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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002488

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002488

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP BEGEL - GUIDOT-MANGEOT - BERNARD - JUREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 octobre 2020 et les 17 décembre 2020, 17 février 2021, 30 juin 2021, 8 septembre 2021, 10 janvier 2022 et 25 novembre 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Mortet, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune de Removille de supprimer la pente créée depuis la route en direction de leur fonds ;

2°) de leur accorder des dommages et intérêts.

Ils soutiennent que :

- les travaux réalisés sur la rue ont eu pour effet de rehausser les trottoirs et les caniveaux de la route, une pente a été créée vers leur habitation, les avaloirs ne fonctionnent pas correctement, le sol a été imperméabilisé et leurs eaux pluviales ne sont pas raccordées au réseau public d'évacuation, ce qui est à l'origine des infiltrations d'eaux de ruissellement dans leur habitation ;

- la pente créée depuis la route en direction de leur habitation doit être supprimée, un avaloir plus conséquent doit être posé sur toute la largeur de leur habitation et le raccordement de celle-ci au réseau d'évacuation des eaux de pluie doit être réalisé ;

- ils sont subi un préjudice moral.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 novembre 2020, 22 janvier 2021, 26 mai 2021 et 4 novembre 2021, la commune de Removille, représentée par Me Jeandon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle présente des conclusions à fin d'injonction à titre principal sans présenter de conclusions à fin d'annulation, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 15 septembre 2023, les requérants ont été invités à régulariser leur requête en produisant la décision de la commune de Removille rejetant leur demande indemnitaire préalable ou la preuve de l'envoi d'une telle demande.

Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2023, M. et Mme B signalent ne pas demander de dommages et intérêts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Harbil-Bonne, substituant Me Mortet, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, propriétaires depuis 2011, d'une maison d'habitation implantée sur la parcelle cadastrée ZI n° 45 située 6 rue du Val à Removille (Vosges), demandent au tribunal qu'il soit enjoint au maire de la commune de mettre fin aux désordres qu'ils subissent depuis que des travaux de requalification, consistant en la reprise des trottoirs et caniveaux, de la voie publique longeant leur immeuble ont été réalisés à la fin de l'année 2019 pour le compte de la commune et sollicitent l'indemnisation du préjudice moral qu'ils subissent en conséquence.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative applicable aux requêtes enregistrés à compter du 1er janvier 2017 : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.

4. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme B auraient, avant l'introduction de leur requête ou en cours d'instance, formé auprès de la commune de Removille une demande tendant à l'octroi d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait des dommages de travaux publics ou de l'inaction fautive de la commune pour mettre fin à ces dommages, qui aurait fait naître une décision de refus au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative précité préalablement à l'intervention du présent jugement. Il s'ensuit que les conclusions de M. et Mme B, présentées dans leur mémoire enregistré au greffe du tribunal le 9 septembre 2021, tendant à l'indemnisation de leur préjudice moral doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

6. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.

7. Il résulte de ce qui précède que le juge administratif peut, sous certaines conditions, enjoindre à l'administration de mettre fin au dommage qui perdure au moment de l'indemnisation des préjudices qui en résulte. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, les conclusions présentées par M. et Mme B à fin d'indemnisation sont irrecevables. Il en résulte, en application des principes rappelés au point précédent, que les conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne à la commune de Removille de réaliser les travaux de nature à mettre fin aux désordres causés par les travaux publics de requalification de la voirie communale et par son inaction, doivent être également rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Removille présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Removille présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à la commune de Removille.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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