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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2001787

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2001787

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2001787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSELARL KNITTEL - FOURAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 juillet 2020, 5 mars 2021 et

20 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Reiss et Me Battle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2020 par laquelle la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de région Grand Est a prononcé son licenciement pour refus de transfert ;

2°) d'enjoindre à la CCI de la région Grand Est de procéder à sa réintégration ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux ;

3°) de condamner la CCI de la région Grand Est à lui verser une indemnité de

50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision de licenciement ;

4°) de mettre à la charge de la CCI de la région Grand Est la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de licenciement est insuffisamment motivée ;

- la décision de licenciement a été prise au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 712-11-2 du code de commerce, la CCI Grand Est n'aurait pas été informée de l'offre de contrat de travail proposée par la SAS EESC à la requérante ;

- la décision de licenciement est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 712-11-1 du code de commerce dans la mesure où, d'une part, l'activité de formation à laquelle la requérante était affectée n'a pas été transférée à la SAS EESC et, d'autre part, le contrat de travail proposé par la SAS EESC ne reprend pas les éléments essentiels de son ancien contrat ;

- la décision de licenciement est entachée d'un détournement de procédure et constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- l'illégalité de la décision attaquée constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la CCI de région Grand Est ;

- son préjudice financier, pour lequel elle est fondée à demander l'allocation d'une provision, s'élève à 40 000 euros ;

- son préjudice moral s'élève à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 janvier 2021, 1er avril 2021 et

17 juin 2022, la CCI de la région Grand Est, représentée par Me Knittel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros ainsi que les dépens soient mis à la charge de

Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CCI soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pierson, pour la CCI de la région Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, recrutée en qualité d'auxiliaire de formation au sein de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Meurthe-et-Moselle le 30 octobre 1991, a exercé les fonctions de responsable de l'antenne du centre de formation du Pays-Haut de la CCI de Meurthe-et-Moselle à compter du 1er septembre 1998. Par une délibération du 31 mars 2020, l'assemblée générale de la CCI de la région Grand Est a procédé à la création de l'Ecole d'Enseignement Supérieure Consulaire (EESC) sous la forme d'une société par actions simplifiées (SAS) et l'activité de formation lui a été confiée. Par un courrier du 8 avril 2020, la SAS EESC a transmis à Mme C un contrat de travail de droit privé en vue de la recruter comme salariée à compter du 11 mai 2020. En s'abstenant de toute réponse dans un délai d'un mois, Mme C a opposé un refus implicite à cette offre de contrat. Par courrier du 13 mai 2020, la CCI de la région Grand Est a convoqué Mme C à un entretien préalable, puis, par courrier du 27 mai 2020, a procédé, à son licenciement pour refus de transfert. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'indemnisation :

2. En premier lieu, la décision contestée, qui se réfère à l'article D. 712-11-2 du code de commerce et qui fait état du refus implicite de Mme C d'accepter le contrat proposé par l'EESC, comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée, contrairement à ce qu'allègue Mme C.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article D. 712-11-2 du code de commerce : " Le repreneur de tout ou partie de l'activité d'une chambre de commerce et d'industrie informe simultanément chaque agent de droit public concerné et la chambre de commerce et d'industrie qui l'emploie de sa proposition de contrat de droit privé ou d'engagement de droit public prévue à l'article L. 712-11-1 par lettre recommandée avec avis de réception ". Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 8 avril 2020, la SAS EESC a proposé à Mme C un contrat de travail de droit privé. Par courrier du même jour, la SAS EESC a concomitamment transmis cette offre de contrat à la CCI de la région Grand Est. Par suite, le moyen tiré de ce que la SAS EESC n'aurait pas informé simultanément

Mme C et son employeur manque en fait et doit en tout état de cause être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 712-11-1 du code de commerce : " Sans préjudice des dispositions législatives particulières, lorsqu'une personne de droit privé ou de droit public reprend tout ou partie de l'activité d'une chambre de commerce et d'industrie, quelle que soit la qualification juridique de la transformation de ladite activité, elle propose aux agents de droit public employés par cette chambre pour l'exercice de cette activité un contrat de droit privé ou un engagement de droit public. Le contrat de travail ou l'engagement proposé reprend les éléments essentiels du contrat ou de l'engagement dont l'agent de droit public est titulaire, en particulier ceux qui concernent la rémunération. Les services accomplis au sein de la chambre de commerce et d'industrie sont assimilés à des services accomplis au sein de la personne privée ou publique d'accueil. En cas de refus de l'agent public d'accepter le contrat ou l'engagement, la chambre de commerce et d'industrie employeur applique, selon des modalités prévues par décret, les dispositions relatives à la rupture de la relation de travail prévues par le statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie mentionné à l'article 1er de la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas de reprise de tout ou partie de l'activité d'une CCI le repreneur, personne de droit privé ou de droit public, propose aux agents de droit public employés par la CCI pour l'exercice de cette activité un engagement ou un contrat de travail reprenant les éléments essentiels du contrat ou de l'engagement dont l'agent est titulaire.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 31 mars 2020, l'assemblée générale de la CCI de région Grand Est a approuvé " la création de l'EESC SAS au capital de 400 000 euros, la mise en place d'un transfert universel de patrimoine des biens mobiliers, matériels et immatériels de la CCI Nancy Métropole Meurthe-et-Moselle nécessaires à l'activité de formation autonomisée, à l'exception des bâtiments ". L'article 2 des statuts constitutifs de l'EESC prévoient, par ailleurs, que cette société a notamment pour mission d'exercer une activité de formation de cadres, d'agents de maîtrise, d'employés et d'ouvriers pour l'entreprise grâce à l'organisation et le développement des activités de formation initiale, de l'apprentissage, des autres formations en alternance et de la formation continue, par tous moyens et auprès de tout public. Dans ces conditions, Madame C, responsable de pôle à l'antenne du Pays-Haut pour la mise en place d'actions de formation, n'est fondée à soutenir ni qu'aucun transfert d'activité ne serait intervenu entre la CCI de la région Grand Est et la SAS EESC, ni que l'exercice de ses fonctions n'aurait pas été concerné par ce transfert.

