vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2003080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 novembre 2020, 15 mars 2021,
et 17 juin 2022, M. A D, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de rejet résultant du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur ses demandes formées le 9 janvier 2020 tendant à la délivrance d'un titre de séjour et à l'abrogation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour
" vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction de son dossier ;
4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de retirer le signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas ses demandes ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conditions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste en ne régularisant pas sa situation à titre exceptionnel ;
- en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de son enfant à naître ;
En ce qui concerne la décision refusant d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en refusant d'abroger la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2020, le préfet de
Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant serbe né le 24 septembre 1991, serait, selon ses déclarations, entré en France le 29 mars 2018 et a épousé une ressortissante française le
17 novembre 2018. Par un arrêté du 27 octobre 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé M. D à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trente-six mois. Assigné à résidence en novembre 2019 puis placé en rétention le 2 janvier 2020, M. D a été éloigné vers la Serbie le 21 janvier 2020. Le
9 janvier 2020, M. D a demandé le réexamen de sa situation administrative, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et l'abrogation de la décision l'interdisant de retourner sur le territoire français. Par sa requête, M. D demande l'annulation des décision implicites résultant du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D a épousé une ressortissante française, Mme B, le 17 novembre 2018. Si le préfet de Meurthe-et-Moselle soutient que la communauté de vie entre les époux aurait cessé, il ne produit à l'appui de ses allégations qu'une fiche de renseignements, complétée le 27 octobre 2018, dans laquelle M. D a déclaré être séparé de Mme B à une date antérieure à celle à laquelle le mariage a été prononcé. En outre, il ressort clairement des pièces du dossier, et notamment des attestations de proches et des nombreux courriers rédigés par Mme B ainsi que d'une attestation de vie commune signée par les époux le 5 janvier 2020, que, contrairement à ce que fait valoir le préfet de Meurthe-et-Moselle, la communauté de vie entre les époux n'avait pas cessé à la date de la décision attaquée. Au surplus, M. D établit que cette communauté de vie n'a pas été interrompue postérieurement à la décision attaquée dans la mesure où Mme D, alors enceinte, a réalisé des trajets entre la France et la Serbie pour rejoindre son époux. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait une inexacte application des dispositions précitées.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, M. D est fondé à soutenir que le refus implicite du préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour a porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
En ce qui concerne le refus d'abroger la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
5. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigeur : " () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2 () ".
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, et alors que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'allègue pas sérieusement que la présence de l'intéressé constituerait une menace à l'ordre public, M. D est fondé, compte tenu de l'existence d'une communauté de vie entre lui et son épouse, à soutenir qu'en refusant d'abroger l'interdiction de retour d'une durée de trente-six mois, le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait une inexacte application des dispositions précitées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation des décisions implicites de rejet résultant du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur ses demandes tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'abrogation de l'interdiction de retour dont il a fait l'objet.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. D'une part, le présent jugement implique, compte tenu du motif d'annulation retenu, que le préfet de Meurthe-et-Moselle délivre à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Selon l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret
n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de cet article du décret : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
10. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du refus implicite d'abroger l'interdiction de retour dont M. D fait l'objet, implique nécessairement l'effacement du signalement des requérants aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D est ainsi fondé à demander qu'il soit enjoint sans délai au préfet de
Meurthe-et-Moselle de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de
non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 précité.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour à M. D et a refusé d'abroger la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Dusan D et au préfet de
Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Denizot, premier conseiller,
- Mme Cabecas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. CLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026