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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2000921

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2000921

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2000921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP TANDONNET - LIPSOS-LAFAURIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2020, M. A B, représenté par Me Tandonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 26 septembre 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de revalorisation de sa pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées d'aligner sa pension militaire d'invalidité sur le grade équivalent de maître de la marine nationale et de lui verser les arrérages précédents les trois années antérieures au 5 avril 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens.

Il soutient que :

- sa demande est recevable et que la forclusion ne peut lui être opposée ;

- les décrets des 5 septembre et 17 novembre1956 ainsi que la loi du 30 décembre 1987 opèrent une discrimination injustifiée entre les pensionnés de l'armée de terre et de l'aviation d'une part, et ceux de la marine d'autre part et méconnaissent les stipulations de l'article 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2021, la ministre des armées conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était engagé volontaire au sein de l'armée de terre du 15 novembre 1966 jusqu'au 1er novembre 1985, date à laquelle il a été radié des cadres. Une pension militaire d'invalidité lui a été concédée à titre définitif, au taux global de 25% au titre de l'infirmité " séquelles de fracture de la jambe gauche et de la cheville gauche, arthrose tibio astragalienne, limitation sévère des mouvements de flexio-extension et de la varisation ; œdème récidivant ". Par une demande enregistrée le 5 avril 2019, M. B a sollicité la revalorisation de sa pension militaire d'invalidité sur la base de l'indice du grade équivalent en vigueur pour les personnels de la marine nationale. Par une décision du 26 septembre 2019, la ministre des armées a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à revaloriser sa pension militaire d'invalidité et à lui verser les arrérages sur les trois années précédant sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 20 février 1959 relatif aux juridictions des pensions, dans sa rédaction alors en vigueur, l'intéressé dispose d'un délai de six mois pour contester, devant le tribunal des pensions, les décisions prises en vertu du premier ou du dernier alinéa de l'article L. 24 ainsi que la décision prise en vertu du deuxième alinéa du même article, sauf si celle-ci a simplement confirmé la décision primitive prise en vertu du premier alinéa. Ces dispositions, qui instaurent au demeurant un délai de recours contentieux supérieur à celui de droit commun, ne méconnaissent pas, par elles-mêmes, le principe de non-discrimination garanti par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes de l'article L. 78 du même code : " Les pensions définitives ou temporaires attribuées au titre du présent code peuvent être révisées dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'une erreur matérielle de liquidation a été commise. / 2° Lorsque les énonciations des actes ou des pièces sur le vu desquels l'arrêté de concession a été rendu sont reconnues inexactes soit en ce qui concerne le grade, le décès ou le genre de mort, soit en ce qui concerne l'état des services, soit en ce qui concerne l'état civil ou la situation de famille, soit en ce qui concerne le droit au bénéfice d'un statut légal générateur de droits. / Dans tous les cas, la révision a lieu sans condition de délai () ".

3. Par ailleurs, le décret du 5 septembre 1956 relatif à la détermination des indices des pensions et accessoires de pensions alloués aux invalides au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre a fixé les indices de la pension d'invalidité afférents aux grades des sous-officiers de l'armée de terre, de l'armée de l'air et de la gendarmerie à un niveau inférieur aux indices attachés aux grades équivalents dans la marine nationale.

4. Le décalage défavorable entre l'indice de la pension servie à un ancien sous-officier de l'armée de terre, de l'armée de l'air ou de la gendarmerie et l'indice afférent au grade équivalent dans la marine nationale, lequel ne résulte ni d'une erreur matérielle dans la liquidation de la pension, ni d'une inexactitude entachant les informations relatives à la personne du pensionné, notamment quant au grade qu'il détenait ou au statut générateur de droit auquel il pouvait légalement prétendre, ne figure pas au nombre des cas permettant la révision, sans condition de délai, d'une pension militaire d'invalidité sur le fondement de l'article L. 78 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre. La demande présentée par le titulaire d'une pension militaire d'invalidité, concédée à titre temporaire ou définitif sur la base du grade que l'intéressé détenait dans l'armée de terre, l'armée de l'air ou la gendarmerie, tendant à la revalorisation de cette pension en fonction de l'indice afférent au grade équivalent dans la marine nationale, doit ainsi être formée dans le délai de six mois fixé par l'article 5 du décret du 20 février 1959. Ce délai de recours contentieux court à compter du jour où la décision primitive, prise en application du premier alinéa de l'article L. 24 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, a été notifiée au pensionné dans les formes prévues à l'article L. 25 du même code ou, à défaut, à compter du jour où l'arrêté par lequel cette pension a été concédée à titre définitif, en application du deuxième alinéa du même article L. 24, a été régulièrement notifié à l'intéressé.

5. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 25 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, alors en vigueur : " La notification des décisions prises en vertu de l'article L. 24, premier alinéa, du présent code, doit mentionner que le délai de recours contentieux court à partir de cette notification et que les décisions confirmatives à intervenir n'ouvrent pas de nouveau délai de recours ". Aux termes de l'article 1er du décret du 11 janvier 1965, issu de l'article 9 du décret n° 83-1025 du 28 novembre 1983 : " Les délais de recours ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". En vertu de l'article 16 du décret du 28 novembre 1983, ces dispositions ont pris effet six mois après la publication dudit décret.

6. D'autre part, aux termes de l'article 5 du décret du 28 décembre 2018 portant transfert de compétence entre juridictions de l'ordre administratif pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense: " Le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative est applicable, à compter de la date du transfert du contentieux, aux décisions individuelles prises en application du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre n'ayant pas fait l'objet d'un recours devant un tribunal des pensions et non encore devenues définitives à cette date, sans toutefois que la durée totale puisse excéder la durée prévue à l'article R. 731-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du décret n° 2018-1292 du 28 décembre 2018 pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense et créant un recours administratif préalable obligatoire en matière de pensions militaires d'invalidité. ".

7. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 28 mai 2001, M. B s'est vu concéder une pension militaire d'invalidité au taux de 25% liquidée sur la base de l'indice 121,70. En l'absence d'éléments permettant de déterminer la date de notification de cet arrêté, M. B est réputé en avoir eu connaissance au plus tard le 8 avril 2019, date à laquelle il a introduit un recours gracieux afin d'obtenir la revalorisation de sa pension en fonction de l'indice afférent au grade équivalent dans la marine nationale. Le recours gracieux de M. B a été rejeté par une décision notifiée le 28 septembre 2019. En application des dispositions de l'article 5 du décret du 28 décembre 2018 précitées, il disposait de la faculté d'exercer un recours contentieux jusqu'au 2 janvier 2020. Ainsi, le 26 mars 2020, date à laquelle M. B a introduit son recours contentieux, le délai de recours était expiré. Par suite, et alors même que la différence de traitement alléguée est contraire au principe d'égalité et au principe de non-discrimination prévu à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la requête de M. B enregistrée le 26 mars 2020, soit près de 19 ans après la concession définitive de sa pension, en vue d'obtenir un nouveau calcul de cette pension en fonction de l'indice du grade équivalent, plus favorable, pratiqué pour les personnels de la marine nationale, a été présentée hors délai et est ainsi irrecevable.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il convient de rejeter la demande présentée par M. B à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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