mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100714 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | TADIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2021 et des mémoires en réplique enregistrés les 29 juillet 2021, 18 janvier 2022 et 3 mars 2023, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy a rejeté ses demandes tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe les parcelles AT 29, 30, 32 et 37 en zone naturelle ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy de classer ces parcelles en zone constructible ;
3°) de condamner la commune de Laneuveville-devant-Nancy au paiement de dommages et intérêts en réparation des différents préjudices subis dont l'évaluation est laissée à l'appréciation du tribunal.
Il soutient que :
- la procédure n'a pas été conforme dès lors que les modalités de concertation et d'information n'ont pas été respectées ;
- une erreur manifeste d'appréciation entache le plan local d'urbanisme actuel créant un découpage artificiel et incohérent ; l'existence de sa maison d'habitation n'a pas été prise en compte malgré son antériorité sur la zone et la parcelle a été classée en zone naturelle alors que celles de ses voisins sont restées classées en UC ;
- sa propriété est exclue d'une zone de polarité ; il est situé au cœur d'une zone urbaine secondaire avec une forte densité d'habitation et des voies d'accès diverses tout en en étant exclu ;
- il y a une rupture d'égalité criante par rapport au voisinage proche et le quartier ; il est soumis à des règles extrêmement strictes, handicapantes et pénalisantes sur ses parcelles ;
- ses parcelles n'ont strictement aucune valeur environnementale et ne présentent aucun enjeu à cet égard ;
- ses parcelles ne sont soumises à aucune contrainte ou restriction telles que nécessitées par l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme et le règlement de la zone UC, elles sont correctement desservies par les équipements publics ;
- son bien immobilier a subi un déclassement successif important et injustifié.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 juillet et 17 décembre 2021, la commune de Laneuveville-devant-Nancy, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ; que si le tribunal constate que l'illégalité entachant l'élaboration du plan local d'urbanisme est susceptible de régularisation, il fera application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de justice administrative.
Par une lettre en date du 24 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Laneuveville-devant-Nancy au paiement de dommages et intérêts sont irrecevables en l'absence de demande préalable adressée à la commune.
Par un mémoire enregistré le 1er mars 2023, M. B a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Par un mémoire enregistré le 2 mars 2023, la commune de Laneuveville-devant-Nancy a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- les observations de M. B,
- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Laneuveville-devant-Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires de parcelles sises 5 chemin de la Géline à Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle) et cadastrées AT n° 29, 30, 32 et 37. Par courrier du 24 décembre 2020, ils ont demandé au maire de la commune d'abroger le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe ces parcelles en zone naturelle. M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de la commune a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, si, dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.
3. Il résulte de ces principes que le moyen tiré par M. B de ce que les modalités de concertation et d'information préalable à l'adoption du plan local d'urbanisme de la commune auraient été irrégulières doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, applicable à la date du présent jugement : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune de Laneuveville-devant-Nancy indique que " le classement en zone naturelle N assure la protection de portions du territoire en raison de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, esthétique ou écologique ". Il précise que la " zone 1 N recouvre les espaces voisins des espaces urbains et qui permettent de préserver la trame verte sur le territoire ". A cet égard, le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme fixe, au sein de l'orientation n° 3 " Valoriser le cadre de vie ", un objectif de respect de la " trame verte et bleue " en relevant que celle-ci " est à la fois le support de mobilités actives (voies vertes), d'espaces récréatifs et le vecteur de continuités écologiques qui doivent être préservées ".
6. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles AT n° 29, 32 et 37 dont M. B est propriétaire ont été classées en zone 1 N. Ces parcelles, bien que situées à proximité des espaces urbains, s'inscrivent dans un ensemble de parcelles non bâties, à l'état naturel et pour la plupart boisées. Ainsi les parcelles litigieuses s'inscrivent dans un " ilot vert " dont les orientations du PADD prévoient la préservation. Le requérant, qui ne peut utilement se prévaloir des termes de l'" étude urbaine et paysagère des quartiers sud " réalisée en janvier 2009 par l'agence de développement d'urbanisme de l'aire urbaine nancéienne dès lors qu'elle est dépourvue de toute portée juridique, n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le classement en zone naturelle de ces parcelles méconnaîtrait les orientations du PADD. La circonstance que ces parcelles sont localisées au sein de l'espace urbanisé, à proximité d'une " zone de polarité ", qu'elles sont desservies par les réseaux, notamment par la voirie, et qu'elles ne sont soumises à aucune contrainte ou restriction, ne permet pas de regarder leur classement en zone 1 N comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. La circonstance également relevée par M. B que les terrains en cause ne seraient pas concernés par un zonage naturel remarquable ou par des enjeux particuliers liés à l'eau et qu'ils ne présenteraient aucune qualité environnementale particulière, certains d'entre eux ayant même pu servir de déchetterie, ne fait pas obstacle à ce que ces parcelles soient classées en zone naturelle. Enfin, si M. B soutient que le classement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme induit une rupture d'égalité de traitement par rapport au voisinage proche, porte atteinte à ses droits fondamentaux, notamment celui de jouir de sa propriété comme il l'entend, et a entraîné une diminution de la valeur des biens immobiliers dont il est propriétaire, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité du classement en zone naturelle des parcelles AT n° 29, 32 et 37.
7. En revanche, s'agissant de la parcelle AT n° 30, constituant l'assiette de l'habitation dont M. B est propriétaire, si elle est séparée des parcelles d'assiette du lotissement situé rue René Laennec et classées en zone UCa par les parcelles 368 à 372 classées en zone 1 N, il ressort des pièces du dossier que ces dernières parcelles constituent les jardins, de faible dimension, des maisons de ce lotissement. Eu égard à cette configuration des lieux, M. B est fondé à soutenir que le classement en zone 1 N de la parcelle AT n° 30 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé par M. B à l'encontre du classement de la parcelle AT n° 30 en zone naturelle n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision implicite de rejet litigieuse.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que le maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy a rejeté sa demande d'abrogation du plan local d'urbanisme en tant qu'elle contestait le classement de la parcelle AT n° 30.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'annulation partielle, par le présent jugement, de la décision implicite de rejet du maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy implique nécessairement que ce dernier inscrive à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal l'abrogation du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe en zone 1 N la parcelle AT n° 30 dont M. B est propriétaire. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre au maire de saisir le conseil municipal à cette fin, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
12. Si, dans ses courriers adressés au maire de la commune, M. B a fait état de ce que le classement de ses parcelles en zone naturelle avait eu pour conséquence une perte de valeur de son bien immobilier qu'il a évaluée à 400 000 euros, il n'a formulé aucune demande indemnitaire mais s'est borné à solliciter une modification du zonage du plan local d'urbanisme. Par suite, en l'absence de demande préalable adressée à la commune de Laneuveville-devant-Nancy et tendant au paiement de dommages et intérêts en réparation des différents préjudices que le requérant estime avoir subis, ses conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Laneuveville-devant-Nancy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy a rejeté la demande de M. B tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'elle contestait le classement de la parcelle AT n° 30 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Laneuveville-devant-Nancy d'inscrire à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal l'abrogation du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe en zone 1 N la parcelle AT n° 30 dont M. B est propriétaire dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Laneuveville-devant-Nancy présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Laneuveville-devant-Nancy.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le président-rapporteur,
B. A
L'assesseure la plus ancienne,
G. Grandjean
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026