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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2003173

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2003173

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2003173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL LORRAINE DEFENSE & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 décembre 2020, les 12 mars, 2 et 14 avril et 10 mai 2021, Mme G D, représentée par Me Kihl, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Dieulouard a accordé à Mme F A et à M. B C un permis de construire une maison d'habitation d'une surface de plancher de 149,80 mètres carrés sur une parcelle cadastrée section AA n° 143 située rue du Terreau à Dieulouard ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Dieulouard et des pétitionnaires les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de numéro d'enregistrement, ce qui démontre qu'il n'a pas été consigné dans le registre des actes du maire en méconnaissance du code général des collectivités territoriales et de la circulaire Nor/IOC/B/10/32174/C du 14 décembre 2010 ;

- les pétitionnaires auraient dû avoir recours à un architecte pour l'établissement du projet architectural dès lors que la superficie du plancher dépasse 150 mètres carrés ;

- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article 10 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur des constructions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme relatif aux accès et aux voiries ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme relatif à l'eau potable, à l'assainissement et aux réseaux divers ;

- le permis contesté a été accordé au mépris des règles de sécurité des usagers et du voisinage ;

- la construction litigieuse entraînera une perte d'intimité, de vue, et d'ensoleillement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 février et 10 mai 2021, la commune de Dieulouard conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 février, 28 et 29 avril 2021, M. B C et Mme F A, représentés par Me Poirson, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Collot, représentant Mme D,

- et les observations de Me Poirson, représentant Mme A et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Dieulouard a accordé à Mme F A et à M. B C un permis de construire une maison d'habitation d'une surface de plancher de 149,80 mètres carrés sur une parcelle cadastrée section AA n° 143 située rue du Terreau à Dieulouard.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté litigieux n'aurait pas été reporté dans le registre des actes de la commune mentionné à l'article R. 2122-7 du code général des collectivités territoriales n'est, en tout état de cause, pas de nature à entacher d'illégalité le permis de construire délivré à M. C et à Mme A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-1 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural prévu à l'article L. 431-2 doit être établi par un architecte. ". Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes :/ a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : " () / f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ". L'autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire et l'autorité administrative n'ayant, par suite, pas à vérifier l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance de son projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, l'administration ne peut légalement refuser l'autorisation demandée en se fondant sur la consistance du projet au vu d'une pièce ne relevant pas de cette liste limitative.

4. En l'espèce, il ressort du formulaire Cerfa de demande de permis de construire déposé par Mme A qu'il indique que le projet présente une surface de plancher totale de 149,80 mètres carrés. Si Mme D fait valoir qu'il résulte des plans intérieurs présentés à l'appui de la demande de permis de construire que le projet présente en réalité une surface de plancher de 165,11 mètres carrés, ces plans ne sont pas aux nombre de ceux limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme et devant être produits à l'appui d'une demande de permis de construire. Ainsi, le maire de la commune de Dieulouard ne pouvait légalement se fonder ces plans pour estimer que le projet présentait une surface de plancher supérieure à 150 mètres carrés, alors même qu'ils ont été produits spontanément à l'appui de la demande de permis de construire. Dans ces conditions, et dès lors qu'aucun des éléments du dossier de demande de permis de construire limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme ne remet en cause l'exactitude des déclarations du pétitionnaire relatives à la surface de plancher du projet, le maire de la commune de Dieulouard a pu légalement considérer, sur la base des seules indications figurant dans le formulaire Cerfa de demande de permis de construire, que la surface de plancher du projet n'excédait pas 150 mètres carrés. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet architectural aurait dû être établi par un architecte doit être écarté.

5. En troisième lieu, et d'une part, si Mme D fait valoir que rien n'est prévu pour reprendre la charge des véhicules qui emprunteront la rampe d'accès à la construction litigieuse, en partie accolée au mur de son garage et que cet ouvrage nécessite un mur ancré au niveau des fondations de la maison, elle n'invoque la méconnaissance d'aucune règle du code de l'urbanisme ou du plan local d'urbanisme de la commune qui régiraient les caractéristiques de cet ouvrage et n'apporte aucun commencement de justification à l'appui de ces allégations. D'autre part, si la requérante soutient que sa maison risque d'être endommagée dans l'hypothèse où cette rampe ne serait pas correctement construite, ces considérations sont sans incidence sur la légalité du permis de construire qui est délivré sous respect du droit des tiers.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme de la commune de Dieulouard : " () 3.1 Accès / Toute occupation ou utilisation du sol nécessitant un accès est interdite sur les terrains non desservis par une voie publique, une voie privée ou une servitude d'une largeur répondant à l'importance et à la destination de l'occupation et de l'utilisation du sol prévues, notamment, en ce qui concerne la commodité de la circulation, des accès et de l'approche des moyens de lutte contre l'incendie. () / 3.2 Voirie / Tout projet d'aménagement de voies nouvelles doit garantir le confort des déplacements à pied ou à vélo dans des conditions de sécurité satisfaisantes pour tous les modes de déplacements. / La création de voiries automobiles publiques ou privées communes est soumise aux conditions ci-dessous : / - largeur minimale d'une chaussée en sens unique : 3,5 mètres, / - largeur minimale d'une chaussée à double sens : 5 mètres ".

