vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2020, Mme I A, représentée par
Me Coche-Mainente, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2019 par laquelle le préfet de
Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) se serait prononcé au vu d'un rapport établi par un des médecins de l'office, que l'avis de l'OFII est incomplet en ce qu'il ne mentionne pas la possibilité d'un traitement dans son pays d'origine, qu'il n'est pas établi qu'il aurait été rendu conformément aux dispositions ministérielles du 29 décembre 2016, ni que les trois médecins avaient été désignés par le président de l'OFII, ou qu'il ait été rendu à la suite d'une délibération collégiale du même jour ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une absence d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'elle n'a pas demandé l'asile et que sa demande de titre date du mois d'octobre 2018, et non pas de janvier 2019 ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le préfet de
Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22,
R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 24 janvier 1955, serait entrée en France, selon ses déclarations, le 3 février 2017. Le 30 janvier 2019, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Par une décision du
2 octobre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre sollicité. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, Mme B D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, a pu légalement signer la décision contestée en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par un arrêté du 9 septembre 2019 régulièrement publié le 12 septembre 2019 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 11° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que si le défaut de prise en charge médicale de Mme A peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine lui permettent d'y bénéficier d'un traitement approprié. Dès lors, la décision portant refus de séjour qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée, contrairement à ce que soutient la requérante.
4. En troisième lieu, si la décision contestée mentionne, de manière erronée, que
Mme A aurait sollicité la reconnaissance du statut de réfugié à son arrivée en France, et que sa demande de titre de séjour aurait été adressée en janvier 2019, et non en octobre 2018, de telles erreurs, qui n'affectent pas les motifs de la décision contestée, ne sauraient révéler à elle seules que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " () Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent 11° par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 313-23 de ce code : " () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. D'une part, il ressort des termes de l'avis du collège de médecins du 25 juillet 2019 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que celui-ci a été rendu collégialement par le Dr G, le Dr F et le Dr H, qui ont été régulièrement désignés par la décision du 2 avril 2018 du directeur général de l'OFII modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII. Il ressort également des pièces du dossier que le rapport médical au vu duquel l'avis a été rendu a été établi par le Dr C, qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins précité. En outre, contrairement à ce que soutient Mme A, le collège de médecins s'est prononcé sur l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer avérée, que les médecins du collège n'auraient pas signé l'avis litigieux concomitamment n'a pas d'incidence sur sa régularité dès lors que la délibération a été rendue collégialement. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis aurait été rendu en contrariété avec les dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2016. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée de vices de procédure doivent, par suite, être écartés.
7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a émis un avis, le 25 juillet 2019, par lequel il a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il a estimé qu'un traitement approprié était disponible dans son pays d'origine et que l'intéressée était en état de voyager. Si Mme A conteste l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine, elle n'apporte cependant aucun élément médical de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à Mme A le titre de séjour qu'elle sollicitait sur le fondement de ces dispositions.
9. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la demande de titre de séjour de Mme A a été présentée pour des raisons liées à son état de santé. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet ne s'est pas fondé pour refuser le séjour, est sans rapport avec les motifs de la décision contestée et doit donc être écarté comme inopérant.
10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme A, qui serait entrée à l'âge de 62 ans en France et n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, fait valoir qu'elle vivrait chez un ami, de nationalité française, qui l'héberge depuis son arrivée en France. Toutefois, compte tenu de la faible durée de présence de l'intéressée en France et de l'absence d'éléments sur les liens privés que Mme A aurait pu nouer sur le territoire français, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté, à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision contestée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Dans ces conditions, les conclusions tendant à ce que les dépens et la somme de 1 200 euros soient mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I A et au préfet de
Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Denizot, premier conseiller,
- Mme Cabecas, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. ELe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026