6. D'autre part, dans le cadre de cette reprise d'activité, la SAS EESC a, par courrier du 8 avril 2020, formulé à Mme C une proposition de contrat de travail à durée indéterminée, à temps complet et avec une reprise d'ancienneté correspondant à la période accomplie pour la CCI depuis le 1er septembre 1994. L'article 4 du projet de contrat proposé à Mme C, dont la fiche de poste du 19 février 2018 indiquait qu'elle occupait jusqu'alors des fonctions de responsable de pôle, prévoyait qu'elle serait engagée en qualité de " responsable de pôle ", avec la qualification de cadre de niveau 1, selon la classification de la convention collective nationale de l'enseignement privé indépendant du 27 novembre 2017. Si Mme C allègue qu'elle était précédemment responsable d'une antenne et que son positionnement hiérarchique était différent, elle n'apporte cependant aucune précision et justification propre à établir que le contrat proposé le 11 mai 2020 ne reprenait pas les éléments essentiels de la nature des fonctions exercées antérieurement. Par ailleurs, Mme C fait valoir que le contrat proposé affectait son lieu de travail, dès lors qu'elle n'était affectée aupravant que sur les deux sites de formation de Longwy et Joeuf, ainsi que cela ressort de sa fiche de poste, tandis que l'article 11 du contrat proposé la conduirait à " exercer ses fonctions sur les différents sites de l'établissement ". Toutefois, il ressort des termes du contrat proposé que Mme C exercera ses fonctions sur le site de Longwy, de sorte que la perspective pour elle d'exercer ses fonctions sur un autre site n'a été prévue qu'à titre subsidiaire ou hypothétique par le nouveau contrat. Enfin, la circonstance que la rémunération mensuelle brute proposée le 11 mai 2020 par la SAS EESC était inférieure au montant qui lui avait initialement été proposé par l'association EESC le 1er septembre 2019 est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, la reprise des éléments essentiels du contrat s'appréciant au regard du contrat la liant à la CCI. Par suite, Mme C n'étant pas fondée à soutenir que le contrat proposé ne reprenait pas les éléments essentiels du contrat de travail qui la liait préalablement à la CCI de la région Grand Est, la CCI de la région Grand Est n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.

7. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, le transfert de l'activité de formation au profit de la SAS EESC Grand Est s'est traduit non pas par une suppression des emplois affectés à cette activité mais par un transfert des contrats de travail au sein de la

SAS EESC. Par ailleurs, selon les termes mêmes de la délibération de l 'assemblée générale de la CCI de la région Grand Est du 26 décembre 2018, ce transfert d'activité a été décidé conformément aux directives de la CCI France décidant de l'autonomisation de l'activité de formation des CCI à compter du 1er janvier 2019. En outre, la seule circonstance qu'un courrier intersyndical du 30 septembre 2019 aurait identifié plusieurs situations de risques psycho-sociaux ne suffit pas, à elle seule, à établir que la décision de licenciement prise par la CCI de région Grand Est aurait été prise à d'autres fins que celle qui a été formalisée dans les délibérations précitées de l'assemblée générale de la CCI. Enfin, par les pièces produites à l'instance, Mme C n'établit pas l'existence des pressions ou humiliations qu'elle allègue avoir subis. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que, en licenciant l'intéressée pour refus de transfert de poste, la CCI de région Grand Est ait entendu infliger une sanction disciplinaire déguisée à Mme C. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée constituerait une sanction disciplinaire déguisée et serait entachée d'un détournement de pouvoir doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que, en l'absence de faute commise par l'administration de nature à engager sa responsabilité, les conclusions présentées à fin d'indemnisation.

Sur les frais d'instance :

9. D'une part, la présente instance n'a donné lieu à l'exposé d'aucun dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CCI de la région Grand Est, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la CCI de la région Grand Est sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CCI de la région Grand Est présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la chambre de commerce et d'industrie de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- M. Denizot, premier conseiller,

- Mme Cabecas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. BLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. BourgerLa République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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