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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2100830

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2100830

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2100830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2021, Mme C A, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Cons-la-Grandville lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel déclarant non réalisable l'opération de construction d'habitations sur la parcelle cadastrée section B n° 0558 située rue des Carrières à Cons-la-Grandville ;

2°) de condamner la commune de Cons-la-Grandville à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cons-la-Grandville une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire de la commune de Cons-la-Grandville s'est cru à tort lié par l'avis émis par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Meurthe-et-Moselle en date du 6 janvier 2021 ;

- en estimant qu'aucune prescription spéciale ne pouvait assortir le certificat d'urbanisme sollicité afin d'éviter les risques d'atteinte à la sécurité publique, le maire a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation des faits ayant conduit à une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- par son comportement fautif et par la délivrance d'un certificat d'urbanisme illégal, la commune de Cons-la-Grandville lui a causé un préjudice moral résultant de l'impossibilité de vendre la parcelle considérée, des multiples démarches qu'elle a engagées en vue d'obtenir un certificat d'urbanisme, et du recours contentieux qu'elle a dû engager.

Par un courrier en date du 4 avril 2022, la commune de Cons-la-Grandville a été mise en demeure de produire ses observations en défense en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 août 2022 à 12 heures 00.

Connaissance prise du mémoire en défense, produit pour la commune de Cons-la-Grandville, représentée par Me Gamelon, enregistré le 6 janvier 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

Connaissance prise du mémoire produit pour Mme A, enregistré le 10 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Richard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 novembre 2020, Mme A a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel positif en vue de la construction d'habitations sur une parcelle cadastrée section B n° 0558 située rue des Carrières à Cons-la-Grandville (Meurthe-et-Moselle). Par une décision du 28 janvier 2021, le maire de Cons-la-Granville a, au nom de la commune, délivré à Mme A un certificat d'urbanisme déclarant l'opération non réalisable. Par un courrier en date du 12 mars 2021, notifié à la commune de Cons-la-Grandville le 16 mars 2021, Mme A a sollicité le retrait de ce certificat d'urbanisme ainsi que le versement d'une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Cons-la-Grandville lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif et de condamner la commune à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ". Aux termes de l'article R. 410-1 du même code : " La demande de certificat d'urbanisme précise l'identité du demandeur, la localisation, la superficie et les références cadastrales du terrain ainsi que l'objet de la demande. Un plan de situation permettant de localiser le terrain dans la commune est joint à la demande. / Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, la demande est accompagnée d'une note descriptive succincte de l'opération indiquant, lorsque le projet concerne un ou plusieurs bâtiments, leur destination et leur sous-destination définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 et leur localisation approximative dans l'unité foncière ainsi que, lorsque des constructions existent sur le terrain, un plan du terrain indiquant l'emplacement de ces constructions ". Aux termes de l'article R. 410-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le certificat d'urbanisme exprès indique, dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, que le terrain peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, cette décision porte exclusivement sur la localisation approximative du ou des bâtiments dans l'unité foncière, leur destination et leur sous-destination et sur les modalités de desserte par les équipements publics existants ou prévus ". Il résulte de ces dispositions qu'elles ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Il appartient à l'autorité compétente, saisie d'une demande présentée sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, de délivrer un certificat d'urbanisme négatif lorsque le terrain ne peut être utilisé pour l'opération envisagée compte tenu de la localisation et de la destination du ou des bâtiments projetés et des modalités de desserte par les équipements publics existants ou prévus.

4. Pour délivrer à Mme A un certificat d'urbanisme négatif, le maire de la commune de Cons-la-Grandville, se fondant sur un avis du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Meurthe-et-Moselle en date du 6 janvier 2021, a estimé que le projet était de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et qu'aucune prescription spéciale ne pouvait permettre d'éviter ces risques.

5. Il ressort des pièces du dossier que par sa demande présentée le 25 février 2020, Mme A a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme sur la parcelle cadastrée section B n° 0558 située rue des Carrières à Cons-la-Grandville en vue de la construction d'habitations, sans toutefois préciser dans cette demande la nature exacte ni l'importance des constructions projetées. Sollicité par le maire de la commune de Cons-la-Grandville, le SDIS de Meurthe-et-Moselle a émis le 6 janvier 2021 un " avis défavorable " à cette demande. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cet avis, qui relève que ni les surfaces du projet, ni ses modalités d'accès, ni l'implantation des futures constructions ne sont précisées, se borne à énoncer les différentes prescriptions applicables en matière d'accessibilité aux engins de secours et de défense extérieure contre l'incendie, rappelle l'existence d'une réserve incendie située à environ 240 mètres de l'entrée de la parcelle et d'un poteau d'incendie normalisé hors service à environ 180 mètres, et précise que la réalisation d'un nouveau point d'eau incendie pourra être imposée en cas de projet classé en " risque courant important " éloigné de plus de 200 mètres de la réserve incendie n° 36. Il ressort en outre des conclusions de cet avis qu'il " tient compte des éléments sommaires fournis par le pétitionnaire et ne saurait présager de la conformité de la future construction aux règlements en vigueur. Cette conformité sera étudiée lors du dépôt de permis de construire ". Dans ces conditions, il n'apparaît pas que le projet, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces de la demande de certificat d'urbanisme présentée par Mme A, serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le certificat d'urbanisme opérationnel litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée pour ce motif à demander l'annulation de la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Cons-la-Grandville lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision contestée prononcée par le présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune, par la délivrance de deux certificats d'urbanisme négatifs sur la parcelle litigieuse et l'engagement d'une procédure d'élaboration de son plan local d'urbanisme, lequel envisage son classement en zone naturelle, aurait entendu faire obstacle à la vente de la parcelle appartenant à Mme A pour des motifs étrangers aux considérations d'urbanisme.

9. En revanche, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le certificat d'urbanisme négatif du 28 janvier 2021 est entaché d'illégalité. Cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la commune. Si Mme A fait état des multiples démarches qu'elle a dû entreprendre auprès de la commune en vue d'obtenir un certificat d'urbanisme opérationnel et fait valoir que la délivrance de ce certificat l'aurait empêchée de vendre cette parcelle en décourageant d'éventuels acquéreurs, la requérante n'établit par aucune des pièces versées à l'instance qu'elle aurait engagé des démarches en vue de cette vente, ni que de potentiels acquéreurs auraient renoncé à son achat en raison de l'existence du certificat d'urbanisme litigieux, alors qu'il résulte de l'instruction que l'intéressée avait obtenu, le 8 novembre 2018, un premier certificat d'urbanisme déclarant réalisable l'opération de construction d'habitations sur la parcelle cadastrée section B n° 0558. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas la réalité du préjudice moral dont elle se prévaut.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cons-la-Grandville la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 janvier 2021 du maire de la commune de Cons-la-Grandville est annulée.

Article 2 : La commune de Cons-la-Granville versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Cons-la-Grandville.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

R. B Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100830

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