un entretien d'embauche du 6 février 2019, un message électronique de la directrice-adjointe du 22 février 2019, l'informait du fait que sa candidature avait été retenue pour un contrat à durée déterminée de six mois, ayant vocation à déboucher sur un contrat à durée indéterminée, et invitant l'intéressé à accepter l'offre qui lui était ainsi faite pour une prise de poste le 11 mars 2019. Le même jour, M. E acceptait cette offre d'emploi et démissionnait aussitôt de l'emploi qu'il occupait alors pour se rendre disponible le 11 mars 2019. Toutefois, un message électronique de la directrice-adjointe du 1er mars 2019 informait M. A de ce que, suite à un changement d'organisation, aucun contrat de travail ne pourrait lui être proposé. Estimant qu'une faute a été commise par le centre hospitalier Emile Durkheim, M. E demande la réparation des différents préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il résulte, par ailleurs, du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics.
4. Le centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal soutient que la requête de M. E est tardive, enregistrée le 28 février 2020, soit au-delà du délai de deux mois à compter de la réception par ses soins de la décision de rejet de l'établissement en date du 13 mai 2019. Il résulte de l'instruction que M. E a adressé une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier d'Epinal par courrier du 14 mars 2019 et que s'en est suivi un échange par courriers, le dernier en date du 13 mai 2019, émanant du centre hospitalier, réitérant sa position exprimée dans ses courriers antérieurs de ne pas donner suite à la demande indemnitaire de M. E, mais lui proposant un contrat à durée déterminée de six mois. Si M. E ne conteste pas avoir reçu ce courrier du 13 mai 2019, le centre hospitalier ne justifie pas la date à laquelle il a été notifié à l'intéressé. En outre, ce courrier, pas plus que les précédents émanant du centre hospitalier, ne faisait mention des voies et délais de recours. Par suite, La requête de M. E, enregistrée le 28 février 2020 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute du centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal :
5. M. E soutient qu'un contrat de travail a été valablement conclu dès son acceptation de l'offre d'emploi du centre hospitalier, le 22 février 2019, et que la décision du 1er mars 2019 de ne pas le recruter constitue une rupture abusive de ce contrat ouvrant droit à réparation. S'il est constant que la candidature de M. E a été retenue par message électronique de la directrice adjointe chargée des affaires financières et de la facturation et que l'intéressé, par message du même jour, a fait part de son accord, il résulte des termes mêmes du message du 22 février 2019, que sa prise de fonctions ne devait intervenir que le 11 mars et qu'il devait préalablement à cette date être mis en relation avec la direction des ressources humaines. Dans ces conditions, alors qu'il est constant qu'aucun document contractuel n'a été signé entre l'établissement et l'intéressé, et que ce dernier n'a pas commencé à exercer les fonctions de contrôleur de gestion avant l'intervention de la lettre du 1er mars 2019 lui précisant qu'il ne serait finalement pas recruté, M. E, malgré la rédaction maladroite du message électronique du 22 février 2019, ne peut être regardé comme titulaire d'un contrat de travail avec le centre hospitalier d'Epinal. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'un contrat a été effectivement conclu puis abusivement rompu par le centre hospitalier, ni à rechercher la responsabilité de celui-ci pour un tel fait.
6. En revanche, il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. E se trouvait bénéficiaire d'une promesse d'embauche émanant du centre hospitalier d'Epinal qui a été unilatéralement rompue par un courriel des services de cet établissement adressé le 1er mars 2019. Cette rupture revêt dès lors un caractère fautif de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier, ce que ce dernier ne conteste d'ailleurs pas sérieusement, ayant proposé à l'intéressé, dès le 8 avril 2019, la conclusion d'un contrat de travail à effet du 2 mai 2019, d'une durée de six mois pour un emploi de contrôleur de gestion.
En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité :
7. En premier lieu, en l'absence de conclusion d'un contrat de travail à la suite de la rupture de la promesse d'embauche, le requérant n'est pas fondé à solliciter le versement d'une somme correspondant au montant de la rémunération totale attachée à cet emploi durant la durée d'exécution projetée dudit contrat.
8. En deuxième lieu, M. E soutient qu'il a subi un préjudice financier du fait de la rupture de la promesse d'embauche du centre hospitalier d'Epinal, ayant démissionné de son emploi précédent à compter du 8 mars 2019. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que c'est sur la base des assurances qui lui avaient été données par le centre hospitalier que M. E a démissionné de l'emploi qu'il occupait alors, dans l'attente de son recrutement comme contractuel, qui devait prendre effet au 11 mars 2019. N'ayant finalement pas été recruté à cette date, dans les circonstances de l'espèce, le non-respect des assurances données à M. E par la direction du centre hospitalier a constitué une faute de nature à engager la responsabilité de ce dernier. Toutefois, M. E a commis une imprudence en ne prenant pas en compte le risque que le centre hospitalier ne soit pas en mesure d'honorer l'engagement qu'il avait pris. Compte tenu de cette imprudence, la part de responsabilité incombant au centre hospitalier doit être fixée à la moitié des conséquences dommageables du comportement de celui-ci à l'égard de M. E.
9. Il est constant, sur la base de la promesse non tenue du centre hospitalier d'Epinal, que M. E devait être embauché à effet du 11 mars 2019 pour un salaire net mensuel de 1 600 euros, son préjudice financier à ce titre s'étendant à compter de cette date jusqu'au 2 mai 2019, date à laquelle, par courrier du 8 avril 2019, le centre hospitalier a de nouveau fait une promesse d'embauche à M. E à effet du 2 mai 2019, ce dernier ayant décliné cette nouvelle offre. La perte financière de M. E entre le 11 mars 2019 et le 2 mai 2019, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et, déduction faite des indemnités perçues par l'intéressé sur cette période au titre du revenu de solidarité active, doit donc être fixée à 944 euros.
10. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte-tenu de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. E en lui allouant une somme de 200 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède, que la somme due par le centre hospitalier d'Epinal à M. E au titre de la promesse d'embauche non tenue, doit être fixée à 1 144 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le requérant, dans ses écritures, demande au tribunal qu'il soit enjoint au centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal d'établir et de lui transmettre une attestation pôle emploi relative à son contrat de travail. Toutefois, et en tout état de cause, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. E ne peut se prévaloir de la conclusion d'un contrat de travail qui aurait été abusivement rompu par le centre hospitalier d'Epinal. Par suite, et en tout état de cause ses conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier d'Epinal est condamné à verser une somme de 1 144 euros à M. E en réparation des différents préjudices subis du fait de la rupture de la promesse d'embauche du 22 février 2019.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Epinal versera à M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au centre hospitalier Emile Durkheim d'Epinal.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Boulangé, premier conseiller
M. Durand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
P. Boulangé
Le président,
D. Marti
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2000618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026