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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2001068

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2001068

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2001068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantANTONIAZZI-SCHOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril 2020 et 8 juin 2021, Mme E A, représentée par Me Conti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 19 février 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel a rejeté l'imputabilité au service de l'accident survenu le 7 novembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel de reconnaître l'imputabilité au service de son accident et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

-la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnait la présomption d'imputabilité au service et qu'elle se fonde, à tort, sur son état antérieur ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2021, le centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel, représenté par Me Antoniazzi-Schoen, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Conti, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est infirmière titulaire de la fonction publique hospitalière au centre hospitalier (CH) de Verdun Saint-Mihiel. Le 7 novembre 2018, alors qu'elle était en poste, elle a fait l'objet d'une hospitalisation sous contrainte à la demande du docteur D, psychiatre au CH de Verdun Saint-Mihiel. L'hospitalisation sous contrainte sera levée le 10 novembre 2018. A la suite de cette hospitalisation, Mme A est placée en congé maladie ordinaire. Par des avis du 15 mai et 4 décembre 2019, la commission de réforme a émis un avis favorable quant à la reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident subi par Mme A. Par une décision en date du 19 février 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur du CH de Verdun Saint-Mihiel a refusé la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 7 novembre 2018 et a placé Mme A en disponibilité d'office à compter du 7 octobre 2019.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () ".

3. Le 7 novembre 2018 une altercation s'est produite entre Mme A et ses collègues. Mme A se rend chez le médecin du travail, à la demande de la psychiatre du centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel, le docteur D. Le médecin du travail accompagne Mme A aux urgences, la cadre du service ayant évoqué une bouffée délirante aigüe. Un premier certificat est rédigé par le Dr F qui constate une exaltation de l'humeur en lien et exacerbée par des difficultés d'ordre professionnel. L'hospitalisation durera jusqu'au 10 novembre 2018. A la suite de cette hospitalisation, Mme A présentera des troubles anxieux réactionnels et sera placée en congé maladie ordinaire. Mme A soutient que ces évènements s'inscrivent dans un contexte de harcèlement dont elle serait l'objet de la part de quatre collègues qui la dénigrent, remettent en cause ses aptitudes professionnelles, la disqualifie auprès des collègues, de la hiérarchie et des patients en faisant des allusions plus ou moins directes à son passé psychiatrique et que dès lors l'hospitalisation sous contrainte et les congés maladies qui ont suivi sont directement imputables au service. Le CH fait valoir en défense que Mme A a présenté des troubles du comportement au cours des années 2013 et 2014 qui se sont reproduits au cours des mois d'octobre et novembre 2018, Mme A ayant décompensé. Dès lors, l'hospitalisation sous contrainte et les congés maladies seraient entièrement imputables à un état de santé préexistant. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des rapports d'expertise des professeurs Kahn et Rolland que si Mme A a pu présenter un épisode psychotique bref au 1er trimestre 2014, elle est depuis stabilisée et suivie. Il n'existe aucun élément en faveur d'un épisode psychotique évolutif caractérisé par une interprétativité ou des idées délirantes caractérisées. Il n'existe pas d'épisode dépressif caractérisé à proprement parlé. Elle n'a bénéficié d'aucun arrêt de travail depuis 2015 et l'hospitalisation sous contrainte survient dans le cadre de relations conflictuelles connues de longue date qui bien que signalées à la hiérarchie n'avaient pas provoquées la mise en place de mesures correctives ce que confirme notamment le rapport circonstancié relatif aux relations conflictuelles entre membres de l'équipe soignante pour la période du 26 octobre au 6 novembre 2018. L'hospitalisation sous contrainte n'était pas adaptée et s'est effectuée dans un contexte imprécis. Le docteur B a ainsi indiqué le 7 novembre à 22 heures : " on a du mal à comprendre la raison de son hospitalisation dans un contexte de difficultés relationnelles au travail. Le tiers nous pose problème. De plus, elle dit ne pas avoir vu le tiers () ". Si le passé psychiatrique de Mme A l'expose à une certaine vulnérabilité et une résistance moindre à un contexte relationnel hostile, les arrêts de travail n'en sont pas moins imputables au service. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le directeur du CH de Verdun Saint-Mihiel a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son affection.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 février 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel a rejeté l'imputabilité au service de l'accident survenu le 7 novembre 2018.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le directeur du CH de Verdun Saint-Mihiel reconnaisse l'imputabilité au service de l'accident du 7 novembre 2018. Cette mesure doit donc être prescrite, assortie d'un délai d'exécution de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de Verdun Saint-Mihiel la somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CH de Verdun Saint-Mihiel de mettre à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 19 février 2020 du directeur du CH de Verdun Saint-Mihiel est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CH de Verdun Saint-Mihiel de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 7 novembre 2018 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CH de Verdun Saint-Mihiel versera à Mme A une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au centre hospitalier de Verdun Saint-Mihiel.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001068

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