jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 janvier 2021, la SAS Safran Aéro Composite représentée par Me Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2020 par laquelle l'inspection du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A ;
2°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique à l'encontre de la décision du 31 mars 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 18 novembre 2020 est insuffisamment motivée ;
- les décisions des 31 mars et 18 novembre 2020 sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a satisfait à son obligation de rechercher un reclassement et une adaptation du poste de travail de M. A ;
- la décision du 31 mars 2020 est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorisation de licenciement n'est pas conditionnée à un avis favorable du CSE.
Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 15 juin 2021, la ministre du travail n'a pas produit de mémoire en défense.
Un mémoire a été enregistré pour M. A, le 25 mai 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,
- et les observations de Me Birgy, représentant la SAS Safran Aéro Composite.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été embauché en qualité d'inspecteur qualité et contrôleur tri dimensionnel par la société SAS Safran Aéro Composite, société spécialisée dans la fabrication de pièces en composite dans le domaine de l'aviation, par un contrat de travail à durée indéterminée du 9 juillet 2016. M. A exerce le mandat de conseiller prud'homal depuis le 11 janvier 2018 et dispose également d'un mandat syndical depuis le 25 novembre 2019. Le 27 avril 2017, le médecin du travail a émis un avis d'aptitude avec réserves, autorisant M. A à poursuivre son activité à condition que son poste soit adapté et qu'il ne soit pas contraint de porter des charges supérieures à cinq kilogrammes, sans action répétitive de serrage et desserrage des bras. Le 7 mars 2019, l'inspectrice du travail a une première fois refusé d'autoriser la société requérante à licencier M. A pour inaptitude et impossibilité de reclassement. N'ayant pas identifié d'autres postes susceptibles de lui convenir, la société requérante a reçu M. A en entretien préalable au licenciement le 16 janvier 2020. Le 31 janvier 2020, elle a de nouveau saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licencier le salarié. Par une décision du 31 mars 2020, l'inspection du travail a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. Par une décision du 18 novembre 2020, la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique de la société requérante à l'encontre de la décision du 31 mars 2020. Par sa requête, la SAS Safran Aéro Composite demande au tribunal d'annuler les décisions des 31 mars et 18 novembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 1226-2 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel () Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'afin de se conformer à l'avis d'inaptitude de M. A, émis par le médecin du travail le 27 avril 2017, la société requérante a continué à employer M. A sur un poste d'inspecteur qualité mais en lui confiant exclusivement certaines tâches, dites " réalisation de dérogations ", consistant à répertorier les écarts entre la configuration attendue des aubes et leur configuration réelle et à donner des indications au bureau d'études pour qu'il fasse évoluer le processus de fabrication des aubes en supprimant leurs défauts, M. A étant ainsi déchargé des tâches consistant à porter et manipuler les aubes. Pour refuser de délivrer l'autorisation de licenciement, l'inspectrice puis la ministre du travail ont estimé que la SAS Safran Aéro Composite n'établissait pas être dans l'impossibilité de maintenir M. A dans les effectifs de l'entreprise en lui permettant de se maintenir sur ce poste de travail aménagé. Toutefois, ainsi que le fait valoir la SAS Safran Aéro Composite, il ressort de la fiche de poste d'un inspecteur qualité que la tâche " réalisation de dérogations " ne constitue que l'une des vingt tâches environ relevant des missions d'un inspecteur qualité. Par ailleurs, la société requérante justifie, par les éléments qu'elle produit, que le processus de fabrication des aubes au sein de l'entreprise s'est considérablement amélioré : ainsi, le taux d'aubes fabriquées sans défaut n'a cessé de croître entre l'année 2017 et l'année 2020, et la société soutient sans être contredite qu'à compter du deuxième trimestre de l'année 2020, l'accomplissement de cette tâche ne représentait plus que deux heures de travail par jour environ. Enfin, contrairement à ce que mentionnent les décisions attaquées, le médecin du travail ne conclut, ni dans la fiche d'aptitude médicale du 27 juin 2017, ni dans celle du 6 juin 2019, à la nécessité pour M. A de continuer à occuper le " poste dérogations ", ces fiches se bornant à rappeler qu'une analyse de poste est possible à la demande de l'employeur. Dans ces conditions, la SAS Safran Aéro Composite est fondée à soutenir qu'en lui refusant l'autorisation de licencier M. A au motif qu'elle n'établissait pas ne pas pouvoir maintenir l'aménagement du poste la conduisant à ne lui proposer que les tâches de " réalisation de dérogations ", et qu'elle n'avait ainsi pas respecté loyalement son obligation de reclassement, l'inspectrice et la ministre du travail ont fait une inexacte application des dispositions précitées.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la SAS Safran Aéro Composite est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A, ainsi que de la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision du 31 mars 2020.
Sur les frais du litige :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Safran Aero Composite sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mars 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser la SAS Safran Aero Composite à licencier M. A et la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique formé par la société à l'encontre de cette décision sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à la SAS Safran Aero Composite la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Safran Aero Composite, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Cabecas, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
L. Fabas
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026