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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2001414

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2001414

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2001414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP GASSE - CARNEL - GASSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2020 et un mémoire enregistré le 18 mars 2022, Mme B A, représentée Me Taeschh, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury académique du rectorat de l'académie de Nancy-Metz du 25 juin 2019 portant refus de titularisation, ensemble celle du 10 octobre 2019 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse du 19 juillet 2019 prononçant son licenciement, ensemble la décision implicite du ministre, née de l'absence de réponse à son recours hiérarchique contre sa décision de licenciement ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de la réintégrer dans le corps de professeurs certifiés sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté du 19 juillet 2019 n'était pas compétent ;

- l'arrêté du 19 juillet 2019 est insuffisamment motivé ;

- la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 et 26 octobre 2020, le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, chancelier des universités, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 72-781 du 4 juillet 1972 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été nommée professeure certifiée stagiaire en lettres modernes à la suite de son admission au certificat d'aptitude à l'enseignement du second degré (CAPES), organisé au titre de la session 2017. Elle a effectué une première année de stage au lycée Julie Daubié de Rombas (57), puis une seconde au collège Jules Ferry de Briey (54). Par une délibération du 25 juin 2019, le jury académique du rectorat de l'académie de Nancy-Metz a proposé un refus définitif de titularisation de Mme A à l'issue de sa seconde année de stage. Par un arrêté du 19 juillet 2019, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé le licenciement de Mme A à compter du 1er septembre 2019. Par un courrier du 6 septembre 2019, l'intéressée a effectué un recours gracieux à l'encontre de la décision du jury du 25 juin 2019. Son recours a fait l'objet d'une décision de rejet du 10 octobre 2019. Par un courrier du 7 décembre 2019, Mme A a formé un recours hiérarchique à l'encontre de la décision de licenciement du ministre du 19 juillet 2019. Son recours auprès du ministre est resté sans réponse. Par la requête susvisée, Mme A doit être regardée comme demandant, d'une part, l'annulation de la délibération du jury académique du rectorat de l'académie de Nancy-Metz du 25 juin 2019 portant refus de titularisation, ensemble celle du 10 octobre 2019 rejetant son recours gracieux et, d'autre part, celle de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse du 19 juillet 2019 prononçant son licenciement, ensemble la décision de rejet implicite du ministre, née de l'absence de réponse à son recours hiérarchique contre sa décision de licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 24 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés : " Les candidats reçus aux concours prévus aux articles 6 et 11 () et remplissant les conditions de nomination dans le corps, sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation. Le stage a une durée d'un an. Ses prolongations éventuelles sont prononcées par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il est accompli () Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. " Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 susvisé : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 après avoir pris connaissances des avis suivants : () 1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur pour accompagner le fonctionnaire stagiaire () L'avis peut également résulter () d'une inspection 2° L'avis du chef d'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté () 3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire () ". Aux termes de l'article 8 de cet arrêté : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés () ". Et aux termes des dispositions de l'article 9 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury () Le recteur arrête par ailleurs la liste de ceux qui sont autorisés à accomplir une seconde année de stage. Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".

En ce qui concerne la délibération du jury du 25 juin 2019 et la décision du 10 octobre 2019 rejetant le recours gracieux de Mme A dirigée contre cette délibération :

3. Eu égard au contenu des écritures de Mme A, le moyen articulé contre " la décision litigieuse " et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doit être analysé comme étant dirigé contre la délibération du jury académique du 25 juin 2019 ainsi que contre la décision du 10 octobre 2019 rejetant le recours gracieux de l'intéressée contre cette délibération.

4. Il résulte des dispositions mentionnées au point 2 du présent jugement que le jury se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste.

