mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | FARO & GOZLAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés les 7 mars et 24 avril 2023, l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont, représentée par Me Faro, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2021 par laquelle le préfet des Vosges a refusé d'inviter la société Trapdid-Bigoni à déposer une nouvelle demande d'enregistrement en application de l'article L. 512-15 du code de l'environnement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Vosges d'inviter la société Trapdid-Bigoni à déposer une demande d'enregistrement en application de l'article L. 512-15 du code de l'environnement avec une évaluation environnementale ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 512-6-1 du code de l'environnement puisque l'installation autorisée par arrêté du 23 décembre 1994 a été entièrement démolie et qu'une nouvelle usine a été construite, ce qui constitue un arrêt total et définitif de l'ancienne usine nécessitant une remise en état du site ; le préfet devait s'assurer que la démolition de la précédente installation n'était pas de nature à porter atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 211-1 et par l'article L. 511-1 du code de l'environnement ;
- il a méconnu les dispositions des articles L. 181-14 et R. 181-46 du code de l'environnement, la construction d'une nouvelle usine et le déplacement de l'activité constituant une modification substantielle et notable soumise à autorisation environnementale ;
- il a méconnu les dispositions de l'article L. 512-15 du code de l'environnement puisque, depuis l'arrêté du 9 avril 2019, les centrales d'enrobés relèvent du régime des installations soumises à enregistrement ;
- le projet est de nature à entrainer des modifications substantielles dans les modes d'écoulement des eaux de pluie et des eaux de ruissellement au sein de l'installation et dans le milieu au sens de l'article L. 214-1 du code de l'environnement, de sorte qu'il était assujetti à déclaration en application de l'article R. 214-1 du code de l'environnement ;
- le projet est susceptible d'avoir des impacts environnementaux et de porter atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement, en raison de la présence d'un site Natura 2000 et d'une ZNIEFF de type 1, de sorte que le préfet devait le soumettre à autorisation environnementale en application de l'article L. 414-4 du code de l'environnement et de l'arrêté préfectoral 638/2011/DTT du 19 octobre 2011 ;
- le préfet devait prendre en compte les nuisances olfactives et les rejets atmosphériques qui dépassent les seuils fixés par l'arrêté du 23 décembre 1994 ;
- la nouvelle installation méconnaît la règle d'implantation prescrite par l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 ;
- le préfet a méconnu les articles L. 120-1 et L. 122-1 du code de l'environnement, la convention d'Aarhus, l'article 7 de la charte de l'environnement et l'article L. 110-1 du code de l'environnement en ne consultant pas le public sur le projet de modification de l'installation et en ne procédant pas à la publicité de la décision du 17 août 2018, ce qui a fait obstacle à sa contestation par des tiers.
Par trois mémoires en défense enregistrés le 23 juin 2021 et les 5 avril et 22 mai 2023, la société Trapdid-Bigoni, représentée par Me Oliveira, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association requérante d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 février et le 23 mars 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le décret n° 2019-292 du 9 avril 2019 ;
- l'arrêté du 9 avril 2019 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2521 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Faro, représentant l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont,
- les observations de MM. Morin, Genet et Richeton représentant la préfète des Vosges,
- et les observations de Me Deetjen, représentant la société Trapdid-Bigoni.
Considérant ce qui suit :
1. La société Trapdid-Bigoni a été autorisée à exploiter, par arrêté du 23 décembre 1994 du préfet des Vosges, une centrale d'enrobage à chaud de matériaux routiers à Saint-Etienne-lès-Remiremont. Des prescriptions complémentaires ont été édictées par arrêté des 26 octobre 2004 puis 8 mars 2007. Le 20 juillet 2017, un permis de construire a été accordé à la société pour démolir l'ancienne usine et en reconstruire une nouvelle sur le même site. La construction a commencé le 18 décembre 2017 à proximité de l'ancienne usine, dont la démolition a eu lieu en janvier 2019. Estimant que cette opération aurait dû donner lieu au dépôt d'une nouvelle demande d'enregistrement d'une installation classée, l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont a déposé un " recours gracieux ", le 25 septembre 2020, demandant au préfet d'inviter la société à régulariser sa situation en déposant une nouvelle demande d'enregistrement d'une installation classée et de suspendre l'activité de la société le temps d'accomplir cette démarche. Le préfet, par un courrier en date du 5 janvier 2021, a rejeté cette demande. L'association demande au tribunal d'annuler cette décision de rejet et à ce qu'il soit enjoint au préfet d'inviter la société à régulariser sa situation en déposant une nouvelle demande d'enregistrement en application de l'article L. 512-15 du code de l'environnement.
Sur les conclusions en annulation :
2. Les autorisations délivrées au titre de la police des installations classées pour la protection de l'environnement créent des droits au profit de leurs bénéficiaires. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le détenteur de l'autorisation respecte les prescriptions fixées dans l'arrêté d'autorisation. Il incombe à l'autorité administrative investie du pouvoir de police des installations classées pour la protection de l'environnement de vérifier si les prescriptions permettant le fonctionnement de l'installation dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement sont toujours remplies et, en cas d'inexécution par le bénéficiaire, de prendre des mesures pouvant aller jusqu'à l'abrogation de l'autorisation.
3. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 29 mai 2017, la société Trapdid-Bigoni a déclaré au préfet des Vosges les modifications qu'elle entendait apporter à son installation en remplaçant, sur le même site, la centrale existante par une unité de production de dernière génération. Dans son rapport du 18 juillet 2017, l'inspection des installations classées a relevé, d'une part, que la nouvelle installation présentait la même capacité de production de 145 t/h et le même volume stocké (140 m3 de bitume, 90 m3 d'émulsion) que celle ayant été autorisée par arrêté du 23 décembre 1994, et, d'autre part, que les changements portaient sur un mode de production plus performant et moins énergivore et la mise en place d'un bardage limitant les émissions diffusées dans l'atmosphère et a estimé que les prescriptions édictées par arrêté préfectoral du 23 décembre 1994, modifié par arrêté du 8 mars 2007, étaient suffisantes pour garantir le respect des prescriptions générales réglementaires. Au vu de ces éléments, le préfet a estimé, par une décision du 18 août 2017, prise sur le fondement des articles L. 184-14 et R. 181-46 du code de l'environnement, que le remplacement de l'ancienne installation ne constituait pas une modification substantielle et a pris acte des modifications ainsi portées à sa connaissance en autorisant implicitement la société pétitionnaire à poursuivre son exploitation dans le cadre des prescriptions préexistantes.
4. En premier lieu, l'association requérante, dont les conclusions d'annulation sont dirigées contre la décision du 5 janvier 2021 de rejet de son " recours gracieux " précise, dans son mémoire en réplique enregistré le 7 mars 2023, que la demande d'injonction qu'elle a adressée au préfet ne vise pas au retrait ou à l'abrogation de la décision du 18 août 2017, mais " consiste à demander le remplacement d'une décision d'autorisation qui est subordonnée à une condition qui n'est plus aujourd'hui remplie puisqu'elle s'appliquait à une centrale qui n'existe plus ". Par suite, et en tout état de cause, les moyens tirés de ce que le préfet aurait omis de consulter le public sur le projet de la société et de publier sa décision du 18 août 2017, et de ce qu'il aurait commis une erreur de droit en estimant que ce projet ne constituait pas une modification substantielle ou notable de l'installation et ne nécessitait pas la réalisation d'une évaluation environnementale, ne sont pas de nature à entrainer l'annulation de la décision du 5 janvier 2021 contestée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 512-15 du code de l'environnement : " L'exploitant doit renouveler sa demande d'enregistrement ou sa déclaration en cas de déplacement de l'activité, en cas de modification substantielle du projet, qu'elle intervienne avant la réalisation de l'installation, lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation, ou en cas de changement substantiel dans les circonstances de fait et de droit initiales ".
6. Le remplacement de l'ancienne installation de la société Trapdid-Bigoni par une nouvelle ayant été autorisée le 18 août 2017, l'entrée en vigueur du décret susvisé du 9 avril 2019 modifiant la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, et prévoyant que les centrales d'enrobés relèvent du régime des installations soumises à enregistrement nécessitant une autorisation environnementale, ne constitue pas une circonstance de droit nouvelle imposant au pétitionnaire de déposer une nouvelle demande d'enregistrement.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 512-19 du code de l'environnement : " Lorsqu'une installation n'a pas été exploitée durant trois années consécutives, le préfet peut mettre en demeure l'exploitant de procéder à la mise à l'arrêt définitif ".
8. Si la démolition de l'ancienne usine a été réalisée en janvier 2019, il est constant que l'exploitation de l'activité n'a pas été interrompue. Ces circonstances, résultant de l'exécution de la décision du 18 août 2017, ne constituaient pas une mise à l'arrêt définitif justifiant que le préfet enjoigne à l'exploitant de remettre les lieux en état en application de l'article L. 512-19 du code de l'environnement.
9. En quatrième lieu, si l'association requérante fait valoir que le site est situé à proximité d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et à l'intérieur de la zone Natura 2000 " Confluence Moselle-Moselotte ", elle ne se prévaut d'aucune circonstance postérieure à la décision d'autorisation du 18 août 2017 justifiant que des prescriptions complémentaires à celles édictées par l'arrêté du 8 mars 2007 soient prises pour assurer la protection de la faune et de la flore.
10. En cinquième lieu, l'association requérante soutient que l'installation émet des " fumées toxiques chargées de composés organiques volatils ", ce qui est susceptible de nuire à la santé des personnes. Toutefois, alors que les rapports réalisés par le bureau d'étude SOCOTREC en 2019 et 2020 ont conclu à la conformité des valeurs mesurées par rapport aux limites réglementaires, et que les inspections diligentées par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) en 2019 et 2022, à la suite de plaintes des riverains relatives à des nuisances olfactives, n'ont pas permis de confirmer l'intensité de celles-ci, l'association requérante ne démontre pas, par les relevés qu'elle a réalisés dans le voisinage, que les limites définies par l'arrêté ministériel susvisé du 9 avril 2019 relatif aux prescriptions générales applicables aux centrales d'enrobage seraient dépassées, ni que les nuisances déplorées présenteraient un danger pour la santé nécessitant l'édiction de prescriptions complémentaires.
11. Enfin, si la société requérante invoque les dispositions de l'article 2.1 de l'arrêté susvisé du 9 avril 2019 fixant une distance minimale entre les centrales d'enrobage et les établissements recevant du public, ces dispositions ne sont pas applicables aux installations préexistantes à leur date d'entrée en vigueur.
12. Au vu de l'ensemble de ces éléments, en l'absence de dangers et inconvénients nouveaux pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, le préfet, qui dispose toujours de la possibilité d'intervenir pour tenir compte de l'évolution des risques, conformément à l'article R. 512-46-22 du code de l'environnement, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'inviter la société Trapdid-Bigoni à régulariser sa situation en déposant une nouvelle demande d'enregistrement de son installation.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont présentées sur ce fondement.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont une somme de 1 500 euros à verser à la société Trapdid-Bigoni en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont est rejetée.
Article 2 : L'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont versera à la société Trapdid-Brigoni une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la protection de l'environnement à Saint-Etienne-lès-Remiremont, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Trapdid-Bigoni.
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026