mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | JULIAC-DEGRELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2020 au greffe du tribunal administratif de Strasbourg et renvoyée par une ordonnance du 20 avril 2020 du vice-président du tribunal administratif de Strasbourg au tribunal administratif de Nancy, et un mémoire enregistré le 17 février 2022 au greffe du tribunal administratif de Nancy, Mme A C, représentée par Me Juliac-Degrelle, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la somme de 1 832,30 euros correspondant aux mensualités de sa bourse d'enseignement supérieur pour les mois d'octobre à décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lorraine les dépens ainsi que la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Strasbourg est compétent ;
- avant l'intervention de la décision attaquée elle n'a fait l'objet d'aucune relance aux fins de produire des justificatifs quant aux motifs de son manque d'assiduité, en méconnaissance de la circulaire n°2017-059 du 11 avril 2017 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lorsqu'elle disposait d'une raison médicale de nature à justifier ses manquements à l'obligation d'assiduité.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 novembre 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2020, la directrice du CROUS de Lorraine conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet. Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 23 février 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la circulaire n°2017-059 du 11 avril 2017 ;
- le décret du 7 novembre 2012 ;
- le décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C était scolarisée en brevet de technicien supérieur au lycée Robert Schuman de Metz au cours de l'année scolaire 2017/2018. Par un courrier d'avril 2018, le directeur du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lorraine lui a notifié un ordre de reversement correspondant aux mensualités d'octobre à décembre 2017 de sa bourse et un avis à tiers détenteur lui a été adressé le 26 février 2019. Mme C a introduit une réclamation qui a été rejetée le 19 août 2019. Par la présente requête, Mme C demande la décharge du paiement de la somme de 1 832,30 euros correspondant aux mensualités de sa bourse d'enseignement supérieur pour les mois d'octobre à décembre 2017.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le CROUS en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; 2° En cas d'opposition à poursuites, dans les deux mois qui suivent la notification de l'acte de poursuite. L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu au 1° et dans un délai de deux mois dans le cas prévu au 2°. A défaut d'une décision notif1ée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée. ". Aux termes de l'article 119 du même décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance (), l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; / b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ". Il résulte de ces dispositions que la demande d'aide juridictionnelle est interruptive du délai de recours contentieux, si elle est formée dans ce délai, étant entendu que ce délai peut avoir déjà été prorogé, une première fois, par l'exercice d'un recours administratif.
4. Il résulte de l'instruction que si la date du titre de perception ne peut être clairement établie, il n'est pas contesté que Mme C a adressé une réclamation le 8 mars 2019 à l'encontre d'un avis à tiers détenteur réceptionné le 26 février 2019. Sa réclamation a été rejetée par une décision du 19 août 2019. Le 18 octobre 2019, Mme C a introduit une demande d'aide juridictionnelle et il ressort des pièces du dossier que l'aide juridictionnelle lui a été accordée le 13 novembre 2019. Mme C a introduit son recours contentieux devant le présent tribunal le 9 janvier 2020. Dès lors que la demande d'aide juridictionnelle a interrompu le délai de recours, le CROUS n'est pas fondé à soutenir que la requête de Mme C, qui a été introduite dans le délai de deux mois à compter de la décision du bureau d'aide juridictionnelle, était tardive. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardivité du recours doit être écartée.
Sur le bien-fondé de la créance :
5. Aux termes de l'article D. 821-1 du code de l'éducation : " Les bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux et les aides au mérite sont attribuées aux étudiants selon des conditions d'études, d'âge, de diplôme, de nationalité, de ressources ou de mérite fixées par le ministre chargé de l'enseignement supérieur. / Si l'étudiant ne remplit pas les conditions générales de scolarité et d'assiduité auxquelles est subordonné son droit à la bourse, il est tenu au reversement des sommes indûment perçues. ". Aux termes de l'article 2 de l'annexe 4 de la circulaire n° 2017-059 du 11 avril 2017 relative aux modalités d'attribution des bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux, des aides au mérite et des aides à la mobilité internationale pour l'année 2017-2018 : " En application de l'article D. 821-1 du code de l'éducation, l'étudiant bénéficiaire d'une bourse doit être inscrit et assidu aux cours, travaux pratiques ou dirigés et réaliser les stages obligatoires intégrés à la formation. () / Le non-respect de l'une des obligations précitées entraîne le reversement des sommes indûment perçues. () / Les contrôles afférents à l'assiduité aux cours et à la présence aux examens sont conduits, tout au long de l'année, sous la responsabilité des présidents d'université, des directeurs d'école et des chefs d'établissement. Ceux-ci doivent apporter toute leur coopération en fournissant aux services du Crous les documents ou fichiers relatifs à l'assiduité des étudiants et à leur présence aux examens. En cas de non-respect de l'obligation d'assiduité aux cours, le Crous suspend le versement de la bourse. Cette suspension est également opérée lorsque l'étudiant ne se présente pas à la session d'examen qui se déroule à la fin du 1er semestre. Si, à la suite d'une relance de son établissement, les justificatifs ne sont toujours pas fournis par l'étudiant à son établissement, une procédure d'émission d'un ordre de reversement d'une partie ou de la totalité de la bourse est mise en œuvre. Il en est de même si l'étudiant ne se présente pas à la session d'examen qui se déroule à la fin du second semestre. / Un étudiant signalé par son établissement comme dispensé d'assiduité aux cours, dans les conditions prévues à l'article 10 de l'arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master, ne peut faire l'objet d'un ordre de reversement à ce titre. Il en est ainsi des étudiants salariés () et des sportifs de haut niveau bénéficiant de modalités pédagogiques spéciales. ".
6. Il résulte de ces dispositions que si le recteur d'académie est seul compétent pour l'attribution des bourses de l'enseignement supérieur, il appartient toutefois au centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), en cas de non-respect de l'obligation d'assiduité aux cours ou aux examens, de procéder à la suspension de la bourse qui a été accordée et, à la suite d'une relance infructueuse de l'établissement dans lequel l'étudiant poursuit ses études, au recteur d'académie de procéder à l'émission d'un ordre de reversement.
7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la procédure de reversement mise en œuvre aurait été précédée d'une relance infructueuse de la requérante afin d'obtenir de sa part les justificatifs éventuels de ses absences avant que ne soit établi le certificat de fin de scolarité le 5 décembre 2017. Par suite, Mme C est fondée à demander la décharge de la somme litigieuse.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander la décharge de la somme de 1 832,30 euros correspondant au montant de la bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux perçue au titre des mensualités d'octobre à décembre 2017.
Sur les frais du litige :
9. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il convient de rejeter la demande présentée par la requérante à ce titre.
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Juliac-Degrelle, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est déchargée de l'obligation de payer la somme de 1 832,30 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Juliac-Degrelle, avocate de Mme C, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.
Copie en sera adressée pour information, au recteur de l'académie de Nancy-Metz.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 octobre 2022.
La rapporteure,
C. Marini
Le président,
D. Marti
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001071
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026