7. D'une part, si Mme D soutient que l'accès à la parcelle d'implantation du projet litigieux se fera en milieu de virage, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette issue n'offrirait pas des conditions de visibilité suffisantes ou qu'elle présenterait un risque particulier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3.1 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme doit être écarté.

8. D'autre part, les dispositions précitées de l'article 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme sont relatives à l'aménagement des voies nouvelles et n'ont pas pour objet, à la différence de celles figurant à l'article 3.1, de définir les conditions de constructibilité des terrains situés dans la zone concernée. Ainsi, elles ne font pas obstacle à la délivrance d'un permis de construire en vue de l'édification de maisons desservies par des voies construites avant leur adoption. Par suite, le moyen tiré de ce que la rue du Terreau desservant la construction litigeuse présenterait une largeur inférieure à 5 mètres, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 3.2 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme, doit être écarté comme étant inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme de la commune de Dieulouard : " () 4.2 Assainissement / 4.2.1 Eaux usées / Le branchement sur le réseau d'assainissement est obligatoire pour toute construction nouvelle qui engendre des eaux usées. / Le déversement des eaux de piscine est interdit dans le réseau des eaux usées. / 4.2.2 Eaux pluviales / Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur s'il existe. En l'absence de réseaux, ou en cas de réseaux insuffisants, les aménagements nécessaires au libre écoulement des eaux pluviales (et éventuellement ceux visant à la limitation des débits évacués de propriété) doivent être réalisés par des dispositifs adaptés à l'opération et au terrain dans les limites de la réglementation correspondante () ".

10. D'une part, la circonstance que la canalisation du réseau unitaire d'évacuation des eaux usées et pluviales présente un diamètre de 200 millimètres, en méconnaissance des préconisations du " memento technique 2017 " de l'Association Scientifique et Technique pour l'Eau et l'Environnement, lesquelles n'ont au demeurant aucune valeur normative, ne permet pas à elle-seule d'établir que les caractéristiques de ce réseau seraient insuffisantes pour assurer l'évacuation des eaux usées et pluviales du projet litigieux. D'autre part, le certificat d'urbanisme informatif du 28 juillet 2000 portant sur le terrain voisin du projet litigieux et précisant que celui-ci n'est pas desservi par le réseau d'assainissement en permet pas davantage d'établir l'insuffisance du réseau existant à la date du permis litigieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4.2 de la zone UB du plan local d'urbanisme doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme de la commune de Dieulouard : " 10.1 Hauteur maximale des constructions / La hauteur des constructions nouvelles ne doit pas excéder 7 mètres à l'égout de toiture. / La hauteur d'une construction se mesure entre le point le plus haut de la construction, à l'exclusion des ouvrages indispensables de faible emprise, tels que souches de cheminées, locaux techniques / Un dépassement pourra être autorisé pour permettre la réalisation d'un nombre entier d'étage ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le point le plus haut du terrain naturel situé au droit du polygone d'implantation de la construction litigieuse est situé à une côte altimétrique de 100,85 et que l'acrotère du projet est situé à une côte altimétrique de 107,26. Dans ces conditions, la construction litigieuse présente une hauteur de 6,41 mètres par rapport au point le plus haut du terrain naturel situé au droit du polygone d'implantation et ne méconnaît pas la hauteur maximale de 7 mètres exigée par les dispositions précitées de l'article 10 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté. Il en va de même, par voie de conséquence, du moyen tiré de ce que le permis de construire serait entaché d'illégalité à défaut de comporter une motivation spécifique sur ce point.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 1. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

14. Il résulte de ces dispositions que les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve des droits des tiers. Dès lors, le moyen tiré de ce que la construction litigieuse entraînera une perte d'intimité, de vue, et d'ensoleillement doit être écarté comme étant inopérant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de la commune de Dieulouard, de M. C et de Mme A, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme demandée par la commune de Dieulouard au même titre. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et Mme A et non compris dans les dépens.

17. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à M. C et à Mme A une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Dieulouard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le surplus des conclusions présentées par M. C et Mme A au titre de ces mêmes dispositions sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, à M. B C, à Mme F A et à la commune de Dieulouard.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

R. E Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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