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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2001909

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2001909

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2001909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2020 et des mémoires en réplique enregistrés le 2 septembre 2022 et 6 octobre 2023, M. A B, M. D B et M. C B, représentés par Me Coissard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes de Moselle-et-Madon en date du 30 janvier 2020 portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Pulligny ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Moselle-et-Madon la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- les modalités de la concertation définies par la délibération du 27 février 2015 du conseil municipal de Pulligny n'ont pas été respectées ;

- les choix de zonage des parcelles n° 456, n° 449 et n° 450, de la zone " Croix de Braha " et du lieu-dit " Noisillon " sont contraires aux objectifs du plan local d'urbanisme et du projet d'aménagement et de développement durables et entachés d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le choix de zonage retenu pour la zone " Croix de Baha " et les parcelles n° 456, n° 449 et n° 450 est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 31 août 2022 et 22 mai 2023, la commune de Pulligny, représentée par Me Tadic, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la condamnation solidaire des consorts B au paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 septembre 2022 et 22 mai 2023, la communauté de communes de Moselle-et-Madon, représentée par Me Verra, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la condamnation solidaire des consorts B au paiement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens de l'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Coissard, représentant MM. B,

- les observations de Me Verra, représentant la communauté de communes de Moselle-et-Madon,

- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Pulligny.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts B demandent l'annulation de la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes de Moselle-et-Madon en date du 30 janvier 2020 portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Pulligny.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la procédure de révision :

1. Aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme alors applicable : " I. ' Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° L'élaboration ou la révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ; () II. Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. () Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. () III. A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée au II en arrête le bilan ".

2. La délibération du conseil municipal de Pulligny en date du 27 février 2015 prévoit que la concertation organisée pour la révision du plan local d'urbanisme doit comporter la diffusion d'informations aux étapes clés de la procédure, notamment dans le bulletin municipal et sur le site internet, la mise à disposition d'un registre de concertation, et l'organisation de réunions publiques. Les requérants soutiennent que le public n'a pas disposé d'une information suffisante dans le bulletin municipal, en particulier au moment du débat du conseil municipal portant sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui a eu lieu en mars 2018. Il ressort des pièces du dossier que deux réunions publiques ont été organisées les 13 septembre 2016 et 8 mars 2017 et qu'une publicité en a été faite dans le bulletin municipal de la commune et sur le site internet de la commune. En revanche, il ne ressort pas des éléments produits en défense que le public ait été informé, notamment dans le bulletin municipal, de la tenue du débat d'orientation qui constitue pourtant une étape essentielle de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme.

3. Toutefois, un vice affectant la procédure de concertation n'est de nature à entacher d'irrégularité la procédure d'élaboration du projet de plan local d'urbanisme que s'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant le projet ou s'il a privé le public d'une garantie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le public ait été empêché d'accéder aux informations relatives à l'élaboration du projet par d'autres voies, ni qu'il n'ait pas été en mesure de formuler des observations, notamment par l'intermédiaire du registre de concertation, de sorte que le non-respect des modalités de concertation arrêtées par le conseil municipal de la commune n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, privé le public d'une garantie et n'a pas été de nature à exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant le projet de plan local d'urbanisme.

4. Par ailleurs, aucune disposition n'impose à l'autorité administrative de faire figurer dans le bilan de la concertation, réalisé en l'espèce en décembre 2018, les observations des administrés, ainsi que les réponses qui ont pu y être faites. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de concertation définies par la délibération du 27 février 2015 n'auraient pas été respectées doit être écarté.

En ce qui concerne les classements de parcelles :

5. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

7. Il ressort du plan de zonage révisé du plan local d'urbanisme en litige que, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, les parcelles cadastrées n°449 et n°450 sont classées en zone UA et non en zone Nj et que la parcelle n° 456 n'est pas classée en zone N mais en zone Nj. Cette dernière parcelle étant située en bordure du centre urbanisé de la commune de Pulligny, à proximité d'un cours d'eau et d'une trame verte, son classement en zone Nj correspond aux orientations n° 2 et n° 6 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) de conserver les vergers et jardins qui entourent le village, espace tampon avec le grand paysage environnant, et à l'objectif, détaillé dans le rapport de présentation de l'évaluation environnementale, de maintenir et renforcer l'écrin de verdure dans lequel s'intègre le village comme constituant un enjeu patrimonial fort que la commune souhaite préserver. Au vu de ces éléments, le moyen tiré de ce que le classement des parcelles n°456, n°449 et n° 450 serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le secteur dénommé " Croix de Braha " correspond à l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Pulligny, qui prévoit d'ouvrir à l'urbanisation la zone située à proximité et dans la continuité de constructions récentes le long du chemin de la Croix de Gérard Braha. L'objectif de garantir la compacité et la densification de la trame urbaine, de favoriser la mixité du type d'habitat, individuel et collectif, et la mixité générationnelle, en intégrant des habitations pour séniors afin qu'elles soient en contact direct avec des services de proximité, correspond à un but d'intérêt communal, de caractère économique et social. Par suite, la circonstance qu'un restaurateur exploite un établissement sur la parcelle jouxtant l'OAP, et que son activité économique soit susceptible de se développer avec la réalisation du projet, ne suffit pas à faire regarder le classement de cette zone en AU comme répondant à des considérations étrangères à l'urbanisme ou comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Et la circonstance que le terrain d'assiette ne comporte qu'une voie en impasse est sans incidence sur la pertinence du zonage qui ne fait pas obstacle à un aménagement ultérieur.

9. En troisième lieu, le lieu-dit " Noisillon " correspond à l'OAP n° 3 du plan local d'urbanisme de la commune qui prévoit de combler les espaces entre les habitations récentes parsemées le long du chemin de Noisillon. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le secteur ainsi ouvert à l'urbanisation n'est pas situé dans une zone de haies, jardins, vergers et espaces boisés à protéger. Au vu de la configuration des lieux, dans la continuité immédiate d'une zone urbanisée, la circonstance que d'autres zones seraient également susceptibles d'être urbanisées, ne suffit pas à regarder le classement de ce secteur en zone AU à urbaniser comme étant entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué par les consorts B n'est pas établi par les pièces du dossier.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des consorts B tendant à l'annulation de la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes de Moselle-et-Madon en date du 30 janvier 2020 portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Pulligny ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de Moselle-et-Madon et de la commune de Pulligny, qui ne sont pas les parties perdantes à l'instance, la somme demandée sur le fondement de ces dispositions par les consorts B.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de MM. B le versement à la communauté de communes de Moselle-et-Madon et à la commune de Pulligny d'une somme de 1 500 euros chacune, sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Les consorts B verseront solidairement à la communauté de communes de Madon-et-Moselle et à la commune de Pulligny la somme de 1 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté de communes de Moselle-et-Madon et de la commune de Pulligny présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, M. D B, M. C B, à la communauté de communes de Moselle-et-Madon et à la commune de Pulligny.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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