mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2003263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP CABINET LIGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 décembre 2020 et le 17 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Lignot, demande au tribunal :
1°) d'annuler le rejet implicite que la commune d'Erize-la-Brûlée a opposé à ses réclamations préalables du 14 octobre 2020 ;
2°) de condamner la commune d'Erize-la-Brûlée à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice subi, majorée des intérêts au taux légal à compter du 16 octobre 2020, avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette demande ;
3°) d'enjoindre à la commune d'Erize-la-Brûlée de déplacer le poteau électrique édifié sur sa parcelle vers le domaine public afin de faire cesser l'empiétement dans un délai de trois mois sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du caractère définitif du jugement à intervenir ;
4°) de condamner la commune d'Erize-la-Brûlée aux entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de la commune d'Erize-la-Brûlée une somme de 4 013 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la responsabilité de la commune est engagée sans faute en raison de l'implantation du poteau électrique sur sa propriété privée qui lui cause un préjudice anormal et spécial ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de la commune est engagée en raison de la faute qu'elle a commise en implantant le poteau électrique sur sa propriété privée sans signature d'une convention de servitude, ni déclaration d'utilité publique et en ne recherchant pas son accord à ces travaux ;
- elle subit du fait de l'existence de ce poteau un préjudice qui doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros ;
- la commune doit déplacer le poteau électrique pour mettre fin à ce préjudice persistant.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2021, la commune d'Erize-la-Brûlée, représentée par Me Forget, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lignot, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire depuis 1975 d'une propriété cadastrée section AA n° 170 à Erize-la-Brûlée (Meuse). Au cours de l'année 2016, cette commune a fait procéder à des travaux d'aménagement de la voirie prévoyant notamment l'enfouissement des réseaux secs, au cours desquels un poteau électrique situé au droit de la propriété de Mme A a été déplacé. Mme A a signalé au maire de la commune par des courriers des 12 et 30 septembre 2016, ainsi que le 14 décembre 2016 que ces travaux avaient été réalisés sans son accord et avaient conduit à implanter un poteau électrique sur sa propriété et en a demandé le déplacement. Elle a également sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, la réparation du préjudice subi en raison des conséquences de ces travaux. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de ses demandes, d'enjoindre à la commune d'Erize-la-Brûlée de déplacer le poteau électrique et de condamner celle-ci à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la présence du poteau électrique sur sa parcelle.
Sur l'exception de prescription :
2. Aux termes de l'article 2227 du code civil: " Le droit de propriété est imprescriptible. Sous cette réserve, les actions réelles immobilières se prescrivent par trente ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Selon l'article 2228 du même code : " La prescription se compte par jours, et non par heures ". L'article 2229 du même code énonce que : " Elle est acquise lorsque le dernier jour du terme est accompli ".
3. En l'espèce, si en vertu des dispositions précitées de l'article 2227 du code civil, les actions réelles immobilières se prescrivent par trente ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer, aucune des pièces versées à l'instance, en particulier les actes notariés établissant l'origine de la propriété de Mme A sur la parcelle désormais cadastrée section AA n° 170, pas plus que les photographies jointes au rapport du géomètre-expert du 17 juillet 2019 ne permettent d'établir que le poteau supportant la ligne électrique implanté sur cette propriété existerait depuis plus de trente ans à la date à laquelle la requérante a engagé son action le 12 septembre 2016. La commune d'Erize-la-Brûlée n'est donc, en tout état de cause, pas fondée à opposer à l'action de l'intéressée la prescription trentenaire issue de l'article 2227 du code civil.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation à raison d'un dommage de travaux publics :
4. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Les tiers par rapport à l'ouvrage public sont tenus d'établir l'existence d'un lien de causalité entre l'existence et le fonctionnement de l'ouvrage et leur préjudice, sans avoir à démontrer que le fait générateur de ce dernier procèderait d'une faute dans l'implantation ou le fonctionnement de l'ouvrage.
5. Pour obtenir réparation des préjudices qu'ils subissent sur le fondement de la responsabilité sans faute, les administrés, qui ont la qualité de tiers par rapport à un ouvrage public ou une opération de travaux publics, doivent établir le caractère grave et spécial du dommage qu'ils invoquent et qui présente, comme en l'espèce, un caractère permanent.