5. Par la délibération attaquée du 25 juin 2019, le jury académique a émis un avis défavorable à la titularisation de Mme A à l'issue de deux années de stage, au motif qu'elle ne maîtrisait pas à un niveau satisfaisant les connaissances et compétences exigées. Pour ce faire, le jury s'est appuyé, conformément aux dispositions susmentionnées de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014, sur l'avis émis le 5 juin 2019 par l'administrateur provisoire de l'école supérieure du professorat et de l'éducation de l'académie, sur le rapport de la tutrice de Mme A du 2 avril 2019, sur le rapport d'inspection pédagogique du 25 avril 2019 et sur l'évaluation de l'intéressée réalisée à partir de la déclinaison des compétences du référentiel. Il ressort de ces différents éléments qu'il est reproché à Mme A de ne pas avoir une relation à la classe qui favorise l'apprentissage, de monter une maîtrise fragile des compétences disciplinaires et didactiques conduisant à s'interroger sur la pertinence de certaines activités qu'elle propose, de faire preuve parfois d'une autorité déplacée, refusant d'apporter des réponses pédagogiques. Sont également relevés dans la pratique de Mme A des comportements à risque limitant la sécurité et la sûreté des élèves qu'elle n'a pas su juguler, des lacunes disciplinaires dans les programmes prévus, un manque de précision dans ses définitions et explications, une insuffisance de lisibilité dans son écriture au tableau, une préparation des séquences qualifiée de " laborieuse ", un manque de logique dans la progression des apprentissages et une difficulté à interagir avec la classe. L'inspection du 25 avril 2019 intervenue dans une classe de quatrième confirme, tout en soulignant le renforcement l'accompagnement de l'intéressée, les difficultés de Mme A, à savoir, sa difficulté à tenir la classe (plusieurs élèves sifflent, le professeur est inaudible, aucun élève n'est sanctionné) et une mise au travail laborieuse, le rapport relevant que l'intéressée peine à reconnaître que les élèves ont peu travaillé et ses difficultés à obtenir le calme. Ce même rapport souligne l'insuffisante du projet pédagogique de Mme A pour cette classe et note par ailleurs l'insuffisance du nombre de dictées, une gestion incomplète des erreurs orthographiques. Enfin, le déclinatoire des compétences de Mme A conduit à proposer un avis défavorable à la titularisation de l'intéressée malgré le soutien qualifié d'exceptionnel qui lui a été apporté au cours de sa seconde année de stage et conclut à une absence de maîtrise des compétences essentielles attendues d'un professeur, à savoir en particulier ses difficultés à gérer la classe, relevant l'intervention très fréquente de sa tutrice pour garantir le calme et la sécurité des élèves. Dans ces conditions, malgré l'expérience antérieure de l'intéressée en qualité d'enseignante contractuelle et des mérites qui lui sont reconnus par la directrice du centre de formation des adultes dans lequel elle intervient en qualité de formatrice depuis le mois de septembre 2021, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le jury académique du 25 juin 2019 a pu proposer un refus définitif de titularisation de Mme A à l'issue de sa seconde année de stage.

En ce qui concerne l'arrêté de licenciement du ministre du 19 juillet 2019 et le rejet implicite du recours hiérarchique dirigé par Mme A contre cet arrêté :

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles 26 du décret du 4 juillet 1972 et des articles 8 et 9 de l'arrêté du 22 août 2014 que l'administration est tenue de prononcer le licenciement d'un professeur certifié stagiaire ne figurant pas sur la liste des stagiaires déclarés aptes à être titularisés établie par le jury académique. Or il ressort des termes de la délibération du jury du 25 juin 2019 que celui-ci a estimé que Mme A n'était pas apte à être titularisée. A supposer que la requérante puisse être regardée comme excipant de l'illégalité de cette délibération, il résulte de ce qui a été dit précédemment que celle-ci n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Dès lors que le ministre était en situation de compétence liée pour prononcer le licenciement de l'intéressée, les autres moyens de la requête, tirés de l'incompétence de l'auteur et de l'insuffisance de motivation, dirigés contre l'arrêté de licenciement litigieux doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées par Mme A tendant à ce que soit mis à sa charge les frais exposés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Boulangé, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Lu en audience publique, le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. C Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 22001414

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