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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2100374

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2100374

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2100374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantTADIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 février 2021 et 25 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Tadic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le directeur opérationnel de La Poste Lorraine a prononcé sa radiation des cadres au motif qu'elle a refusé plusieurs postes successifs à la suite de sa disponibilité ;

2°) d'enjoindre au président de La Poste de la réintégrer et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas été informée de la possibilité d'adresser des observations écrites à la commission administrative paritaire ou à son employeur et que les différentes propositions de postes ne respectent pas les formalités prévues à l'article 3.2.2 du bulletin des ressources humaines du 13 novembre 2017 relatif à la gestion des fins de disponibilité des fonctionnaires de La Poste ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de retrait de réintégration elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que l'acceptation du premier poste vaut réintégration, qu'elle a accepté le premier poste proposé et que le motif tiré de la suppression du poste de réintégration ne lui a été notifié que le 7 février 2020 ;

- elle méconnaît l'objet et les dispositions de l'article 3.2.1 du bulletin des ressources humaines du 13 novembre 2017 relatif à la gestion des fins de disponibilité des fonctionnaires de La Poste dès lors que son employeur n'a pas vérifié s'il existait un ou des emplois vacants correspondant à son grade dans le périmètre géographique souhaité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier et 2 septembre 2022, la société anonyme (SA) La Poste, représentée par Me Bellanger, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 2010-191 du 26 février 2010 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- les observations de Me Tadic, représentant Mme B, et de Me Cortes, représentant la société La Poste.

Une note en délibéré a été enregistrée le 5 juin 2023 pour La Poste mais n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Fonctionnaire titulaire et cadre de second niveau à La Poste, Mme B a bénéficié d'une disponibilité pour élever un enfant du 8 octobre 2016 au 7 octobre 2018. Par une lettre du 18 juin 2018, elle a demandé sa réintégration à l'issue de sa disponibilité. Par une décision du 8 décembre 2020, dont Mme B demande l'annulation, le directeur opérationnel de La Poste Lorraine a prononcé sa radiation des cadres au motif qu'elle avait refusé successivement plusieurs postes proposés à la suite de sa disponibilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 49 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions dans sa version applicable au litige : " A l'issue de la disponibilité prévue aux 1°, 1° bis et 2° de l'article 47 du présent décret, le fonctionnaire est, par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, obligatoirement réintégré à la première vacance dans son corps d'origine et affecté à un emploi correspondant à son grade. S'il refuse le poste qui lui est assigné, les dispositions du précédent alinéa lui sont appliquées. ", c'est-à-dire que " S'il refuse successivement trois postes qui lui sont proposés, il peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. ". Aux termes de l'alinéa suivant du même article : " Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions fixées aux deux alinéas précédents ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'agent mis en disponibilité pour convenances personnelles a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'obtenir sa réintégration à l'issue d'une période de disponibilité ou s'il la sollicite avant le terme normal de cette période. Si ces textes n'imposent pas à l'autorité dont relève le fonctionnaire de délai pour procéder à cette réintégration, celle-ci doit intervenir, en fonction des vacances d'emplois qui se produisent, dans un délai raisonnable.

3. D'autre part, selon l'article 3.2.1 du bulletin des ressources humaines du 13 novembre 2017 relatif à la gestion des fins de disponibilité des fonctionnaires de La Poste : " Un fonctionnaire en disponibilité ne peut exiger sa réintégration dans un NOD donné, mais il peut émettre des souhaits. () Si le fonctionnaire a précisé un ou plusieurs souhaits d'affectation () le service RH vérifie s'il existe un ou des emplois vacants correspondant au grade de l'intéressé, dans le périmètre géographique souhaité par le fonctionnaire, dans sa branche de rattachement, et disponible à une date proche de la date/période de sa réintégration. / Dans la négative, il est recommandé d'effectuer les mêmes recherches en direction des autres branches du même périmètre géographique. () " En vertu des engagements qu'elle s'est elle-même fixés, il appartient à La Poste de proposer au fonctionnaire en disponibilité prioritairement des emplois vacants correspondant au grade de celui-ci dans le périmètre géographique souhaité et dans sa branche de rattachement, disponible à une date proche de la réintégration ou, à défaut, d'effectuer les mêmes recherches dans les autres branches.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a émis le souhait, par lettre du 27 septembre 2018, d'être affectée à proximité de son domicile, situé à Ludres. Après avoir accepté un poste de chargée de gestion qui lui a pourtant été proposé à Nancy, Mme B a été informée que " sa candidature n'avait pas été retenue ". La Poste a ensuite proposé à Mme B plusieurs postes situés à Metz, Thionville, Strasbourg, Haguenau et Mulhouse. Mme B établit toutefois qu'un poste de responsable d'exploitation situé à Saint-Max, à proximité de son domicile, dont la fiche de poste a été diffusée avant la dernière proposition de réintégration qui lui a été faite à Mulhouse, était ouvert au recrutement et disponible. En se bornant à soutenir que le poste n'était pas vacant, mais ouvert au recrutement, La Poste n'établit pas qu'elle n'était pas tenue, en vertu des règles de gestion qu'elle s'est elle-même fixées, de proposer cet emploi à Mme B. Si La Poste se prévaut d'un entretien du 26 juin 2020 avec la conseillère en évolution professionnelle au cours duquel Mme B aurait indiqué que son foyer était amené à déménager tous les trois ans en raison de l'activité professionnelle de son mari, il ne ressort pas de l'attestation de la conseillère en évolution professionnelle ayant mené cet entretien, produite par La Poste, que Mme B entendait, pour ce motif, renoncer à son souhait d'être affectée à proximité de son domicile. Enfin, si La Poste fait valoir que cet emploi ne correspond pas au grade de Mme B, il ressort pourtant de la fiche de poste produite au dossier que cet emploi de niveau 3 était ouvert aux agents du groupe A et à ceux relevant de la classe III niveau 3, dont relèvent les cadres de second niveau, à l'instar de la requérante. Dans ces conditions, et alors même que Mme B n'aurait pas postulé de sa propre initiative sur ce poste, elle est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions et engagements cités aux points précédents.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le directeur opérationnel de La Poste Lorraine a prononcé la radiation des cadres de Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. L'annulation de la décision de licenciement implique nécessairement de replacer Mme B dans une position statutaire réglementaire et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à La Poste une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de La Poste une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 décembre 2020 par laquelle le directeur opérationnel de La Poste Lorraine a prononcé la radiation des cadres de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à La Poste de replacer Mme B dans une position statutaire réglementaire et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Poste versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de La Poste présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la société anonyme La Poste.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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