6. Il résulte de l'instruction que l'implantation d'un poteau électrique sur la propriété de Mme A résulte des travaux d'aménagement de la voirie qu'a fait réaliser la commune d'Erize-la-Brûlée en 2016. Mme A soutient que cette implantation, qui a été décidée à son insu, porte atteinte à sa propriété privée, fait obstacle à l'embellissement de sa façade, à l'installation, le cas échéant, d'un échafaudage en vue de la réfection de sa façade et à la pose d'une clôture, et gêne sa visibilité en sortie de garage. Toutefois, les inconvénients nés de l'implantation de cet ouvrage public n'excèdent pas les sujétions qui peuvent être imposées aux riverains d'un ouvrage public, en particulier eu égard, en l'espèce, à la préexistence de la ligne électrique qui était à l'origine supportée par un poteau implanté à une quarantaine de centimètres seulement du poteau en litige et à la nécessité d'assurer l'alimentation en électricité de la population. Ces inconvénients ne peuvent, par suite, être regardés comme constituant un préjudice grave et spécial ouvrant droit à indemnisation sur le terrain de la responsabilité sans faute.
Sur l'emprise irrégulière :
7. Mme A soutient, à titre subsidiaire, que l'ouvrage public constitué par le poteau électrique a été irrégulièrement implanté sur sa propriété et demande l'indemnisation de la faute ainsi commise ainsi que le déplacement de l'ouvrage par voie d'injonction.
8. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de ses travaux d'aménagement de la voirie, la commune d'Erize-la-Brûlée a fait implanter un poteau électrique, destiné à remplacer deux poteaux préexistants situés à quelques centimètres, au droit de la voie publique, sur la propriété de Mme A sans qu'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique ait été mise en œuvre ou qu'une servitude ait été établie. La commune, maître d'ouvrage de ces travaux, pas plus que l'exploitant du poteau, n'a, par ailleurs, conclu aucun accord amiable avec cette dernière. Ainsi, l'emprise de cet ouvrage est irrégulière.
En ce qui concerne les conclusions tendant au déplacement de l'ouvrage :
9. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
10. Il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas même soutenu, que la commune d'Erize-la-Brûlée ait envisagé de recourir à une procédure d'expropriation pour utilité publique, ni qu'elle ait proposé à Mme A de conclure une convention en vue d'établir une servitude. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme A a refusé de donner son accord amiable à cette implantation. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction qu'une régularisation appropriée de l'implantation du poteau électrique en litige soit susceptible d'intervenir.
11. Mme A ne conteste pas que le déplacement du poteau en litige sur le domaine public ne pourrait être réalisé, compte tenu des contraintes liées aux branchements et à l'alignement des poteaux, qu'à proximité de sa propriété, et qu'il serait de nature tant à gêner la circulation des piétons qu'à réduire la visibilité en sortie de garage dont elle dispose. Compte tenu par ailleurs de l'intérêt général qui s'attache à l'ouvrage, qui supporte une ligne basse tension participant à la distribution en électricité de plusieurs habitations du village, et au regard du seul intérêt de Mme A, qui, ainsi qu'il a été dit au point 6, ne subit, eu égard à la surface d'emprise et à l'emplacement du poteau, que des inconvénients limités, les conclusions aux fins de déplacement présentées par Mme A doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :
12. Si Mme A allègue que la présence du poteau électrique en litige fait obstacle à l'embellissement de sa façade, à l'installation, le cas échéant, d'un échafaudage en vue de la réfection de sa façade et à la pose d'une clôture, et gêne sa visibilité en sortie de garage, elle n'en justifie pas alors en outre que sa parcelle supportait antérieurement deux poteaux implantés à quelques centimètres seulement de celui-ci et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle en ait sollicité l'enlèvement depuis qu'elle est devenue propriétaire de cet immeuble en 1975, soit plus de quarante ans avant qu'elle ne demande le déplacement de l'ouvrage qui les a remplacés en 2016. Mme A n'est ainsi pas fondée à solliciter la réparation du trouble de jouissance allégué. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent, en tout état de cause, être rejetées.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Erize-la-Brûlée, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Erize-la-Brûlée présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Erize-la-Brûlée présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Erize-la-Brûlée.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026